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Togo- Détenus politiques libérés, mais la crise demeure: l’opposition accuse le régime de « manipulation cynique »

Au Togo, plusieurs organisations politiques et de la société civile dénoncent ce qu’elles qualifient de « manœuvre cynique » du pouvoir après la libération partielle de détenus politiques. Lors d’une conférence de presse conjointe, le 5 janvier 2026 à Lomé, elles saluent ces remises en liberté tout en exigeant la libération immédiate de tous les prisonniers d’opinion, le retour sans condition des exilés politiques et des mesures concrètes face à la vie chère, accusant le régime de Faure Gnassingbé d’entretenir la crise politique et sociale. Lisez plutôt!

CONFERENCE DE PRESSE CONJOINTE DU 5 JANVIER 2026

DÉCLARATION LIMINAIRE

Le pompier pyromane

L’art de mettre le feu volontairement, puis de détourner subtilement l’attention de l’opinion en se présentant comme celui qui éteint l’incendie, est une pratique bien connue des grands manipulateurs. C’est à ce scénario cynique que les Togolais assistent depuis le 31 décembre dernier.

Sous la pression des Togolais, épaulés par les organisations internationales des droits humains et des Rapporteurs spéciaux des Nations Unies, également soutenus par des partenaires, Faure Gnassingbé s’est enfin résolu à libérer certains détenus politiques. C’est un grand soulagement pour les familles.

Nous remercions chaleureusement tous ceux qui ont contribué à cette vague de libération par leurs efforts, d’une manière ou d’une autre, parfois discrets mais de grande efficacité.

De nombreuses figures incarnant la souffrance, la violence et l’injustice subies par les Togolais ont été libérées ces derniers jours, après la maladie et la grève de la faim pour certains. Sans pouvoir donner une liste exhaustive, Grâce Koumayi, Amavi Katanga, Chimène Apevon, Abevi Adboul Razak, Ouattara Fadel, Foly Satchivi, Affectio, Dora Djougbedzi, Koffi Ostache Missodé en font partie.

Nous saluons la libération des détenus politiques. Nous leur rendons un hommage appuyé et nous nous inclinons humblement devant la mémoire de tous ceux qui ont perdu la vie en prison. Ils sont tous des héros !

Cependant, en gardant la lucidité, cet acte, présenté par le régime comme un geste d’apaisement, ressemble fortement à une attitude d’un pompier pyromane. Et cela est très cynique.

En effet, tous les Togolais savent que ceux qui ont bénéficié de cette libération n’auraient jamais dû être privés de liberté, ils n’auraient jamais dû souffrir le martyre qu’on leur a infligé, parce qu’ils sont innocents. Ces personnes ont été abusivement arrêtées, injustement jetées en prison, horriblement maltraitées, parfois carrément torturées et même violées, du simple fait de leurs opinions politiques. C’est révoltant !

Beaucoup de nos compatriotes sont encore privés de liberté ou gardés dans la souffrance des prisons aux conditions inhumaines, à l’exemple de Marguerite Gnakadé, Jean-Paul Oumolou, Kpatcha Gnassingbé, Alles ATTI.

Près de 70 détenus politiques attendent impatiemment d’être libérés. Ils doivent être libérés !

Dans ce contexte, une réelle volonté d’apaisement devrait se manifester par la libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus politiques, sans aucune exception.

Toutefois, cela ne saurait suffire, parce qu’il y a beaucoup d’autres préoccupations urgentes à satisfaire.

En effet, par sa gouvernance, le régime de Faure Gnassingbé a jeté de nombreux Togolais sur la redoutable route de l’exil politique. Il est donc impératif que chaque Togolais retrouve la terre de ses aïeux, sans être inquiété par des menaces, des intimidations, des arrestations ou des enlèvements.

La libération de tous les détenus politiques et le retour au pays de tous les exilés politiques, sont intimement liés et constituent des actes majeurs, d’une priorité absolue, à poser immédiatement par Faure Gnassingbé.

Ce serait alors un premier signal fort de bonne volonté adressé aux Togolais.

Sur le coût de la vie

En ce début d’année, les Togolais continuent d’avoir faim, et aucune perspective ne se présente pour entretenir l’espoir d’une amélioration.

Les Togolais attendent donc légitimement bien plus que la distribution ponctuelle de 25.000 francs CFA par le gouvernement, à quelques-uns des plus fragiles, avec le programme Novissi.

Les Togolais veulent des mesures fortes qui viennent soulager dans la durée, la vie quotidienne des familles. La baisse du coût des produits de première nécessité, notamment, permettrait à la population de démarrer l’année avec moins de stress. Le Togo a les moyens de prendre une telle décision au profit de tous.

Contrairement à cela, c’est le risque d’augmentation du tarif de l’électricité, de l’eau et d’autres taxes qui pendent au nez des Togolais. Aucun Togolais ne l’acceptera, surtout dans les conditions actuelles.

