Au Togo, la défécation à l’air libre (DAL) demeure un enjeu majeur de santé publique. Elle touche encore 40 à 45 % de la population, avec des répercussions directes sur la santé, la dignité et le développement, en particulier chez les femmes et les enfants. Face à ce défi, le Gouvernement togolais, avec l’appui de partenaires techniques et financiers dont l’UNICEF et la Banque mondiale, a engagé une stratégie nationale structurante : Togo SANDAL – Togo Sans Défécation à l’Air Libre, reposant sur l’Assainissement Total Piloté par la Communauté (ATPC).
Dans la région de la Kara, à Guérin-Kouka, localité de la commune Dankpen 1, cette politique se traduit aujourd’hui par des résultats tangibles grâce à l’initiative de Crédits Latrine, un mécanisme de microcrédit destiné à faciliter la construction de latrines familiales et à accélérer l’atteinte de la FDAL – Fin de la Défécation à l’Air Libre.
Du déclenchement communautaire au passage à l’action
En 2023, malgré les actions de sensibilisation menées dans le cadre de l’ATPC, la DAL restait largement pratiquée à Guérin-Kouka. 250 ménages ont alors été recensés et sensibilisés. À l’issue du processus, 249 ménages ont été “déclenchés”, prenant conscience des risques sanitaires liés à la DAL : maladies diarrhéiques, choléra, typhoïde et infections parasitaires, fréquentes surtout en saison des pluies.
Convaincus de la nécessité de construire des latrines, ces ménages se sont toutefois heurtés à un obstacle majeur : le coût.
Le crédit latrine, un outil d’inclusion sanitaire
Pour lever cette contrainte, le Gouvernement, avec l’appui de l’UNICEF, a mobilisé une enveloppe de 15 millions de francs CFA. Elle permet aux ménages d’accéder à un crédit d’environ 83 000 FCFA, remboursable sur un an, avec un taux d’intérêt de 6 %, exclusivement destiné à la construction de latrines. Une ONG spécialisée assure le suivi technique afin de garantir la qualité des ouvrages et l’usage conforme des fonds.
« L’objectif initial était de toucher 150 ménages. Aujourd’hui, 232 ménages ont déjà bénéficié du crédit, preuve de l’adhésion communautaire », souligne Nanagnemey Lookman, point focal Crédit Latrine dans la préfecture de Dankpen.

UNICEF/Togo/CombeyCOMBETEY
Des changements visibles dans les foyers
Sur le terrain, l’impact est notable. Pour Ibriga Issifou, chef de quartier et chef de la communauté Mossi à Dankpen 1, la dynamique est enclenchée : « Avant, beaucoup de maisons étaient construites sans latrines. Les enfants déféquaient partout, et en saison des pluies, les maladies diarrhéiques étaient fréquentes. Aujourd’hui, la situation s’améliore. »
Les Comités d’Assainissement Communaux (CAC) jouent un rôle central dans le suivi, la sensibilisation continue et la consolidation des acquis.
Bénéficiaire du crédit latrine en 2024, Mme Gougoule N’moanko, Responsable d’atelier de couture à Guérin Kouka Zongo, témoigne des effets concrets sur son quotidien : « Mes enfants ne défèquent plus à l’air libre. Les mouches ont disparu de la maison. Je peux désormais préparer mes amuse-gueules dans de meilleures conditions d’hygiène, en protégeant la santé de mes clients et de ma famille. »

UNICEF/Togo/CombeyCOMBETEY
Des défis à consolider
L’initiative n’est pas sans difficultés. Le principal défi reste le recouvrement des crédits. « Certains bénéficiaires pensent qu’il s’agit d’un don de l’État ou de l’UNICEF et refusent de rembourser, ce qui limite l’accès pour d’autres ménages », explique Nanagnemey Lookman.
Un levier stratégique pour Togo SANDAL
Déployée prioritairement dans les régions des Savanes, de la Kara et des Plateaux, l’initiative de Crédits Latrine, soutenue par l’UNICEF, s’impose comme un levier clé de la stratégie Togo SANDAL. À Guérin-Kouka, elle démontre qu’en combinant financement adapté, mobilisation communautaire et accompagnement local, l’assainissement durable devient une réalité, au service de la santé, de la dignité et de l’avenir des enfants.


