Il fallait y penser. Pendant que les voleurs des deniers publics courent tranquillement les rues de Lomé, la police, elle, avait visiblement mieux à faire. Ce mercredi 5 août, elle a réalisé sa mission impossible : neutraliser une menace autrement plus redoutable, un homme, un sac de journaux sous le bras, criant les gros titres du jour au carrefour de Nyékonakpoè. Menotté. Embarqué. Direction la Brigade Motorisée, comme s’il s’agissait d’un trafiquant pris la main dans le sac, et non d’un vendeur à la criée pris la main dans… le journal.
Le motif ? Un « communiqué » interdisant la vente à la criée. Un communiqué que personne n’a vu. Ni les journalistes togolais, ni leurs confrères étrangers, ni, semble-t-il, l’internet tout entier.
Mais à supposer qu’un tel communiqué existe, posons donc la question bêtement, puisqu’apparemment il faut la poser : depuis quand arrête-t-on un vendeur de journaux parce qu’il est en train de vendre des journaux au bord de la voie ? Depuis quand l’acte de crier « Achetez le journal ! » à un feu tricolore constitue-t-il une infraction plus urgente à traiter que n’importe quel autre problème d’ordre public de la capitale ? Le PPT a raison de s’étonner.
Car derrière la farce, il y a un vrai sujet, et il n’a rien de drôle. Si le vendeur ne vend pas, qui informe le lecteur qui n’a ni smartphone, ni abonnement, ni Wi-Fi, mais qui a deux jambes pour s’arrêter au carrefour et 250 francs en poche ? Le droit à l’information, ce n’est pas un concept abstrait réservé aux colloques.
On ne muselle pas la presse uniquement en fermant une rédaction ou en coupant un signal ; on peut très bien le faire en empêchant les vendeurs ou les distributeurs de faire leur travail, jusqu’à ce qu’il ne reste plus personne pour crier les titres.
M. Agbeko Kossi a fini par être relâché, tard dans la soirée, grâce à l’intervention du président de l’Observatoire togolais des médias, comme s’il fallait un sauvetage institutionnel pour obtenir la libération d’un homme dont le seul crime était de vendre… de l’information. Belle époque.

