Au Togo, une éventuelle révision constitutionnelle se prépare en coulisse. La nouvelle Constitution controversée de mai 2024 affiche des imperfections qui embarrassent le régime. Pour les corriger, Lomé compte organiser un dialogue politique avec l’opposition. Mais l’opposition démocratique décline déjà l’offre.
Le bruit courait depuis quelques semaines dans les couloirs. La nouvelle Constitution du régime, censée être taillée sur mesure pour Faure Gnassingbé, se révèle plutôt trop serrée, au point de craquer les coutures. Conçu dans l’empressement, sans l’aval de ses sujets, l’habit du roi apparaît étrange, tel un ovni, aux yeux de la communauté internationale. Pour un régime sexagénaire en quête permanente de légitimité à l’extérieur, corriger ces imperfections devient impératif. Un simulacre de dialogue politique est en vue, apprend-on. Mais une frange de l’opposition démocratique commence déjà à rouspéter.
C’est le bloc emmené par Nathaniel Olympio, Brigitte Adjamagbo Johnson et Tchagnaou Ouro-Akpo qui tirait la sonnette d’alarme, depuis plusieurs semaines déjà, sur cette éventuelle révision constitutionnelle.
Selon eux, sur la scène internationale, plus personne ne sait très bien quel rang protocolaire accorder à Faure Gnassingbé, Président du Conseil selon sa constitution. « Non seulement il n’est plus chef d’État, mais il n’a surtout plus aucune légitimité populaire aux yeux du monde », résument les organisations regroupées autour de « Touche pas à ma Constitution ». La Constitution conçue pour durer s’est transformée en boulet diplomatique.
Dans une déclaration rendue publique ce 28 mai, l’ANC – qui fait partie du Cadre National de Concertation pour le Changement au Togo (CNCC), structuré autour de Jean-Pierre Fabre, Maître Apévon, les professeurs Wolou et Dossey – est également entrée dans la danse.
Le parti dénonce d’ailleurs « toute tentative de révision constitutionnelle ayant pour finalité exclusive de renforcer la confiscation du pouvoir » et met en garde contre un « simulacre de dialogue » conçu au service « d’un clan, d’une famille ou d’un individu ».
C’est une évidence. Ces deux blocs de l’opposition démocratique sont fermement contre l’idée d’un dialogue politique avec le régime. Mais comme toujours, « le pouvoir trouvera quelques acteurs politiques se présentant comme de l’opposition et organisera un semblant de dialogue avec eux », craint Nathaniel Olympio.
Quand les forces de l’opposition qui comptent le plus de militants à travers le pays disent la même chose, une question demeure : qui acceptera de jouer le rôle du faire-valoir ?

Merci pour cet éclairage pertinent. La question finale est cruciale : le pouvoir réussira-t-il, comme souvent, à s’entourer d’une fausse opposition pour légitimer cette énième révision ? Le front commun de l’ANC et de “Touche pas à ma Constitution” est un signal fort.