L’ancien président nigérian Goodluck Jonathan et le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko ont émis de sérieux doutes sur la nature du renversement du président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló, survenu cette semaine à Bissau.
Ces réactions interviennent alors que l’armée insiste avoir « déjoué un complot » visant à déstabiliser le pays, déjà marqué par une longue histoire d’instabilité politique.
En conférence de presse à Abuja, Goodluck Jonathan — qui dirigeait une mission d’observation électorale du Forum des Anciens d’Afrique de l’Ouest — a estimé que l’événement « n’était pas un coup d’État », mais plutôt un « coup d’État cérémoniel ». Il a notamment mis en doute les circonstances qui ont précédé l’annonce par l’armée de sa prise de pouvoir, mercredi.
L’ancien chef d’État a souligné l’anomalie que représentait le fait que le président Embaló ait lui-même annoncé sa destitution, un contraste avec les précédents coups de force observés dans la région. « Ce qui s’est passé en Guinée-Bissau est assez troublant pour quelqu’un comme moi qui croit en la démocratie », a-t-il ajouté, précisant avoir été exfiltré de Bissau.
À Dakar, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a lui aussi mis en cause la version militaire, évoquant devant les députés « une combine ». Comme Goodluck Jonathan, il a appelé à la poursuite du processus électoral et à la publication des résultats de la présidentielle.
Les prises de position des deux dirigeants rejoignent celles de certains partis d’opposition bissau-guinéens, qui accusent l’armée d’avoir mis en scène le renversement du président. Aucune preuve tangible n’a toutefois été fournie à ce stade pour étayer ces accusations.
Umaro Sissoco Embaló n’a pas réagi à ces nouveaux doutes, mais avait confirmé plus tôt à France 24 : « J’ai été renversé. »
Vendredi, les autorités de transition ont nommé le ministre des Finances, Ilídio Vieira Té, au poste de Premier ministre. Cette décision est intervenue après la libération d’Embaló, immédiatement évacué vers le Sénégal à bord d’un avion affrété.
Dans la foulée, l’Union africaine a suspendu la Guinée-Bissau en réaction à ce qu’elle qualifie de prise de pouvoir « anticonstitutionnelle ». La CEDEAO a pris une mesure similaire et a exhorté les militaires à « regagner les casernes ».
La Guinée-Bissau, pays d’Afrique de l’Ouest régulièrement confronté aux coups d’État et fragilisé par le trafic de drogue, voit son instabilité récurrente raviver les inquiétudes quant à la sécurité de l’ensemble de la sous-région.
« Coup d’État cérémoniel » : les doutes s’accumulent autour de la chute d’Embaló


