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Togo – Grâce présidentielle : quand l’absence de réinsertion alimente la récidive

L’interpellation à Lomé, mi-janvier 2026, d’un mécanicien récemment bénéficiaire de la grâce présidentielle pour vol de motocyclette n’est pas un simple fait divers. Elle agit comme un révélateur brutal d’un problème plus profond et récurrent : l’absence de politique structurée de réinsertion des détenus libérés, qui favorise la récidive et expose de nouveau les populations à l’insécurité.

Comme chaque fin d’année, le Président du Conseil du Togo, Faure Gnassingbé, a accordé, en décembre 2025, une grâce présidentielle à plusieurs détenus. Cette fois, le geste a été largement salué, notamment parce qu’une part importante de prisonniers politiques a enfin retrouvé la liberté. Mais au-delà de cette avancée, une réalité demeure inchangée : pour les détenus de droit commun, la sortie de prison reste souvent une porte ouverte sur le vide.

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Le cas du mécanicien interpellé à Lomé illustre ce cycle bien connu. Libéré quelques semaines plus tôt, sans domicile fixe, sans emploi stable et sans accompagnement social identifié, il a rapidement replongé dans les mêmes pratiques qui l’avaient conduit en détention. La police nationale elle-même reconnaît que nombre de vols de motos recensés ces dernières semaines portent la signature de récidivistes. Sur les réseaux sociaux, depuis le début du mois de janvier, les signalements de vols, d’agressions et de disparition se multiplient, traduisant un sentiment d’insécurité palpable dans plusieurs quartiers de la capitale.

Ce phénomène n’a pourtant rien de nouveau. En 2019, invité dans l’émission « Forum » sur les plateaux de New World TV, le ministre de la Sécurité et de la Protection civile de l’époque, le Général Yark Damehame, reconnaissait publiquement que des détenus libérés, parfois dans le cadre de grâces ou d’élargissements anticipés, figuraient parmi les auteurs de braquages et de vols à main armée. Le constat était clair : faute d’emploi, de suivi et de perspectives, une partie des ex-détenus retourne presque mécaniquement vers l’illégalité.

Des années plus tard, malgré les alertes répétées, le problème persiste. La grâce présidentielle demeure un acte politique et humanitaire fort, mais elle s’arrête trop souvent aux portes des prisons. Une fois dehors, les bénéficiaires sont livrés à eux-mêmes, sans un réel dispositif d’accompagnement psychologique, de formation professionnelle ou d’insertion économique. Dans un contexte de chômage élevé et de précarité, cette absence de suivi devient un facteur aggravant de l’insécurité.

Les premières victimes sont les citoyens ordinaires : conducteurs de motos, commerçants, familles, qui subissent vols et agressions. Mais les récidivistes eux-mêmes en paient aussi le prix, rattrapés par la police, incarcérés à nouveau, enfermés dans un cycle sans issue.

La question n’est donc pas de remettre en cause la grâce présidentielle en tant que telle, mais d’interroger ce qui l’accompagne – ou plutôt ce qui ne l’accompagne pas. Sans une véritable politique de réinsertion, la clémence de l’État risque de se transformer en source d’insécurité durable. L’affaire récente du mécanicien interpellé à Lomé n’est pas une exception : elle est le symptôme d’un système qui libère, mais n’intègre pas.

Et tant que cette faille restera béante, la récidive continuera de hanter les quartiers, année après année, après chaque grâce présidentielle.

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