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La pauvreté comme seul passeport : Quand des jeunes Togolais risquent leur vie dans les mines d’or au Mali

Dans la région des Savanes, au nord du Togo, la pauvreté n’est pas une statistique : c’est une réalité quotidienne. Faute d’emplois et de perspectives, de nombreux jeunes quittent leur village natal pour tenter leur chance ailleurs, souvent au péril de leur vie. Leur destination : les sites d’orpaillage du Mali ou du Burkina Faso, où l’espoir d’un gain rapide attire malgré les dangers.

Raoul – prénom d’emprunt – est l’un de ces jeunes Togolais partis chercher de l’or au Mali. Diplômé, mais sans emploi, il raconte un départ dicté par la nécessité plus que par le choix.

« Ce qui nous a poussés à quitter le Togo, c’est la pauvreté. Il n’y a pas d’autre mot. Quand tu n’arrives pas à joindre les deux bouts, quand tu ne peux pas assumer tes charges, tu n’as plus vraiment d’options », confie-t-il,  au confrère de Deutsche Welle (DW).

Comme beaucoup d’autres, Raoul pensait que ses diplômes lui ouvriraient des portes. Mais la réalité l’a rattrapé. Sans travail, sans soutien financier et avec des responsabilités familiales, il s’est résolu à partir. « Nous sommes obligés d’y aller pour subvenir à nos besoins, personnels comme familiaux. »

Pour lui, rejoindre les mines n’est pas un projet de vie, mais un moyen de financer un avenir meilleur. « Quand tu as des projets en tête, il te faut des moyens. Sans ressources, tu es bloqué. Aller à la mine, c’est une obligation pour pouvoir financer mes projets et devenir indépendant. »

Sur place, les conditions de travail sont extrêmement difficiles. Les journées s’enchaînent sous un soleil écrasant, dans la boue ou sous la pluie. Les tâches sont éprouvantes, parfois dangereuses. « Les zones minières sont des zones à risque. Le travail est à la fois physique et mécanique. Rien n’est facile, surtout quand tu travailles avec des patrons chinois. Tu dois accepter les conditions, quelles qu’elles soient », explique Raoul, résigné.

Malgré tout, il tient bon, animé par l’espoir d’un retour différent. Autour de lui, certains jeunes revenus au pays affichent leur réussite : maisons neuves, voitures, motos. Une vitrine de richesse qui alimente les rêves et pousse d’autres à partir. Mais Raoul se veut prudent. « Ce qui m’intéresse, ce n’est pas le luxe. C’est de créer quelque chose qui va me rapporter durablement. »

Le phénomène, selon lui, est largement sous-estimé. Rien que dans la région des Savanes, plusieurs centaines de jeunes auraient déjà quitté le pays pour les mines. « Dans une seule localité, on peut compter une cinquantaine de mines. Dans chaque mine, une dizaine de jeunes. Quand on fait le calcul, on se rend compte que les chiffres réels sont bien au-delà de ce qu’on imagine. »

Derrière chaque départ, il y a une histoire semblable à celle de Raoul : un jeune diplômé, sans emploi, contraint de risquer sa santé et parfois sa vie pour espérer un avenir meilleur. Un cri silencieux qui interroge sur l’urgence de créer des opportunités locales, afin que l’exil vers les mines ne soit plus la seule option pour survivre.

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