Dans les grandes villes du Togo aujourd’hui, notamment Lomé, Aneho, Atakpamé, Sokodé, on peut encore apercevoir des édifices, plantations, routes ou chemins de fer qui rappellent la colonisation allemande dans le pays. Ces images montrent le prestige qu’avaient ce colonisateur au « Togoland ».
Même plus de cent ans après le départ du colon dû à sa défaite contre les Alliés lors de la Première Guerre mondiale et le partage du Togoland entre les Britanniques et les Français, le pays d’Afrique de l’Ouest demeure profondément marqué par cette influence allemande qu’on voit non seulement à travers des réalisations, mais aussi dans les comportements de certains citoyens.
Les noms de certains endroits à Lomé jusqu’aujourd’hui, comme la « rue de Brême » ou encore « rue de Hambourg » souligne les traces cette colonisation germanique du Togo.
Musterkolonie » (colonie modèle), c’est le nom donné au Togo à l’époque par les Allemands qui prennent l’exemple de l’administration, de l’organisation de cette colonie et le travail acharné de sa population, pour dupliquer dans les autres colonies allemandes en Afrique, notamment le Kamerun (Cameroun), l’Afrique orientale allemande (actuels Rwanda, Burundi et Tanzanie) et le Sud-ouest africain allemand (Namibie).
C’était à travers sa station de communication transcontinentale Telefunken de Kamina sur le territoire togolais que l’Allemagne avait la mainmise sur toutes ces colonies éparpillées sur le contient.
Cette relation entre l’Allemagne et le Togo ne s’est pas arrêtée après la capitulation allemande à la fin de la première guerre mondiale, selon Dr Stéphane Koffi Kouzan, expert en histoire contemporaine et spécialiste de la colonisation allemande et son héritage au Togo et en Afrique.
L’ancienne métropole, selon lui, a cherché à renouer avec le Togo en envoyant des espions à travers des correspondances pour surveiller les Français qui ont pris la colonie. De plus, après l’accession du Togo à l’indépendance, une forte coopération germano-togolaise s’est développée sous la présidence de Sylvanus Olympio avec l’érection de l’Institut Goethe, « ce qui d’ailleurs n’a pas plu à la France ».
En 1984, en plein règne de feu Gnassingbé Eyadéma, père de l’actuel président du Conseil Faure Gnassingbé, le Togo et l’Allemagne avaient célébré avec faste le centenaire de l’amitié germano-togolaise, signe que les deux pays entretenaient encore de relations étroites qui se poursuivent d’ailleurs jusqu’aujourd’hui.
Cependant, la colonisation allemande n’a pas été un fleuve tranquille pour le Togo. L’histoire retient que les Togolais étaient brimés dans leurs droits par le colon, avec des travaux forcés lors de la construction de la jetée métallique du port de Lomé (warf), le chemin de fer et d’autres réalisations dont les traces sont encore visibles dans le pays.
« On parle souvent de Musterkolonie pour le Togo, mais en fait c’est pour l’Allemagne. Parce qu’elle arrivait à faire des économies, à bien gérer la colonie, mais sur le plan humain, c’était un désastre. La colonisation allemande a instauré une force, une violence sur tout le territoire. La peur des forces armées par les Togolais date de l’époque coloniale », indique Dr Stéphane Koffi Kouzan.
Avant d’énumérer les vestiges allemands qui rendent encore visible la présence du colon dans le pays, nous allons essayer de voir en quelques lignes ce que cette colonisation a apporté de bien ou de mal pour ce pays de 56 600 kilomètres carré.
Colonisation allemande, un bien pour l’éducation, la santé et les infrastructures
La colonisation allemande au Togo a pu permettre la formation de certains cadres qui ont géré le pays après l’indépendance. La formation des pasteurs de l’église évangélique, par exemple, a permis à certains d’entre eux de siéger l’Assemblée française pendant la colonisation de la France.
« Les premiers cadres du Togo ont été formé par l’Allemagne, ce qui n’est pas à négliger », souligne le Dr Kouzan.
L’historien reconnaît qu’en terme d’infrastructures et de constructions, des efforts ont été faits par les Allemands. Cependant, certains ont servi au colon pour faire sortir des matières premières du Togo vers la métropole. C’est le cas notamment du warf de Lomé qui est un vestige très important qui se dresse à la plage au cœur de la capitale.
« Ce sont des acquis sur lesquels le futur Etat togolais s’est basé pour se construire. Si je prends notamment des infrastructures routières, ferroviaires voire maritimes, les écoles, les centres de santé, ce sont des acquis importants sur lesquels les premiers gouvernants se sont appuyés pour développer le pays », explique le spécialiste de la colonisation allemande et son héritage au Togo et en Afrique.
Des cadres togolais avaient également bénéficié de bourses allemandes, sont allés étudier dans la métropole et sont revenus pour la construction de l’Etat togolais. Le Dr Stéphane Koffi Kouzan a cité l’exemple de l’ancien Premier ministre togolais, feu Edem Kodjo, qui avait bénéficié des formations aux côtés des frères catholiques de l’Allemagne.
