Advertisements

Togo – Prof. Togoata Apédo-Amah appelle l’opposition à un « examen de conscience »

Ayayi Togoata APÉDO-AMAH / Crédit photo : @DR

Dans une tribune publiée à l’occasion de l’anniversaire du soulèvement du 5 octobre 1990, Ayayi Togoata Apédo-Amah dresse un bilan sévère du régime comme de l’opposition. Il en tire trois leçons : un peuple démobilisé se remobilise difficilement, un front de lutte doit rassembler de vrais démocrates, et une ligne politique doit reposer sur des valeurs, non sur des ambitions personnelles. Lecture.

Tribune Libre : TRENTE-CINQ ANS D’IMPASSE ET D’ÉCHEC POLITIQUES DEPUIS LE 5 OCTOBRE 1990

Le 5 octobre 1990, est la date du premier soulèvement populaire du peuple togolais contre l’odieuse dictature militaire du parti unique RPT.

Quel bilan de la lutte peut-on établir 35 ans plus tard sans se mentir ? Du côté de la dictature, la peur s’est durablement installée et s’illustre dans les faits par un regain de répression et l’existence de prisonniers politiques et d’opinion. Les libertés politiques sont confisquées en partie, car, pour les dirigeants de fait, toute manifestation populaire contre le régime impopulaire est un risque d’émeute insurrectionnel. Les élections demeurent des mascarades bouffonnes. Pire qu’auparavant, la gouvernance est par terre. Le pays est malade. La corruption et l’impunité s’étalent au grand jour. L’impression qui prévaut, en observant les agitations stériles des despotes, est qu’ils se trouvent dans une impasse, ne sachant plus quoi faire. La misère de leurs administrés s’aggrave de jour en jour. Les maigres salaires stagnent pendant que l’inflation demeure incontrôlable. La seule solution raisonnable qui ouvre les bras aux RPTistes est la remise des clés du pays au peuple togolais.

Le peuvent-ils alors que s’impose à leur esprit, comme un cauchemar, la reddition de comptes ? Ils semblent pris en otage par le système qu’ils ont eux-mêmes installé. Ils fatiguent les Togolais, mais eux aussi sont fatigués. Leur situation paradoxale peut se résumer par la formule “gouverner à tout prix ou périr”.

Du côté des partis de l’opposition démocratique, le bilan est loin d’être satisfaisant. J’ai appris que le 02 octobre 2026, le parti ADDI d’Aimé Tchabouré Gogué a célébré son 35e anniversaire. C’est dire à quel point la lutte a été longue. De tous les premiers partis créés à cette époque, combien ont survécu jusqu’à ce 35e anniversaire du 5 octobre 1990 ?

Le confusionnisme politique, les ego surdimensionnés de petits chefs, la trahison, les lignes politiques élastiques, les guerres picrocholines entre partis au profit de la dictature, etc., ont sapé gravement la crédibilité et l’autorité de ceux qui prétendent tenir le flambeau de la lutte.

La résistance du régime illégitime laisse la plupart de ces partis sans solutions. Leurs bases sont fragilisées, les appels aux meetings et aux marches sont des flops. À l’instar du pouvoir oppresseur, eux aussi fatiguent les Togolais avec leurs chamailleries sans queue ni tête. Certains sont résignés et attendent un miracle du Saint-Esprit ou d’Allah. Ils attendront longtemps. Les autres bricolent ou essaient de recoller les pots cassés de la haine et de la division. Tous les chefs charismatiques rassembleurs ont disparu. L’impasse est totale.

Première leçon : quand on s’amuse à démobiliser un peuple, le remobiliser est une tâche très difficile.

Deuxième leçon : la constitution d’un front de lutte doit se faire avec de vrais opposants démocrates et non avec des farfelus qui, au moindre accrochage, iront rejoindre les généreuses enveloppes du régime.

Troisième leçon : une ligne politique est basée sur des valeurs et non sur des ambitions individuelles carriéristes de leaders sans foi ni loi.

 Le retour de la crédibilité est à ce prix. Que chaque organisation fasse son examen de conscience sans mauvaise foi et mette en avant l’intérêt du peuple pour un nouveau départ. L’exemple du raz de marée politique provoqué par le PNP de Tikpi Atchadam, en 2017, doit pouvoir inspirer les uns et les autres.

Il fallait le dire.

Ayayi Togoata APÉDO-AMAH

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *