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Énergie au Togo : les citoyens paient le prix fort d’une subvention en déclin

Centre-ville Lomé, © Blamé Ekoué

Dans la loi de finances 2026, l’État togolais prévoit de consacrer 14,2 milliards FCFA à la subvention des produits pétroliers, contre des montants beaucoup plus élevés ces dernières années. L’objectif affiché : limiter l’impact de la volatilité des prix sur le coût de la vie. Mais cette réduction progressive survient dans un contexte social déjà tendu, où la question du pouvoir d’achat reste une préoccupation majeure.

Officiellement, les prix à la pompe n’ont pas bougé depuis décembre 2024. Le gasoil est à 695 FCFA le litre, le super sans plomb à 680 FCFA, le mélange deux-temps à 769 FCFA et le pétrole lampant à 650 FCFA. Une stabilité tarifaire vantée par les autorités comme un bouclier contre l’inflation. Mais la réalité quotidienne est toute autre : la moindre fragilisation des subventions nourrit déjà la crainte d’une hausse indirecte du coût de la vie, alors que 43 % des Togolais vivaient sous le seuil de pauvreté en 2023, selon la Banque mondiale.

Le gaz domestique : une double peine pour les citoyens

C’est sur le gaz domestique que le malaise est le plus sensible. Pour 2026, l’État prévoit 8,7 milliards FCFA pour sa subvention, en baisse par rapport aux 9,6 milliards de 2025. Le prix du kilogramme reste fixé à 790 FCFA, soit 9 875 FCFA pour la bouteille de 12,5 kg, un tarif inchangé depuis août 2022. Pourtant, malgré la subvention publique, le Togo reste le pays où le gaz domestique est le plus cher de l’espace UEMOA.

« Dans des pays où le niveau de vie est même plus élevé, les gens achètent le gaz moins cher. Une vraie double peine pour nous », dénonce l’ancien député Gerry Taama. La comparaison est frappante : une bouteille de 12,5 kg coûte 6 815 FCFA au Bénin, 6 000 FCFA au Burkina Faso et au Mali, et environ 5 200 FCFA en Côte d’Ivoire. « Comment expliquer que le gaz soit plus cher au Togo qu’au Mali, alors qu’il y est transporté depuis notre pays ?»

La hausse brutale de 73 % intervenue en août 2022, qui avait fait passer la bouteille de 6 500 à plus de 11 000 FCFA avant un ajustement, reste ancrée dans les mémoires. Depuis, les prix stagnent, alors que les cours internationaux se sont stabilisés et que les pays voisins pratiquent des tarifs bien plus abordables.

Une question sociale, environnementale et de gouvernance

Le prix élevé du gaz n’est pas qu’une question économique. Il a un impact environnemental direct : faute d’accès au gaz, de nombreux ménages se tournent vers le charbon et le bois de chauffe, aggravant la déforestation et contredisant les politiques de lutte contre le changement climatique.

Mais c’est aussi une question de justice sociale et de transparence. La réduction des subventions, dans un contexte où les prix restent élevés, alimente un sentiment de déconnexion entre l’État et les citoyens. « Il est aujourd’hui difficile de rencontrer un Togolais qui te dise que ça va de son côté, en dehors d’une toute petite minorité », souligne Gerry Taama.

Au-delà de l’équilibre budgétaire, le débat sur les subventions énergétiques révèle la relation entre le citoyen et l’État. Tant que les mécanismes de fixation des prix ne seront pas réformés et rendus plus équitables, le coût de l’énergie continuera d’être pour beaucoup de Togolais une question de survie, plus qu’un simple problème comptable.

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