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Togo- Le nouveau rapport d’Amnesty International qui fait mal

TOPSHOTS A man throws a stone at Gendarmes as opposition supporters clash with security forces in Lome, on May 23, 2013. Authorities have banned planned opposition protests in the capital city Lome this week after a crowd of protesting students smashed windows and torched cars on Tuesday. AFP PHOTO/DANIEL HAYDUK

Un poème sur Facebook. Un appel à manifester sur les réseaux sociaux. Une vidéo dénonçant la mauvaise gouvernance. Au Togo en 2024, ces actes ordinaires ont suffi pour finir en prison  ou pire. Le dernier rapport annuel d’Amnesty International sur la République togolaise est un document qui épingle et dérange. Il documente, nomme, date et prouve. Voici ce qu’il dit.

Un pouvoir reconfiguré, un étau resserré

Tout part de la nouvelle Constitution adoptée en avril 2024. Dans la foulée, selon Amnesty International, « les pouvoirs se sont retrouvés concentrés entre les mains du président du Conseil des ministres », poste immédiatement occupé par Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005. Cette recomposition institutionnelle a servi de toile de fond à une répression méthodique de toute forme de dissidence.

Pendant ce temps, au nord du pays, la propagation du conflit dans le Sahel central provoquait un afflux de réfugiés et le déplacement de milliers de Togolais. Entre janvier et août, une soixantaine de personnes ont été tuées dans des attaques de groupes armés dans la région des Savanes, où l’état d’urgence sécuritaire a été prolongé d’un an en mars.

La presse muselée, Internet coupé

Le 6 juin, une correspondante de TV5 Monde couvrant une manifestation est arrêtée par la gendarmerie et contrainte de supprimer ses images. Le 16 juin, RFI et France 24 reçoivent de la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication un avis de suspension de trois mois, au motif d’avoir relayé des propos « inexacts, tendancieux, voire contraires aux faits établis ». Les deux médias étaient toujours suspendus à la fin de l’année.

Entre juin et septembre, l’accès à Internet est perturbé. Les réseaux sociaux sont « particulièrement touchés ». Le verrouillage est total.

Des citoyens arrêtés pour un poème, une vidéo, un post

Le 12 janvier, l’artiste Honoré Sokpor est arrêté après avoir publié sur Facebook un poème dénonçant « les procédés arbitraires et oppressifs du gouvernement ». Inculpé d’incitation à la rébellion, il ne sera libéré sous caution qu’en décembre.

Le 26 mai, le chanteur et militant Aamron appelle sur les réseaux sociaux à se mobiliser contre le gouvernement. Il est arrêté la nuit suivante à son domicile, sans convocation ni mandat. À sa libération le 21 juin, il déclare avoir été « interné de force dans un hôpital psychiatrique et contraint de prendre des médicaments ». Arrêté une seconde fois en septembre pour « incitation de la population à la révolte », il est relâché quelques heures plus tard sous contrôle judiciaire.

Le 22 août, Armand Agblézé et Oséi Agbagno, membres de l’organisation Tournons la page, sont arrêtés à Lomé pour avoir participé à une réunion liée à des manifestations prévues le 30 août. Inculpés de « troubles aggravés à l’ordre public », ils sont libérés sous caution en décembre.

Le 17 septembre, c’est l’ancienne ministre de la Défense, Marguerite Gnakadé, qui est appréhendée pour avoir publié des vidéos réclamant la démission de Faure Gnassingbé. Accusée d’incitation à la révolte et de publication de fausses nouvelles, elle se trouvait toujours en détention.

Des manifestants dans les lagunes

En juin, les Togolais descendent dans la rue contre la répression, la crise du coût de la vie et les modifications constitutionnelles. Au moins 81 manifestants sont arrêtés les 5 et 6 juin. Entre le 26 et le 30 juin, la répression s’intensifie brutalement. Des organisations de la société civile font état de « la mort de sept personnes, dont les corps ont été retrouvés dans des étendues d’eau à Lomé », de coups, d’arrestations arbitraires de passants, de personnes âgées et de mineurs « obligés de se réfugier dans la lagune ». Le procureur annonce une enquête en juillet sur cinq corps retrouvés dans ces mêmes étendues d’eau. À la fin de l’année, aucune information n’avait été rendue publique sur son avancement.

Le 30 août, les autorités interdisent une manifestation organisée par le Mouvement du 6 juin, un collectif d’artistes et de blogueurs de la diaspora. Le même jour, les forces de sécurité encerclent les domiciles de plusieurs personnalités ayant soutenu l’appel à manifester.

Torture sans enquête

Quatorze personnes arrêtées lors des manifestations des 5 et 6 juin affirment, « certificats médicaux à l’appui », avoir subi des actes de torture en détention. Les plaintes déposées auprès du Tribunal militaire « n’avaient donné lieu à aucune enquête » à la fin de l’année.

La loi climat, seule éclaircie

Dans ce tableau, une seule note en apparence positive : la promulgation en avril d’une loi sur le changement climatique, prévoyant des mécanismes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Un geste que d’aucuns liront comme un signal envoyé aux partenaires internationaux,  pendant que les voix dissidentes, elles, continuaient de se taire, de gré ou de force.

Amnesty International a été claire : « Les autorités doivent enquêter sur les allégations de torture sur des manifestants et cesser de réprimer les voix dissidentes. » En 2024, ce message n’a manifestement pas été entendu.

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