Face à l’opposition généralisée de l’opinion à la nouvelle constitution controversée instituant un régime dit parlementaire, le gouvernement tente de nouveau de faire avaler la pilule aux Togolais. Visiblement, l’échec des précédentes campagnes de communication autour de cette constitution consacrant la monarchisation du Togo met le gouvernement dans une position inconfortable. C’est ainsi que le ministère des Droits de l’Homme vient de lancer une nouvelle campagne de sensibilisation dénommée « S’engager pour la 5I” République ». Une nouvelle tentative d’explication du bien-fondé de cette constitution taillée pour maintenir à flot un régime qui se débat contre un inéluctable naufrage.
Désastre social, gouvernance économique malsaine, une politique construite sur la jouissance du pouvoir, c’est dans ce décor peu reluisant que le gouvernement togolais a décidé de donner le coup de grâce à la démocratie togolaise, déjà tétraplégique, en changeant la constitution du pays. Un changement considéré par nombre de Togolais comme inopportun brisant leur rêve de voir s’opérer à la tête du pays l’alternance politique.
Campagne sur fond de malaise
L’adoption de cette constitution a été logiquement désapprouvée par une majorité écrasante de l’opinion. « C’est un crime contre notre Nation », déclarait il y a quelques jours un opposant à cette constitution. La campagne de sensibilisation organisée au lendemain de l’adoption par des députés dont le mandat a expiré depuis des mois n’aura rien changé. Non satisfait, le gouvernement a fait de cette constitution le principal sujet de la campagne des élections législatives. Que nenni. L’opinion reste défavorable. C’est dans ce contexte que Pacôme Adjourouvi, ministre des Droits de l’Homme, qui a vécu et expérimenté la démocratie française de l’intérieur, vraisemblablement, mal à aise avec les opinions défavorables persistantes autour de cette constitution, a décidé de lancer une nouvelle campagne de sensibilisation qui a commencé le 21 mars 2025 à Kara.
Selon le ministère des Droits de l’Homme, « cette campagne s’articulera autour de plusieurs axes dont des émissions radiophoniques et télévisées, des débats interactifs, des diffusions de contenus éducatifs sur les radios communautaires ainsi que des rencontres de proximité avec les populations à travers tout le pays ». « La VI” République marque une étape décisive dans la consolidation de notre démocratie. Nous avons le devoir de la faire connaître, de l’expliquer et de créer un cadre de dialogue avec les citoyens pour qu’ils se l’approprient pleinement », a déclaré le 21 mars à Kara, le ministre Pacôme Adjourouvi. Cette déclaration semble montrer un certain malaise de l’ancien adjoint au maire dans la commune française d’Évry visiblement conscient que les diverses campagnes initiées depuis l’adoption de cette constitution n’ont pas donné les résultats escomptés. Si non, comment comprendre son initiative alors que la constitution jouirait d’une certaine popularité ?
Campagne d’échec
Les campagnes de communications et de sensibilisations ne changeront sans nul doute rien à la perception des populations autour d’une constitution « personnalisée » qui en rien ne leur garantit un lendemain meilleur. « Ils ont décidé de nous conduire dans cette voie sans issue d’une nouvelle constitution pour permettre au Chef de l’Etat de continuer à rester à la tête de notre pays », dénonçait le 23 mars 2025, Professeur David Dosseh du Front Citoyen Togo Debout. « C’est la mauvaise gouvernance qui est le vrai problèmes du Togo », a-t-il insisté.
En effet, au Togo, derrière l’apparence d’un pouvoir exercé avec maîtrise se dissimule, en réalité, un règne livré aux caprices de l’instant, dénué de toute boussole idéologique et stratégique. Gouverner suppose une vision, une capacité d’anticipation, une cohérence dans l’action ; or, ici, point de dessein structuré, point de trajectoire lisible. Tout se décide au gré des émotions du moment, dans une perpétuelle improvisation où la réaction supplante la réflexion. Chaque événement devient ainsi un prétexte à des ajustements précaires, chaque crise un spectacle où l’illusionnisme politique tient lieu de gouvernance.
Sous les apparences fallacieuses d’une gouvernance maîtrisée, se déploie en réalité un exercice du pouvoir où l’improvisation tient lieu de doctrine, où l’instant dicte la décision, et où l’émotion supplante la raison stratégique. Dépourvu de toute architecture conceptuelle, ce mode de gestion erratique se nourrit d’effets d’annonce, de réajustements précaires et de subterfuges rhétoriques destinés à masquer l’indigence d’une vision d’ensemble. La parole, érigée en artifice suprême, suffit à entretenir l’illusion d’un cap, alors même que l’embarcation dérive, ballotée par les tumultes des contingences.
Ce qui explique justement l’adoption nuitamment de cette constitution qui « crée un boulevard pour la présidence à vie du Chef de l’Etat » et l’échec cuisant différentes campagnes organisées pour la faire accepter. Mais les Togolais ne se laissent pas séduire par ce vide mécanique. Ils refusent de se laisser adoucir par des promesses creuses et des incantations sans lendemain, l’illusion d’un lendemain meilleur.
Lemy Egblongbéli
Source : lecorrecteur.tg