Une intervention des forces armées togolaises au Togo pourrait se justifier pour restaurer l’ordre démocratique et protéger les droits humains face à un régime autoritaire en place depuis des décennies.
Les fondements d’une intervention militaire pour restaurer la démocratie au Togo
La question de la légitimité du pouvoir politique et des conditions justifiant une intervention militaire pour y mettre fin constitue l’un des débats les plus délicats du droit constitutionnel et de la philosophie politique contemporaine. Dans le cas du Togo, la dynastie Gnassingbé, qui exerce le pouvoir depuis 1967, soulève des interrogations profondes quant à la souveraineté populaire, à l’alternance démocratique et aux responsabilités des forces armées face à une confiscation durable du pouvoir. Cet essai examine les arguments que pourraient avancer les partisans d’une intervention militaire visant à mettre fin à cette succession héréditaire du pouvoir, tout en reconnaissant la complexité éthique et juridique d’une telle démarche.
I. La rupture avec les principes
démocratiques fondamentaux
Les défenseurs d’une intervention militaire soulignent d’abord la violation systématique des principes démocratiques qui caractériserait le régime togolais. Gnassingbé Eyadéma a gouverné le pays de 1967 à 2005, soit pendant trente-huit années consécutives, établissant l’un des régimes les plus durables d’Afrique. À sa mort en 2005, son fils Faure Gnassingbé a accédé au pouvoir dans des circonstances que beaucoup ont qualifiées de coup d’État constitutionnel. L’armée aurait installé le fils au pouvoir en violation de la constitution, qui prévoyait que le président de l’Assemblée nationale assure l’intérim. Bien qu’une élection ait été organisée quelques semaines plus tard, celle-ci s’est déroulée dans un climat de tensions et de violences qui ont fait plusieurs centaines de morts.
Cette transmission dynastique du pouvoir heurte frontalement le principe de la souveraineté populaire, pierre angulaire de toute démocratie authentique. Les partisans d’une intervention arguent que le peuple togolais n’a jamais véritablement choisi ses dirigeants dans le cadre d’élections libres, transparentes et équitables. Les scrutins successifs auraient été entachés d’irrégularités, de manipulations et d’intimidations, privant les citoyens de leur droit fondamental à déterminer leur propre avenir politique. Dans cette perspective, l’armée togolaise aurait le devoir de restaurer la démocratie en mettant fin à un système qui bafoue la volonté populaire depuis plus d’un demi-siècle.
II. La responsabilité historique des forces armées
Un deuxième argument repose sur l’idée que l’armée togolaise porte une responsabilité particulière dans l’établissement et le maintien de cette dynastie. C’est par un coup d’État militaire que Gnassingbé Eyadéma a accédé au pouvoir en 1967, renversant le premier président du Togo indépendant. C’est encore l’armée qui a installé son fils en 2005, orchestrant une succession qui a transformé une République en quasi-monarchie. Les partisans d’une intervention soutiennent que les forces armées ont ainsi une dette historique envers le peuple togolais et qu’elles doivent réparer les torts qu’elles ont contribué à créer.
Cette perspective s’inscrit dans une conception particulière du rôle de l’armée comme garante ultime des institutions républicaines et de l’intérêt national. Selon cette vision, lorsque les mécanismes démocratiques ordinaires sont durablement neutralisés ou détournés, lorsque toutes les voies pacifiques de changement sont obstruées, les forces armées pourraient avoir le devoir exceptionnel d’intervenir pour rétablir l’ordre constitutionnel légitime. Cette doctrine, bien que controversée, trouve certains échos dans l’histoire politique africaine et mondiale, où des militaires ont parfois prétendu agir pour restaurer la démocratie face à des régimes autoritaires.
III. L’épuisement des voies démocratiques alternatives
Les défenseurs d’une intervention militaire soulignent également que toutes les tentatives de changement pacifique et démocratique se seraient heurtées à des obstacles systématiques. L’opposition politique togolaise aurait été réprimée, marginalisée et empêchée d’exercer son rôle de contre-pouvoir. Les manifestations populaires réclamant une alternance ou une réforme constitutionnelle auraient été dispersées, parfois violemment. Les révisions constitutionnelles de 2019, qui ont notamment supprimé la limitation du nombre de mandats présidentiels, auraient été perçues comme la fermeture définitive de toute perspective d’alternance démocratique par les voies légales.
