À l’Université de Lomé, chercheurs, enseignants et étudiants en lettres se sont réunis le vendredi 6 mars 2026 au CI2L à l’occasion de la conférence de rentrée scientifique du laboratoire CoDiReL (Comparatisme, Dynamique Interculturelle et Recherche en Littérature). L’événement, consacré au thème « Parlons corpologie… », a été animé par le professeur Okri Pascal Tossou, enseignant à l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin.
Sous la modération de M. Komi Bafana, maître de conférences en littérature anglaise, la rencontre a rassemblé plusieurs personnalités de la Faculté des Lettres, Langues et Arts (FLLA). Parmi elles, le 1er Vice-Doyen, M. Litinmé Molley, le 2e Vice-Doyen, M. Dyfaizi Nouhr-Dine Akondo, ainsi que des acteurs du monde académique et culturel togolais, dont le professeur Kangni Alemdjrodo, responsable du laboratoire, M. Ebony Agboh, directeur adjoint du CI2L, et l’humoriste togolais Kokou Agbleta, plus connu sous le nom de Gbadamassi Yaya.


Au cœur de la conférence une réflexion sur la place du corps dans la représentation littéraire et sur la pluralité des lectures qu’elle suscite s’est imposée. Le professeur Tossou a souligné que, bien que le corps soit un motif récurrent dans les textes de fiction, il demeure insuffisamment conceptualisé dans les recherches universitaires. L’exploration du « discours sur le corps » – ou corpologie – apparaît dès lors comme une voie féconde, capable d’enrichir l’analyse littéraire et de renforcer l’argumentation scientifique des chercheurs.
« L’écrivain inscrit le corps dans son œuvre, qu’il en ait conscience ou non. Le chercheur, pour sa part, peut interroger cette présence et lui conférer une signification », a-t-il déclaré devant un auditoire composé en majorité d’étudiants de master et de doctorat.




Les échanges ont également exploré la manière dont le corps se trouve représenté dans divers domaines : les textes religieux, la littérature et les arts. Le conférencier a introduit la notion de corpographie, entendue comme l’inscription du corps dans l’écriture et son rôle dans la construction du sens narratif. Pour analyser ce phénomène, il propose une démarche méthodologique en deux temps :
– Une lecture active du corpus, visant à identifier ce qu’il nomme « l’atlas corporatif », c’est-à-dire les formes et figures par lesquelles le corps se manifeste dans le texte.
– Une sémantisation du discours du corps, permettant d’interpréter ces représentations à la lumière de leur contexte sociologique et culturel, tout en évitant les clichés et les stéréotypes.
Ainsi, la corpographie apparaît comme une voie d’accès privilégiée à la compréhension des imaginaires du corps, révélant la richesse de ses significations au sein des récits et des traditions.
La discussion a rapidement dépassé le cadre théorique pour s’ouvrir à des enjeux contemporains. Pour le 1er Vice-Doyen, Litinmé Molley, la perception du corps dépend à la fois du lecteur et de l’époque de la lecture. Ainsi, le traitement du corps féminin dans le roman balzacien diffère sensiblement de celui que lui réserve le roman contemporain.
De son côté, Kangni Alemdjrodo rappelle que le corps ne se réduit pas à sa seule dimension physique : « On parle aujourd’hui de robotique, de corps mécaniques, de corps clonés et de transmutation. Ces réflexions posent des questions sérieuses, comme : un robot peut-il aimer ? Une société qui évolue doit anticiper ces comportements avant d’en être surprise. La littérature et la recherche ne chôment pas ».
Selon lui, cette conférence illustre pleinement le rôle du CoDiReL dans la formation des étudiants de master et de doctorat : « Nos recherches croisent les textes et le terrain, la littérature et l’anthropologie, entre autres. Chaque année, nous invitons un universitaire étranger afin d’enrichir le débat et d’ouvrir les étudiants à de nouvelles perspectives. Cette année, la réflexion sur le corps montre combien la littérature demeure vivante et étroitement liée aux transformations sociales. »
Au-delà du débat scientifique, le professeur Tossou a tenu à adresser un message mémorable aux étudiants présents, autour de ce qu’il appelle la « dette de lecture ». « Lire, c’est exister dans le champ littéraire. On ne peut pas achever une licence sans connaître Ahmadou Kourouma, Seydou Badian, Mongo Beti, Jean-Paul Sartre ou Molière », a-t-il rappelé avec insistance. Pour lui, la lecture demeure la clé essentielle, à la fois pour nourrir la pratique et pour approfondir la réflexion littéraire.
La rencontre a permis aux participants de réfléchir sur la corpographie et la corpologie, envisagées comme des composantes essentielles du projet artistique et scientifique : un corps qui s’exprime dans les textes et dans les arts en général. Elle a également mis en lumière la mission du CoDiReL : encourager l’analyse critique et comparative, renforcer la dynamique académique et inspirer une nouvelle génération de chercheurs togolais.


