« L’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde », disait Nelson Mandela. Les pays africains au sud du Sahara n’ont toujours pas compris cette leçon. L’un de leurs problèmes fondamentaux reste leur système éducatif. On continue de programmer mentalement les citoyens avec des connaissances dépassées. De ce fait, la société africaine, mère de la civilisation humaine et par qui tout a commencé, est méconnaissable : mimétisme absolu, dépérissement profond, mépris de soi…, voilà le train-train quotidien des Africains.
Comment arrêter l’hémorragie ? Que fut l’école africaine avant la traite des Noirs et la période coloniale, les 2 périodes fondamentales au cours desquelles l’Afrique a perdu la face ? Quelles réformes fondamentales pour l’éducation en Afrique au sud du Sahara ? C’est à la réponse à ces questions que le développement qui va suivre va s’atteler. Pour y répondre, nous allons nous appuyer sur l’ouvrage intitulé ‘Eduquer ou périr’ de Joseph Ki-Zerbo.
« L’éducation, écrit-il, est une fonction de reproduction et de dépassement social indispensable au progrès de tout pays. Quand cette fonction est abolie, il se produit un dépérissement profond dans le métabolisme de base de la société ».
En Afrique, cette fonction est abolie. Ce constat, l’érudit burkinabè le posait dès 1990 en affirmant que l’espace de l’éducation scolaire est un domaine verrouillé et interdit, où aucune réforme fondamentale n’a encore pu pénétrer dans presque aucun pays africain au sud du Sahara. Trente-six (36) ans après l’établissement de ce constat, rien n’a changé. Les vraies réformes se font toujours désirer et le statu quo persiste.
Avec l’avènement des réseaux sociaux comme Facebook, WhatsApp et surtout Tik Tok, le comble semble être atteint. Les exemples sont légion en la matière. Le sexe par exemple, autrefois une chose qui relève strictement du domaine de la procréation en Afrique, ce qui a fait que les femmes et filles africaines étaient exemplaires, est malheureusement devenu une affaire de tous les enfants, la jeunesse africaine y baigne. Presque toutes les valeurs africaines sont foulées au pied. N’importe qui prend la parole sur les réseaux sociaux au nom de la liberté d’expression. L’inutilité est devenue la norme qui recueille des milliers de ‘J’aime’, au détriment de la donne éducative. Face à cette situation scabreuse, aucune action concrète pour dire stop. C’est le nouveau tableau dans une Afrique pionnière de l’éducation.
L’Afrique, pionnière de l’éducation
L’Afrique, écrit Joseph Ki-Zerbo, a été le premier continent dans l’histoire où l’alphabétisation et la scolarisation furent mises en œuvre. « Des milliers d’années avant que ne fussent inventées les lettres grecques alpha et beta qui sont les racines du mot alphabétisation, et le mot latin schola qui a donné scolarisation, les scribes de l’Egypte antique ont écrit, lu, compté, géré, philosophé, ausculté l’au-delà et l’absolu, en se servant du papyrus, premier support de l’écriture », précise-t-il.
Une tradition qui a été perpétuée au fil du temps dans le bassin nilotique, l’Afrique du nord, Axum, l’Ethiopie. L’écriture de la Nubie et de Méroé cherchent encore aujourd’hui des décodeurs. On ne peut parler des pôles d’enseignement supérieur africain sans faire cas de Tombouctou, Jenné, Gao, Kano, l’Afrique orientale et méridionale et l’Océan indien.
Ce système éducatif fondé sur l’école sera détruit à partir du XVIIè siècle pour des raisons liées aux invasions et agressions dont la plus grave fut sans doute la traite des Noirs. La cassure du système éducatif africain fut consommée par la domination coloniale qui lui substitua une structuration absolument différente dans le cadre de l’entreprise de subordination du continent aux intérêts européens. Une école qui visait l’instrumentalisation totale des ressources africaines.
Dans la période précoloniale, note le penseur africain, l’institution éducative africaine consistait en une école sans murs. C’était le village lui-même où se dégage l’école originelle faite de l’amont chronologique, de l’intervention des lignages, de l’attribution de nom, du sevrage et de l’initiation. L’enfant est placé sous la tutelle de tous les aînés du groupe familial, du quartier et même du village; chacun d’entre eux peut le reprendre et le corriger. Le concept d’Œdipe n’a pas droit de citer en Afrique dans la mesure où l’enfant n’est pas confronté à un père qui l’empêcherait de se réaliser.
Il faut agir et vite !
Selon Joseph Ki-Zerbo, le système éducatif actuel des sociétés africaines n’est pas seulement en retard sur celui des pays industrialisés ; il est surtout en contradiction avec les besoins vitaux, alimentaires et élémentaires des sociétés africaines.
Ce n’est pas tout. L’école arrache les jeunes à leur milieu social, elle aggrave trop souvent les inégalités sociales et contribue à l’effacement des cultures autochtones qu’elle doit en principe promouvoir. En tout cas, soutient-il, l’école telle qu’elle est, ne fonctionne pas pour l’Afrique réellement, ni pour la majorité des jeunes qui y sont engagés, ni pour la promotion de l’économie, des sociétés et des cultures africaines.
Pour ce penseur africain, l’école ne peut tourner le dos au patrimoine africain. « Ce serait l’école en Afrique et non l’école africaine », soutient-il.
Ceci est le 4è numéro de la rubrique ‘Ce que l’école ne nous apprend pas’
Source: Global-Actu [Titre original: Afrique : le dépérissement dénoncé par Joseph Ki-Zerbo s’intensifie, quelle société pour demain ?]


