Vingt-sept ans de carrière, des œuvres accrochées jusque dans les collections du Torrance Art Museum en Californie, et désormais un titre qui change tout : depuis juin dernier, le plasticien togolais Kokou Ekouagou préside le Collectif Fragments Nomades. Une association française à travers laquelle l’artiste entend transformer sa pratique en véritable outil de rapprochement entre les peuples.
Le collectif, il ne l’a pas fondé seul. À ses côtés, l’historienne de l’art et artiste collagiste Lielie Sellier, auteure par ailleurs de projets où l’histoire de l’art, la littérature et la mémoire dialoguent. À travers ses œuvres et ses ateliers, elle invite chacun à porter un regard sensible sur les images, les récits et le patrimoine qui nous relient, une sensibilité que l’on retrouve, en creux, dans l’ambition affichée par Fragments Nomades. « Nous nous engageons ainsi à promouvoir la création artistique contemporaine sous toutes ses formes et à favoriser les échanges culturels entre le Togo, la France, ainsi que d’autres territoires », résume Kokou Ekouagou, qui n’hésite pas à se définir comme un « ambassadeur culturel » de son pays.
L’art, bien plus qu’une affaire d’esthétique
Chez lui, la toile n’est jamais un simple objet à contempler. « L’art est un outil de pensée, de dialogue et de communication », affirme-t-il, persuadé que la création peut « informer, cultiver le monde et participer tant soit peu au développement ». Depuis ses débuts, son travail creuse le même sillon : le brassage culturel, l’identité, la mémoire collective. Autant de fils qu’il tisse patiemment autour d’une idée simple : celle du vivre-ensemble.
Un ancrage social au Togo
Mais l’ambition de Kokou Ekouagou ne s’arrête pas aux cimaises parisiennes. Au pays, il porte un projet resté cher à son parcours : la création d’un complexe artistique et culturel destiné aux jeunes défavorisés et aux enfants en situation de rue. L’idée est simple et généreuse à la fois : offrir des formations artistiques gratuites à ceux qui en sont habituellement privés, et faire de la création un levier d’insertion autant que d’expression.
Une conviction, en filigrane de chacun de ses projets, résume à elle seule sa démarche : « Comprendre la culture de l’autre, c’est comprendre sa manière de vivre et de penser. » À travers Fragments Nomades, l’artiste togolais entend bien en faire une méthode, et peut-être, à terme, un pont durable entre Lomé et Paris.

