Au Togo, le logement social est une promesse qui se conjugue exclusivement au futur « impossible ». Annoncé en grande pompe dès 2019 par Faure Gnassingbé, le projet prioritaire « P7 » donne une persistante impression d’un projet mort-né. Comme c’est souvent le cas dans ce rectangle 56. 790km².
Visant la construction de « 20 000 logements décents à coûts abordables », ce programme voit chaque année le Ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat orchestrer une communication bien rodée pour annoncer une « nouvelle étape décisive ». Pourtant, sept ans après l’annonce initiale, sur le site pilote de Kpomé-Dalavé (trente kilomètres au nord de Lomé), les 1 177 hectares sécurisés restent désespérément vides. Aucune brique n’est encore sortie de terre.
Un feuilleton administratif et des rapports en cascade
Cette communication par étapes interroge sur la capacité réelle de l’État à mener ce projet à terme. En 2023, Lomé célébrait l’obtention de fonds auprès de la Banque africaine de développement (BAD) pour des études de faisabilité. Début 2024, c’était au tour de la validation du Plan d’aménagement urbain (PAU) d’occuper l’espace médiatique. En 2025, les services sectoriels validaient en grande pompe les rapports d’Avant-Projet Détaillé. Enfin, au milieu de l’année 2026, un nouvel appel d’offres est lancé pour recruter des cabinets d’ingénierie chargés de concevoir le cahier des charges des futurs promoteurs immobiliers. Des gymnastiques administratives qui donnent une impression de déjà-vu.
La prudence technocratique face à l’urgence sociale
Cette fragmentation administrative, si elle répond à des exigences de rigueur technique et de transparence financière imposées par les bailleurs comme la BAD ou la BOAD, s’apparente sur le terrain à un surplace chronique.
Pour justifier ces sept années de délais, les autorités invoquent la nécessité de planifier minutieusement les réseaux de voirie, d’eau potable et d’électricité, tout en sécurisant le foncier pour s’épargner de futurs litiges. Une prudence louable, mais totalement déconnectée de l’urgence sociale.
Une classe moyenne asphyxiée par la réalité du marché
Pendant que les rapports s’empilent dans les tiroirs ministériels, la réalité des ménages togolais s’assombrit. À Lomé, la spéculation foncière flambe et la crise du logement asphyxie une classe moyenne incapable de se loger dignement. Face à l’urgence, la stratégie du saupoudrage médiatique montre ses limites. Alors que le projet entame sa septième année de gestation technique, une question demeure : quand les premiers Togolais pourront-ils concrètement déposer leur dossier de candidature pour un logement qui n’existe, pour l’heure, que sur papier glacé ?