Alors que les Togolais attendaient l’annonce de solutions à leurs difficultés de vie, le discours de fin d’année de Faure Gnassingbé se fonde sur des déclarations tapageuses sans lendemain, des rhétoriques mielleuses sans effet et des promesses réitérées depuis 20 ans sans concrétisation. Il a notamment déclaré :

« Nous allons changer de méthode, faire vivre autrement notre démocratie, ouvrir un nouveau chapitre, sans casser ce que nous avons construit. Pour cela, j’ai fixé au gouvernement trois priorités simples : Protéger, Rassembler, Transformer. »

Non, Monsieur Faure Gnassingbé, les Togolais ne sont pas protégés. Et ils ne se sentent pas protégés, surtout lorsque plusieurs des leurs sont emprisonnés pour leurs opinions et que certains perdent la vie à cause de la torture qu’ils subissent en détention.

Comment se sentir protégé, quand on est tenaillé par la faim et que des jeunes sont tués dans les manifestations pacifiques ?

Non, Monsieur Faure Gnassingbé, vous ne rassemblez pas les Togolais. Vous ne rassemblez pas parce que vous dressez les uns contre les autres. Vous justifiez et vous encouragez la création de milices que vous et vos ministres qualifiez de « groupes d’autodéfense ». Comment pouvez-vous rassembler autour d’un idéal commun, lorsque vous remplacez la Constitution en méprisant l’avis de la grande majorité des citoyens ?

Non, Monsieur Faure Gnassingbé, vous ne transformez pas le Togo. Depuis 20 ans le Togo est pratiquement figé. Vous n’avez vendu que le discours usé de la paix, en oubliant les réalisations d’hôpitaux, d’universités, de complexes sportifs et d’infrastructures routières. A l’heure où nous parlons, une grande partie de la ville de Kara manque cruellement d’eau potable depuis plusieurs mois, comme dans beaucoup d’autres régions d’ailleurs. L’énergie, vitale pour les ménages et les entreprises, est de mauvaise qualité, quand elle est disponible.

Est-ce cela la transformation dont vous parlez ?

Enfin, en privant les Togolais du droit de choisir le Président de la République par un suffrage universel direct, vous avez délibérément cassé ce que nous avons construit, exactement le contraire de ce que vous affirmez. Rendez-nous notre Constitution !

Vous déclarez également dans votre discours de fin d’année :

« On ne protège pas un pays seulement avec les armes. On le protège en donnant à chacun une vie digne, en donnant une place à sa jeunesse, en évitant que la pauvreté, l’exclusion ou la colère ne deviennent des terreaux de la violence. »

Cette phrase est belle à entendre, pour ceux qui vous écoutent pour la première fois, parce que pour les Togolais qui vous pratiquent depuis deux décennies, la réalité est différente.

Où est donc la vie digne, quand torture et viol restent impunis ? La jeunesse à laquelle vous vous adressez ne vous croit pas. Elle ne vous croit plus, parce que vous la pourchassez, avec des mandats d’arrêts internationaux, vous la confinez dans la pauvreté, avec le manque d’emploi, la corruption galopante et l’impunité qui l’encourage, vous l’excluez des grands enjeux de la Nation et vous la mettez en colère en la privant de liberté et en exerçant répression et violence sur elle.

Pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, les Togolais sont impatients de connaître la fin de votre régime, la fin de la dictature. Vous le savez, c’est pourquoi vous instaurez un climat de terreur.

Mais, un peuple porté par la soif de liberté ne peut pas être pétrifié durablement par la terreur.

C’est pourquoi, nous, signataires de cette déclaration liminaire, appelons les Togolais :

• à ne pas courber l’échine et à persévérer dans la lutte pour leur dignité et pour leur liberté ;

• à surmonter la peur légitime, afin de revendiquer leurs droits fondamentaux ;

• à s’armer de courage pour affronter les défis que leur oppose le régime.

Nous demandons également aux combattants de la liberté :

• d’être vigilants, de sortir des sentiers battus et surtout de se préparer à de nouvelles formes de lutte, en tenant compte des contraintes que le pouvoir de Faure Gnassingbé nous impose ;

• de renforcer la collaboration entre les différents acteurs sur le terrain et dans la diaspora ;

• de continuer à combattre le coup d’Etat constitutionnel de la Vème République et à œuvrer pour les valeurs démocratiques.

Appel à la mobilisation

Le Togo que nous voulons construire est une Nation où chaque citoyen peut exprimer librement ses opinions sans craindre l’arbitraire. Une Nation où la justice constitue un droit et non un privilège, dans un environnement où les opportunités sont ouvertes à tous. Une Patrie où la dignité humaine forme le socle inébranlable de la République et du vivre-ensemble harmonieux. Le citoyen doit retrouver sa place centrale dans les politiques publiques.

À nos concitoyens togolais : L’histoire retient ceux qui, malgré la peur, ont choisi de rester debout pour défendre leurs droits et ceux des générations futures.

« Un peuple qui reste silencieux devant l’injustice est complice de sa propre servitude. Aujourd’hui, refusons d’être complices. »

Pour la DMK – ORIGINALE Dynamique Monseigneur Kpodzro, Thomas Kokou NSOUKPOE Superviseur Général

Pour la DMP, Dynamique pour la Majorité du Peuple, Sambiri TARGONE Coordonnateur

Pour le LDP, Lumière pour le Développement dans la Paix, Tchagnaou OURO-AKPO Président

Pour le front « Touche Pas A Ma Constitution », Nathaniel OLYMPIO Premier Porte-Parole

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