Publié pour la première fois il y a plus de trente-cinq ans, et réédité en 2015 chez Arthaud, « L’Africain du Groenland » revient sous les projecteurs grâce à un post du ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey. Un choix qui n’a rien d’anodin : le récit de Tété-Michel Kpomassie, né à Lomé, mêle aventure, culture et humanisme, et illustre à merveille le destin hors norme d’un Togolais devenu membre à part entière d’une communauté inuite.
Le livre raconte l’incroyable périple de Kpomassie, parti de Lomé en 1965 après un accident qui le conduisit à fuir une initiation traditionnelle. Sa rencontre fortuite avec le Groenland, déclenchée par la lecture du livre de Robert Gessain, Les Esquimaux du Groenland à l’Alaska, devient le moteur d’un voyage de huit ans à travers l’Afrique, la France et le Danemark, jusqu’à Upernavik, au nord du Groenland.
Pendant deux ans, Kpomassie s’immerge dans la culture inuite, partage leur quotidien et finit par se sentir Inuk. Son récit témoigne d’une capacité d’adaptation hors du commun et d’une ouverture d’esprit rare. Il raconte avec humour et finesse la confrontation de sa culture togolaise avec l’univers arctique : le vaudou reste en lui, mais il apprend à vivre selon les coutumes locales, entre chasse au phoque et traditions ancestrales.
Au-delà du récit de voyage, l’ouvrage est un hymne à l’humanisme et à la curiosité intellectuelle. Il met en lumière l’universalité des expériences humaines, peu importe la géographie, et invite à réfléchir sur les rapports entre culture, religion et adaptation à l’inconnu. La capacité de Kpomassie à intégrer pleinement un environnement si différent, tout en restant fidèle à son identité, en fait un exemple unique de résilience et de tolérance culturelle.
Enfin, la réédition du livre prend une résonance particulière dans le contexte actuel, alors que le Groenland occupe le devant de la scène internationale en raison des enjeux géopolitiques liés aux ambitions américaines et européennes. La trajectoire de Kpomassie rappelle que la compréhension des autres cultures reste un levier de dialogue et de diplomatie, même dans des contextes géopolitiques tendus.
Traduite en huit langues, « L’Africain du Groenland » demeure une œuvre intemporelle, un pont entre continents et cultures, et un témoignage unique de l’aventure humaine.


