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Togo- République du free-food : servez-vous, c’est l’État qui régale !

Caricature générée par l'IA

 Il n’y a vraiment qu’au Togo que, lorsqu’on crie « au voleur de deniers publics ! », la justice ajuste tranquillement son bandeau… pour être sûre de ne rien voir. La célèbre dame à la balance, censée peser le juste et l’injuste, semble avoir développé une spécialité locale : traquer avec zèle les petits voleurs de poules, tout en laissant filer les gros poissons, sans doute trop lourds pour sa balance, ou trop bien introduits pour être dérangés.

À ce rythme, on finira par se demander si la justice ne pratique pas une forme de pêche sélective : filet grand ouvert pour les menus fretins, soigneusement replié dès qu’un requin approche. Dans certaines eaux, il vaut mieux éviter de troubler les grands prédateurs, surtout quand ils nagent tout près du rivage du pouvoir.

Des scandales qui s’accumulent, des dossiers qui s’évaporent

Les affaires se suivent et se ressemblent. La presse privée togolaise a récemment révélé que des agents de l’Office Togolais des Recettes (OTR) seraient soupçonnés, selon des informations non encore confirmées par la justice, d’avoir caché plus d’un demi-milliard de francs CFA dans une institution financière de la place. Une allégation qui vient s’ajouter à une liste déjà préoccupante : les affaires Wacem Gate, Covid Gate, Adjakli… Autant de dossiers qui ont fait grand bruit avant de sombrer dans le silence des faits divers, sans qu’aucune juridiction n’ait rendu un verdict définitif à ce jour.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon le Baromètre mondial de la corruption cité par Transparency International, 57 % des Togolais estiment que la corruption a progressé au cours des douze derniers mois. 32 % des usagers des services publics reconnaissent avoir versé un pot-de-vin dans la même période.

De la prudence sous le « vieux » au buffet libre sous le « fils »

La comparaison est cruelle, mais elle s’impose. Au temps du « vieux », ceux qui osaient puiser dans les caisses de l’État prenaient au moins la précaution de regarder par-dessus leur épaule. Aujourd’hui, selon plusieurs observateurs, avec le « fils », quiconque se retrouve à un point stratégique de collecte des ressources publiques semble se servir en priorité, comme à un buffet déjà payé (un free-food), pour peu qu’il ne nourrisse aucune ambition présidentielle et opère avec discrétion.

Ce glissement inquiète. La HAPLUCIA (Haute autorité de prévention et de lutte contre la corruption, appelée à devenir la HATIC) peine à incarner une réponse crédible, paralysée par une prudence institutionnelle, une sorte de décidophobie, qui confine à l’inaction.

« On ne peut pas prendre ça à la légère »

L’écrivain David Kpelly a récemment exprimé publiquement son indignation : « L’OTR est aujourd’hui devenu la première terreur et le plus grand briseur de rêves des jeunes entrepreneurs togolais, dans un pays où l’entrepreneuriat est vendu comme la seule bouée de sauvetage des jeunes ». Avant d’ajouter : « Il faut arrêter de piller aussi impunément ce pays en tuant physiquement, moralement et psychologiquement des millions de Togolais ».

Des mots forts, qui résonnent avec ce que beaucoup de Togolais pensent tout bas.

Pendant qu’une des personnes mises en cause aurait saisi la justice pour diffamation, ce qui est son droit le plus strict, l’opinion publique, elle, ne réclame qu’une chose : la vérité. Pas une procédure au long cours destinée à enterrer l’affaire sous des montagnes de dossiers, mais une enquête sérieuse, transparente, menée jusqu’à son terme.

Là où il y a autant de fumée, les Togolais sont en droit d’exiger qu’on cherche le feu, et qu’on le nomme.

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