Instituer un « Nouvel An africain » pour les Africains. Voilà le nouveau combat que le chef de la diplomatie togolaise, le Professeur Robert Dussey, entend porter au nom du Togo et du continent. L’annonce, faite le 24 février 2026 sur ses réseaux sociaux à travers un communiqué officiel, s’inscrit dans une ambition plus large : réhabiliter les repères culturels africains dans un monde en pleine recomposition.
« Dans un contexte contemporain marqué par la bascule de l’ordre mondial et par l’émergence progressive d’un ordre multipolaire […], il devient impératif pour l’Afrique de réhabiliter son système historique de découpage du temps et de fixation des fêtes traditionnelles et de ses dates clés, y compris le NOUVEL AN AFRICAIN », a écrit le ministre des Affaires étrangères. Une déclaration qui place clairement la question du calendrier au cœur d’un enjeu de souveraineté culturelle et symbolique.
Pour donner corps à cette ambition, Lomé envisage d’organiser un colloque international réunissant spécialistes africains et membres de la diaspora. Objectif affiché : définir les dates de célébration des fêtes africaines, en particulier celle du Nouvel An africain, en s’appuyant sur les repères historiques, culturels et cultuels du continent. Les conclusions de cette rencontre devraient ensuite être transmises à la Commission de l’Union africaine, en vue d’une éventuelle adoption à l’échelle continentale.
L’initiative s’inscrit, selon Robert Dussey, dans le prolongement des recommandations du 9ᵉ Congrès panafricain tenu à Lomé en décembre 2025, qui appelait à une « décolonisation des esprits » et à une réaffirmation de l’identité africaine.
Sur le papier, l’initiative se veut hautement symbolique. Mais dans les faits, elle suscite déjà un vif débat.
Sur les réseaux sociaux, les réactions oscillent entre curiosité et exaspération. Les critiques fusent, dénonçant une initiative jugée déconnectée des réalités socio-économiques du pays. « Robert Dussey […] a le don de me sidérer. J’ai l’impression que chaque matin, il cherche une raison pour gaspiller notre argent. Après le sommet du panafricanisme dispendieux qu’on a déjà oublié, le voilà en train de goupiller une autre tartufferie : un nouvel an africain », fustige l’ancien député Gerry Taama.
D’autres internautes s’interrogent sur la pertinence d’une telle démarche dans un contexte marqué par les difficultés économiques. « C’est du n’importe quoi. C’est ce nouveau calendrier qui va faire quoi pour l’amélioration des conditions de vie des populations ? […] On ne mange pas à sa faim et c’est un nouveau calendrier qu’on cherche », écrit l’un d’eux. Et à un autre de pointer une contradiction plus profonde : « L’histoire du Togo est à peine enseignée dans nos écoles et c’est nous qui voulons décoloniser les esprits ? »
Certains observateurs vont plus loin, questionnant les priorités du pouvoir dans un contexte jugé critique. L’ex-président du Nouvel Engagement Togolais (NET) enfonce le clou, en mettant directement en cause le ministre et son influence sur Faure Gnassingbé. « La question que je pose depuis des années, c’est la séduction que ce ministre a sur le PC (Président du Conseil), au point de lui faire passer toutes ces inventions, toutes donquichottesques les unes que les autres. Dans la crise majeure où nous vivons actuellement, où tous les secteurs sont sinistrés, quelle est l’utilité d’un nouvel an africain ? Inventé de toute pièce pour faire genre. »
Face à ces critiques, d’autres voix adoptent un ton plus ironique, révélateur des fractures dans la perception de la situation nationale : « C’est vous qui trouvez que le Togo est dans une crise majeure. Le Monsieur dit que tout va bien et mieux au Togo. Alors que fait-on quand tout va bien ? On fête. À chacun son Togo. »
Derrière la controverse se dessine une ligne de fracture classique : celle entre les initiatives à forte portée symbolique et les attentes sociales immédiates. Pour ses promoteurs, le Nouvel An africain serait un acte de souveraineté culturelle. Pour ses détracteurs, une distraction face aux urgences quotidiennes.
Reste une question, au-delà du tumulte numérique : le débat sur le calendrier africain ouvrira-t-il un chantier sérieux sur l’identité, l’histoire et l’enseignement sur le continent – ou se limitera-t-il à une bataille de dates et de symboles ?