Dans ce contexte, certains arguent que le peuple togolais se trouve dans une impasse politique où aucun mécanisme institutionnel ne permet plus d’exprimer sa volonté ou de modifier pacifiquement la situation. Les élections, censées être l’instrument privilégié du changement démocratique, seraient devenues un simple rituel de légitimation d’un pouvoir déjà acquis. Face à cette confiscation systématique des processus démocratiques, une intervention militaire pourrait apparaître, aux yeux de ses partisans, comme l’ultime recours pour briser ce cercle vicieux et rouvrir l’espace politique à une véritable compétition démocratique.
IV. Les enjeux de développement et de gouvernance
Un quatrième argument invoqué concerne les conséquences de cette concentration durable du pouvoir sur le développement et la gouvernance du pays. Les partisans d’une intervention soutiennent que le Togo, malgré ses ressources et son potentiel, demeurerait englué dans le sous-développement et la pauvreté en raison d’une gestion patrimoniale du pouvoir et des richesses nationales. La corruption, le clientélisme et le népotisme seraient endémiques dans un système où le pouvoir politique et économique se concentre entre les mains d’un cercle restreint gravitant autour de la famille présidentielle.
Cette situation entraînerait des conséquences dramatiques pour la population togolaise, condamnée à la précarité tandis qu’une élite politique et militaire accaparerait les ressources du pays. Les indicateurs de développement humain témoigneraient de cette défaillance de gouvernance : accès limité à l’éducation et aux soins de santé de qualité, infrastructure insuffisante, chômage endémique de la jeunesse, exode massif des forces vives du pays. Dans cette optique, une intervention militaire visant à établir un gouvernement de transition pourrait créer les conditions d’une refondation de l’État togolais sur des bases plus inclusives, transparentes et orientées vers le bien commun plutôt que vers les intérêts d’un clan familial.
Note
L’idée selon laquelle l’armée togolaise, profondément impliquée dans le maintien du système actuel et bénéficiant largement de celui-ci, pourrait spontanément se transformer en agent de changement démocratique apparaît hautement improbable à de nombreux observateurs. Les transitions réussies vers la démocratie passent généralement par le renforcement de la société civile, le dialogue politique inclusif, la pression internationale coordonnée et la construction progressive d’institutions indépendantes, plutôt que par des ruptures violentes qui risquent de déstabiliser durablement un pays déjà fragile. Le cas togolais illustre ainsi la tension permanente entre l’aspiration légitime des peuples à la démocratie et les risques inhérents aux tentatives de l’imposer par la force.
Une intervention républicaine, si elle devait avoir lieu, ne saurait constituer une fin en soi mais devrait s’inscrire comme un moment transitoire, certes nécessaire, dans un processus plus large de refondation démocratique. Les forces armées devraient agir en conscience de leur rôle temporaire et de l’impératif de restituer rapidement le pouvoir à des autorités civiles légitimement élues. L’objectif ultime n’est pas de substituer un pouvoir militaire à un pouvoir dynastique, mais de créer les conditions permettant l’émergence d’une véritable démocratie pluraliste où l’alternance politique devient la norme et non l’exception.
Le système dynastique instauré par la famille Gnassingbé constitue une anomalie républicaine qui prive le peuple togolais de son droit fondamental à choisir librement ses dirigeants et à exercer sa souveraineté. Face à cette situation, les forces armées togolaises portent une responsabilité historique : celle de choisir entre la perpétuation d’un système qui les instrumentalise au profit d’intérêts particuliers et l’accomplissement de leur mission constitutionnelle de défense des institutions républicaines.
Le Togo mérite mieux que la perpétuation d’un système dynastique anachronique. Il mérite des institutions républicaines authentiques, où le mérite prime sur la naissance, où la compétition politique se déroule dans un cadre légal équitable, et où chaque citoyen peut aspirer légitimement aux plus hautes fonctions de l’État. Les forces armées togolaises, en choisissant de servir la République plutôt qu’une dynastie, peuvent contribuer de manière décisive à l’avènement de cet avenir démocratique. L’histoire jugera leur action non pas à l’aune de leur capacité à prendre le pouvoir, mais à celle de leur sagesse à le restituer rapidement au peuple togolais, véritable détenteur de la souveraineté nationale.
Ben Djagba
Salt Lake City, Utah — 14 janvier 2026



Le politique, qui suggère le coup d’état pour l’alternance, ne pense pas au bien-être de ses concitoyens, mais veut nuire à des personnes qu’il hait. C’est dommage que nos politiques de l’opposition sont en manque de popularité auprès des populations qu’ils comptent gouverner.