Par N’djo
Dans la Bible, il est écrit : « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu et la Parole était Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle ».
Dans la Bible, en Genèse, il est également écrit : « Que la lumière soit ! Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne ».
Autrement dit, tout commence par la parole qui dit le monde et par la lumière qui le rend visible.
Mais le Togo semble avoir fait le choix radical de gouverner contre ces deux principes fondamentaux.
Il traque la parole, la suspecte, la criminalise. Dans ce pays, parler est devenu un risque, critiquer est un délit. Les médias sont sommés de taire les choses ou de chanter les mérites du pouvoir. Ceux qui refusent de plier sont combattus de la façon la plus déloyale, parfois jetés en prison.
Non, il ne s’agit pas de régulation, mais de confiscation. Le régime ne veut pas d’une parole libre, il veut une parole docile.
Quant à la lumière, elle est tout aussi indésirable, car elle éclaire et permet de juger. Alors le régime préfère gouverner dans le flou, dans l’opacité, dans un système où la reddition des comptes est une notion abstraite. La transparence est perçue comme une menace. On préfère l’ombre, parce qu’elle protège.
Mais malheureusement, gouverner sans parole et sans lumière est carrément contre-nature. C’est vouloir faire taire ce qui trouvera toujours un chemin pour s’exprimer.
La parole étouffée ne disparaît pas, elle s’accumule. La lumière refusée ne s’éteint pas, elle jaillit ailleurs.
Et c’est cela, le problème du Togo. Son entêtement à combattre l’ordre naturel des choses fait surgir des figures et des espaces que le pouvoir ne contrôle pas.
Les sorties de Ferdinand Ayité ne tombent pas du ciel, elles sont le produit direct de la tentative désespérée de verrouillage de ce qui ne saurait être verrouillé. Le régime réintroduit lui-même brutalement ce qu’il voudrait bien éliminer, c’est-à-dire la parole libre et la lumière.
C’est là l’ironie : UNIR fabrique lui-même ce qu’il ne veut pas voir exister. En étouffant les voix, il crée des tribunes plus radicales. En refusant la transparence, il nourrit la suspicion et amplifie les révélations.
Le problème n’est pas ceux qui parlent, mais ceux qui empêchent de parler. Le problème n’est pas la lumière, mais l’obscurité organisée par les autorités et fonctionnaires véreux de tous poils.
La solution n’est pas de lancer des mandats d’arrêt contre Ferdinand Ayité mais c’est de re-libérer la parole, cesser de punir l’opinion, accepter la contradiction, gouverner à visage découvert.
Le jour où cela adviendra, les personnes aujourd’hui perçues comme dérangeantes ou même comme des stars perdront instantanément leur importance.
Car dans une société où la parole est libre et où la lumière éclaire, on n’a besoin ni de Ferdinand, ni d’Ayité, ni de Zaga, ni de Bambo, ni de M, ni de 66.
Source : Siikaajournal

