Ce mercredi 19 août 2026, à 10h GMT au siège de la CDPA à Lomé, devait se tenir une grande conférence de presse réunissant, autour d’une même table, presque tous les leaders de l’opposition démocratique du pays, comme cela avait été le cas au temps de la C14. Cette rencontre devait réunir le bloc composé de la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP), de la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK-Originale), de Lumière pour le Développement dans la Paix (LDP) et du front « Touche Pas à Ma Constitution », ainsi que le bloc du CNCC, composé de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), du Pacte Socialiste pour le Renouveau (PSR), de l’ADDI, des FDR, de Novation Internationale… Mais à la dernière minute, un communiqué a annoncé le report de cette conférence.
La conférence de presse prévue ce 19 août était censée présenter un mémorandum sur la situation constitutionnelle togolaise. Mais un détail glissé dans le texte mérite l’attention : ce mémorandum a été « cosigné par les regroupements porteurs du Manifeste Génération Togo et les membres du Cadre National de Concertation pour le Changement (CNCC) ». Cette précision, presque incidente, acte un rapprochement que l’opposition togolaise n’avait plus connu depuis plusieurs années.
Une opposition fragmentée depuis 2020
Réunie en 2017 au sein de la Coalition des 14 (C14), à la suite du soulèvement du 19 août conduit par le leader du PNP, Tikpi Atchadam, l’opposition togolaise avait porté un temps une contestation unifiée face au pouvoir de Faure Gnassingbé. La présidentielle de 2020, marquée par des divergences, a fini par disloquer cette coalition. Depuis, l’opposition fonctionne en ordre dispersé. Entre les structures regroupées autour du CNCC et les mouvements portés par le Manifeste Génération Togo, chacun menant ses propres initiatives sans coordination formelle, mais avec presque les mêmes objectifs : faire partir le régime des Gnassingbé et contester sa nouvelle Constitution, jugée controversée.
L’arrêt de la CEDEAO comme catalyseur
C’est dans ce contexte que l’arrêt rendu le 29 janvier 2026 par la Cour de justice de la CEDEAO, qualifiant la réforme constitutionnelle togolaise de « changement anticonstitutionnel de gouvernement », vient rebattre les cartes. Le communiqué le précise : c’est bien « suite à l’arrêt » que le mémorandum commun a été élaboré. Face à une qualification juridique aussi lourde, la dispersion de l’opposition devenait un handicap stratégique difficile à assumer politiquement.
Un mémorandum qui évoque la transition
Autre élément notable : le mémorandum à venir évoquerait une transition. Le terme n’est jamais anodin dans le lexique politique togolais, où il renvoie aux revendications historiques de l’opposition en faveur d’un dialogue national devant déboucher sur une refondation des institutions. Sa présence dans un document cosigné par le CNCC et les regroupements du Manifeste Génération Togo suggère une tentative de convergence qui dépasse le simple constat partagé de la situation.
Une dynamique encore à confirmer
Cette convergence naissante reste fragile. Un mémorandum cosigné ne constitue pas encore une plateforme politique commune, et le report de sa présentation rappelle que la coordination entre ces structures demeure, à ce stade, un exercice en construction. L’éclatement de la C14 en 2020 a montré que les moments d’unité de l’opposition togolaise peuvent rapidement se heurter à des divergences stratégiques et personnelles.
Il reste que, pour la première fois depuis plusieurs années, les deux principaux blocs de l’opposition togolaise avancent, sur ce dossier, dans la même direction. Reste à savoir si cette convergence de circonstance se transformera en stratégie commune durable, ou si elle ne restera qu’un épisode isolé dans l’histoire fragmentée de l’opposition togolaise.