Monsieur Kodjo a été un grand panafricaniste qui avait pensé la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), aujourd’hui l’Union africaine (UA).
Le revers de la médaille
Pour l’expert de l’histoire contemporaine, c’est sur le plan humain que la colonisation a été « catastrophique » au Togo. « Déjà, de base, la colonisation n’a jamais été une bonne chose. C’est la domination des populations par la force des puissances étrangères, notamment la France, l’Allemagne, la Grande Bretagne, le Portugal et autres ».
Il indique que les infrastructures sont inégalement réparties sur le territoire, certaines régions ayant été privilégiées au détriment d’autres. La plupart ont été construits pour servi les intérêts de l’Allemagne. « Le chemin de fer qui a été construit, c’était pour ramener les matières premières de l’intérieur vers la côte, en vue de l’exporter vers l’Allemagne et d’autres pays », déclare le Dr Kouzan.
Il souligne en outre que les populations à l’époque n’avaient pas le droit de dénoncer des injustices qui leur étaient faites. « Elle (la colonisation allemande) a instauré une terreur au sein des populations où on parle souvent de ‘one for kaiser’, ça fait parfois rire mais c’est un fait qui reste présent jusqu’aujourd’hui », affirme l’historien qui ajoute que le but c’était de terroriser les populations pour pouvoir les maîtriser.
Le Dr Stéphane Koffi Kouzan indique par ailleurs que le colon a également instauré une sorte de discrimination au sein des populations au point que certaines parties du pays se sentaient lésées par rapport à d’autres.
Tous ces souvenirs font dire aux historiens que le passage de l’Allemagne au Togo a laissé des souvenirs mitigés, même si beaucoup d’entre eux estiment qu’il y eu plus de mal que de bien.
Toutefois, les vestiges qu’on voit dans le pays aujourd’hui racontent abondamment ce passage. Nous vous présentons quelques-uns
1. Le Warf de Lomé
C’était le premier ouvrage de grande envergure dans la colonie allemande du Togo. Sa construction a commencé en novembre 1901 et s’est achevée en 1904. C’était l’ingénieur du gouvernement colonial, Georg H. Schmidt qui a supervisé les travaux.
Selon l’Institut Goethe de Lomé, « Entre 1901 et 1902 l’administration coloniale avait mis à la disposition des ingénieurs allemands 350 travailleurs forcés venus de l’hinterland pour transporter les piliers métalliques et les rails ».
Le wharf était inauguré le 27 janvier 1905, le jour anniversaire de l’empereur allemand Guillaume II.
Il servait à l’embarquement et au débarquement des marchandises et des personnes sans risque. C’est également grâce au warf que les matériaux nécessaires à la construction du chemin de fer ont été amenés vers l’intérieur du pays. Il a aussi permis l’exportation des matières premières vers l’Allemagne et d’autres pays.
Mais le warf a perdu son utilité à partir de 1964 avec la construction du port en eau profonde de Lomé. Aujourd’hui, ses ruines sont encore visibles à la plage de Lomé, non loin de la frontière avec le Ghana.
2. Palais des gouverneurs de Lomé
On ne peut parler des vestiges allemands au Togo sans évoquer le palais des gouverneurs, un bâtiment imposant dont la construction a été initiée en 1898 par le gouverneur allemand August Khöler qui avait décidé d’ériger Lomé en capitale du Togo.
Les travaux ont commencé avec l’ingénieur allemand Furtkamp se sont achevés avec l’architecte allemand Eernest Schmidt en septembre 1905. C’est le plus grand de toutes les colonies allemandes.
« L’architecture du palais relève de la volonté des allemands à démontrer la puissance et le prestige de la colonie allemande du Togo. Le palais construit dans un alliage de matériaux essentiellement importés était assez représentatif pour impressionner les navires qui passaient par la côte togolaise. Pour compenser l’inconvénient stratégique lié à la situation du palais, un souterrain de 3,5 m de hauteur y est bâti. Le coût total de construction de ce palais n’est jamais connu », souligne l’Institut Goethe de Lomé.
Il a servi de résidence aux différents gouverneur allemands de 1905 à 1914. Après, il a été occupé par les Britanniques jusqu’en 1920, puis par des gouverneurs français jusqu’à l’indépendance du pays en 1960. Il a servi ensuite aux présidents de la République du Togo jusqu’en 1970 où Gnassingbé Eyadéma a construit un nouveau palais présidentiel.
Ce bâtiment qui avait subi des dommages à l’intérieur et à l’extérieur et était resté inhabité pendant un temps, a été rénové et transformé en musée ouvert en novembre 2019. Il se dresse sur le boulevard du Mono en face de la plage à Lomé.
3. Le cimetière allemand de Lomé
En 1902, le gouverneur allemand August Khöler a pris un décret stipulant que tous les employés de l’administration coloniale allemande qui décèdent seront enterrés sur place. Le gouverneur voulait éviter les coûts exorbitants du rapatriement des cadavres des administrateurs coloniaux.
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