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Togo- Quand l’extincteur masque l’incendie

La presse togolaise, en voulant signaler un danger, se contente de le nommer sans jamais l’ausculter. L’article publié le 1er avril 2026 sur le portail officiel Republic of Togo offre un exemple presque clinique de ce travers :  une fois encore, la forme du compte rendu y étouffe la substance du vrai problème, et le symptôme est traité avec la même désinvolture que s’il était sans profondeur.

L’Union nationale des transporteurs routiers (UNATROT) demande à ses membres d’équiper leurs camions d’extincteurs. L’enjeu est sérieux, le contexte est documenté :  mais le vrai problème est l’état des routes. Admettons-le !  N’est-ce pas une nécessité oubliée dans un tiroir ? A quand donc la prise d’une conscience pascalienne pour commencer de sérieux travaux routiers

Les conducteurs disposent-ils d’un quelconque pouvoir de coercition sur les modalités de paiement au niveau des péages, ou s’agit-il d’un appel à la bonne volonté individuelle, sans portée contraignante ? Est-ce un autre moyen pour un marché de dupes qui pourrait remplir les poches par un proche du régime qui tiendra le monopole du marché d’extincteurs au Togo?

Ces interrogations ne sont pas de simples décorations, non, elles sont le cœur même du problème, enfin du vrai problème si on peut dire. Elles battent comme un pouls nerveux dans le texte, elles respirent mal, elles montrent ce décalage presque chronique entre ce qu’on écrit dans les papiers et ce qu’on fait, ou prétend faire, sur le terrain. C’est une tension, oui, une tension qui s’étire et se replie, un peu comme une corde trop usée qu’on continue d’utiliser. Le transport togolais, lui, vit dans ce paradoxe constant, entre la paperasse et la poussière, entre la route qu’on promet et celle qu’on subit. Et les routes, ces routes en décrépitude, elles ne sont pas seulement vieilles, elles sont fatiguées de porter le mensonge administratif, elles craquent sous le poids des mots officiels. On pourrait dire que tout cela sonne comme une habitude, mais une habitude qui ronge lentement la confiance, la vraie, celle du citoyen qui roule chaque jour sur des nids-de-poule comme sur des prières.

L’article ne cite qu’une seule voix : l’UNATROT. Or, un syndicat de transporteurs qui appelle ses membres à respecter une règle déjà existante n’est jamais neutre. Plusieurs lectures sont possibles : l’organisation cherche peut-être à redorer son image à la suite d’accidents récents survenus dans le secteur ; elle anticipe peut-être un durcissement des contrôles ; elle peut aussi vouloir montrer patte blanche face à une pression ministérielle. Sans vérification parallèle, sans retour du terrain, aucune de ces pistes ne peut vraiment être tenue pour vraie ni fausse, elles restent suspendues dans un vide commode. Et l’état de nos routes ne constitue point le mal qui causerait des accidents.

Ce qui est certain, c’est que l’État brille par son absence dans cet article. Aucune réaction du ministère des Transports, aucune parole des assureurs, nul représentant des services de secours n’est venu nuancer, contredire ou compléter la déclaration syndicale. L’article prend acte d’une initiative au lieu de l’interroger. Ce faisant, il abdique un peu, il abandonne sa fonction première, celle d’aller voir, de déranger, de comprendre.

Au fait, disons-le ; derrière la question de l’extincteur se profile une réalité que l’article n’effleure jamais : l’état calamiteux d’une partie du réseau routier togolais. Les routes dégradées ne sont pas un contexte périphérique dans ce dossier — elles en sont l’une des causes profondes. Un camion qui roule sur une route crevassée, pleine de trous, sans panneaux ni marquage devient un engin secoué, tordu, presque vivant, où les installations bricolées au gaz butane se desserrent, vibrent, parfois s’enflamment, parfois non, c’est selon la chance du jour. C’est mécanique, presque fatal, et pourtant personne ne le dit clairement, ou alors on le dit à mi-voix, comme si le silence pouvait réparer l’asphalte. Au Togo, on soigne la brûlure sans éteindre la flamme, on met un pansement sur la route et on appelle cela un progrès, oui un progrès, mais qui s’effrite dès la première pluie.

Traiter le symptôme sans toucher aux causes, c’est écrire sur la fièvre sans mentionner l’infection. La sécurité routière au Togo n’est pas d’abord un problème d’équipement individuel : c’est un problème d’infrastructure, de régulation et de volonté politique.

Enfin, dans un état normal, le sujet mériterait un vrai reportage de terrain — sur les routes en latérite de l’intérieur du pays.  Quand le ministère des transports et le ministère de l’intérieur ferment les yeux sur l’état de nos routes, Monsieur Tartarin, lui, vole de montgolfières en montgolfières dans les firmaments, et les gendarmes attendent des glissements de billets à chaque stop, Taras-Kon, quant à lui se porte de plus en plus mieux et tout comme Alice dans son monde de merveilles, Tartarin se plait à l’aise à Taras-kon.

02 avril 2026,   Salt Lake City             

Par : Ben Djagba

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