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Togo – Enseignement supérieur: Prof. Bedja Koffi-Sa, l’homme qui a formé des générations d’ingénieurs

Le 16 octobre 2026, l’Université de Lomé, l’École nationale polytechnique et les anciens de l’ENSI ont salué leur ancien patron. Une journée de témoignages, de souvenirs et de réflexion sur l’avenir de la formation des ingénieurs.

Chemise blanche, cravate noire, costume sombre orné de deux décorations à la poche, le pas de sénateur et le sourire discret : lorsque le professeur Bedja Koffi-Sa fit son entrée dans l’auditorium de l’Université de Lomé, ce vendredi 16 octobre, toute la salle était en standing ovation. Collègues, anciens et étudiants de l’École nationale supérieure d’ingénieurs (ENSI), devenue École nationale polytechnique (ENP), ont salué celui qui a dirigé l’établissement pendant « 16 ans, 8 mois, 1 jour et 40 minutes », précision d’horloger dont l’intéressé lui-même a fait le fil rouge de son allocution.

Organisée conjointement par l’Université de Lomé, l’ENP et l’Association des professionnels diplômés de l’ENSI (APD-ENSI), la conférence portait sur « L’héritage académique du professeur Bedja Koffi-Sa et l’avenir de la formation des ingénieurs au Togo ». Y ont pris part le ministre de l’Éducation nationale, Mama Omorou, le ministre délégué chargé de l’Enseignement supérieur, Prof. Gado Tchangbedj, le président de l’Université, Prof. Kossivi Hounake, le directeur général de l’ENP, Prof. Kondo Hloindo Adjallah, le directeur de l’Enseignement supérieur, Prof. Koffi Djondo, ainsi que le professeur sénégalais Claude Lishou.

« Il connaissait nos noms et nos difficultés »

Ancien élève de l’ENSI, le ministre Omorou a parlé en enfant de la maison, la voix parfois étranglée. « Il ouvrait son bureau à 7 heures du matin, il connaissait nos noms et nos difficultés », a-t-il confié, évoquant un directeur d’une exigence « faite homme ». Deux phrases, dit-il, ne l’ont jamais quitté : « Un ingénieur togolais doit penser togolais mais construire au standard du monde », et « il y a un Dieu pour les pauvres ». Citant les métros de Doha, du Caire et d’Abidjan, il a vanté le rayonnement des diplômés de l’école, avant de plaider pour trois « ruptures » : l’excellence, la pertinence et les valeurs.

« Le meilleur hommage que nous allons vous rendre n’est pas dans les discours, il est dans la poursuite de l’œuvre », a-t-il ajouté.

Le président de l’Université, Kossivi Hounake, a salué un homme « qui a donné sa vie au rayonnement » de l’institution, tandis que le directeur général de l’ENP a rappelé que honorer un ancien maître, c’est aussi réfléchir aux valeurs à transmettre à la jeune génération.

Plus libre, le témoignage du professeur Sonnou Tiem, compagnon de route, a arraché sourires et applaudissements. Il a raconté comment, jeune enseignant rentré de France, il avait été son concurrent malheureux à la direction de l’école, avant de devenir son adjoint. « Un directeur de ce calibre, on n’en fera plus jamais », a-t-il lancé, se disant même incertain d’être resté à l’ENSI sans lui. Il a appelé l’équipe dirigeante actuelle à venir puiser ses conseils.

Professeur Bedja Koffi-Sa

Une école sauvée de la pénurie

À son tour, Bedja Koffi-Sa a retracé son parcours. Aux commandes en mai 1992, en pleine crise politique, il voit partir les coopérants étrangers, qui formaient l’essentiel du corps enseignant. Il recrute alors des titulaires de DUT (Diplôme Universitaire de Technologie), qu’il accompagne jusqu’au rang d’enseignants-chercheurs. À sa retraite, fin 2021, l’école comptait cinq professeurs titulaires et cinq maîtres de conférences. Sous sa direction, 392 ingénieurs ont été formés, l’accréditation du CAMES a été obtenue en 1996 et un brevet sur les bétons à base de riz a été déposé auprès de l’OAPI.

Sans détour, il a aussi évoqué son éviction en janvier 2009, pour s’être opposé à l’entrée de l’école dans le système LMD afin de préserver le titre d’ingénieur. À la jeunesse, il a laissé une définition de l’ingénieur en trois verbes : comprendre, agir, contrôler. Et un avertissement : « Le vrai courage, ce n’est pas l’absence de peur, mais la volonté de faire ce qui est juste malgré cette peur. »

Professeur titulaire de génie électrique, fondateur de l’Équipe de recherches en science de l’ingénieur (1999), il est officier des Palmes académiques du Togo (2010) et chevalier de l’Ordre international des Palmes académiques du CAMES (2014).

La journée s’est poursuivie à l’hôtel Sarakawa, à Lomé, avec une soirée de gala : projection d’un film retraçant sa carrière, remise de distinctions et du Livre d’or, allocutions, puis dîner. Un hommage à un homme qui assure avoir toujours fui les « petites âmes » de l’ingratitude.

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