Alors que la 17e Conférence des Présidents d’Assemblée et de Section de la Région Afrique de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) s’ouvre ce mardi à Lomé, plusieurs partis et organisations de l’opposition togolaise ont tenu une conférence de presse conjointe pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « contradiction flagrante » entre les valeurs affichées de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) et la réalité politique togolaise.
« Est-ce ce type de démocratie que célèbre la Francophonie ? »
C’est la question centrale posée par les signataires d’une déclaration liminaire lue ce matin à Lomé. Pour ces organisations parmi lesquelles le DMK-Originale, le DMP, le LDP et le front « Touche Pas À Ma Constitution », le choix du Togo comme pays hôte de cette conférence dédiée à la démocratie et à l’État de droit soulève une interrogation fondamentale.
« En confiant l’organisation de cette 17e conférence à l’État togolais, la Francophonie fait honneur aux autorités togolaises. Cela signifie-t-il que la Francophonie considère que les autorités togolaises sont porteuses des valeurs de démocratie et d’État de droit ? », ont-ils déclaré.
Vingt et un ans de pouvoir, une Constitution taillée sur mesure
Les opposants rappellent que Faure Gnassingbé dirige le Togo depuis 21 ans, après avoir succédé à son père Gnassingbé Eyadéma, lui-même au pouvoir pendant 38 ans. Ils dénoncent l’adoption en avril 2024 d’une nouvelle Constitution « sans consultation du peuple, par des députés dont le terme législatif avait échu plusieurs mois plus tôt », instaurant selon eux « une présidence sans limitation de temps et sans obligation d’être élu un cas aberrant et unique dans le monde ».
Une réforme constitutionnelle sur laquelle, soulignent-ils, « l’OIF ne s’est prononcée ni sur la méthode ni sur le contenu ».
Répression, détenus politiques, espace civique réduit
La déclaration dresse un tableau sombre de la situation des libertés au Togo. Les signataires évoquent une répression violente de la jeunesse togolaise en juin 2025, ayant causé « 7 morts, de très nombreux blessés et de multiples arrestations », ainsi que des dispersions à coups de gaz lacrymogène lors de conférences de presse de l’opposition.
Malgré la libération de 75 détenus politiques le 31 décembre 2025, « on compte encore environ 70 personnes toujours détenues pour leurs opinions politiques, certains depuis 2018, sans procès », précise la déclaration. Elle fait également état de « une dizaine de morts en détention ces dernières années” et de “nombreux cas de tortures reconnus par la Cour de justice de la CEDEAO ».
Une Assemblée nationale monocolore, un fichier électoral contesté
Les opposants pointent également la composition de l’Assemblée nationale togolaise qui accueille la conférence : « 95,5% de députés du parti au pouvoir », issue selon eux d’élections frauduleuses. Ils mettent en cause la responsabilité directe de l’OIF, dont les experts ont certifié le fichier électoral de 2024 comme « suffisamment fiable », alors que, rappellent-ils, « 85% des Togolais n’ont pas de carte nationale d’identité ».
« Au Togo, les élections sont devenues un instrument de confiscation du pouvoir, au lieu de réguler la vie démocratique. Et l’OIF les a régulièrement acceptées, en félicitant l’État », ont-ils affirmé.
Leurs exigences
Les signataires formulent trois exigences principales aux autorités togolaises, appelant l’OIF à les relayer : la libération immédiate des quelque 70 détenus politiques encore emprisonnés, le retour libre et sécurisé des exilés politiques, et « l’ouverture d’un processus politique de transition démocratique, inclusif et transparent, visant à refonder les institutions de la République ».
Un appel à « la Francophonie des peuples »
Au-delà du cas togolais, la déclaration interpelle l’OIF sur son positionnement continental. « La jeunesse africaine représente l’avenir de la Francophonie, l’ignorer met en péril l’avenir de l’organisation », avertissent les signataires, notant que les jeunes africains tournent désormais leurs regards vers la Chine, la Russie ou la Turquie pour leurs études, délaissant progressivement l’espace francophone.
Ils appellent l’OIF à « reconnaître sa responsabilité dans le désordre institutionnel instauré au Togo » et à « sortir de l’enfermement des relations avec les États, afin de s’ouvrir aux peuples de l’espace francophone ».
« L’organisation doit faire sa mue et devenir la Francophonie des peuples, pour ne pas être perçue comme un instrument de la françafrique qui soutient les dictateurs en Afrique », ont-ils conclu.
La 17e Conférence des Présidents d’Assemblée et de Section de la Région Afrique de l’APF se tient à Lomé du 7 au 9 avril 2026.

