L’entretien récemment accordé par le Dr Albert Kate, largement relayé sur TikTok, remet en lumière une comparaison souvent évoquée entre le Bénin et le Togo. Deux pays voisins, deux trajectoires politiques issues des années 1990, mais des résultats sensiblement différents en matière de stabilité démocratique.
Au Bénin, la Conférence nationale souveraine de 1990 demeure un tournant historique. Elle a permis d’opérer une transition pacifique en intégrant, dans une certaine mesure, les acteurs de l’ancien régime, notamment celui de Matthieu Kérékou. Ce choix, perçu par certains comme une forme d’amnistie politique, a contribué à instaurer un climat de confiance minimal entre les différentes forces en présence. Le pays a ainsi pu expérimenter l’alternance et consolider progressivement ses institutions.
À l’inverse, le Togo n’a jamais véritablement soldé les tensions héritées de la fin du monopartisme. Le régime de Gnassingbé Eyadéma est resté au cœur de profondes contestations, sans qu’un consensus politique clair ne soit trouvé sur les mécanismes de réconciliation nationale. Pour certains analystes, dont le Dr Kate, cette absence de compromis initial, notamment sous forme d’amnistie, a alimenté une méfiance durable entre pouvoir et opposition.
Dr Kate estime que le Togo n’a pas su instaurer un climat de confiance similaire avec le régime de Gnassingbé Eyadéma. Il avance que l’absence d’amnistie et de réconciliation nationale aurait contribué aux tensions politiques persistantes et aux crises à répétition observées depuis trois décennies.
« On ne peut pas espérer une alternance pacifique avec un acteur politique qui ne se sent pas sécurisé », affirme-t-il, plaidant pour une réflexion renouvelée sur une éventuelle amnistie générale au Togo.
Cependant, cette position est contestée par certains acteurs de l’opposition et de la société civile, qui considèrent que ce sont plutôt les anciens détenteurs du pouvoir qui devraient reconnaître leurs responsabilités et solliciter le pardon du peuple.
L’amnistie, si elle peut faciliter la désescalade politique, soulève aussi une question fondamentale : celle de la justice. Peut-on construire une démocratie solide en faisant l’impasse sur les responsabilités passées ? Pour une partie de l’opinion publique togolaise, la réponse est non. La réconciliation ne saurait être synonyme d’oubli, encore moins d’impunité. Dans ce cas, faut-il s’inspirer des cas similaires comme l’ Afrique du Sud, le Congo Démocratique , le Rwanda, le Bénin, ou d’ailleurs afin de réussir cette amnistie qui reste la clé du succès démocratique et économique attendu aussi par les Togolais ?
Par ailleurs, réduire la réussite béninoise à la seule question de l’amnistie serait simplificateur. Le rôle des institutions, la vitalité de la société civile, l’acceptation de l’alternance politique et la culture du compromis ont également pesé de manière décisive. À l’inverse, les blocages togolais relèvent aussi de facteurs structurels plus larges, incluant la concentration du pouvoir et les déséquilibres institutionnels.
Cela dit, un point soulevé dans le débat mérite attention : celui de la cogestion politique. Les expériences de cohabitation au Togo, impliquant des figures comme Joseph Kokou Koffigoh, Yawovi Agboyibo ou encore Edem Kodjo, ont parfois coïncidé avec des périodes d’apaisement relatif et de relance économique. Elles montrent qu’au-delà des divergences, des espaces de collaboration politique sont possibles et parfois nécessaires.
Aujourd’hui, la question n’est peut-être plus de savoir s’il faut reproduire les choix des années 1990, mais plutôt d’identifier des solutions adaptées aux réalités contemporaines. Une amnistie générale pourrait-elle encore jouer un rôle dans la décrispation politique ? Ou faut-il privilégier d’autres mécanismes, tels que, des réformes institutionnelles et constitutionnelles, ou un dialogue politique inclusif et sincère ?
Le Togo, comme de nombreuses démocraties en construction, se trouve à la croisée des chemins. Entre exigence de justice et nécessité de stabilité, l’équilibre reste difficile à trouver. Mais une chose est certaine : aucune solution durable ne pourra émerger sans un minimum de confiance entre les acteurs politiques et sans une volonté réelle de tourner la page, sans pour autant l’effacer.
En conclusion, la question reste ouverte : une amnistie générale, aujourd’hui, pourrait-elle favoriser une véritable réconciliation politique au Togo ? Ou existe-t-il des alternatives plus adaptées aux attentes actuelles des citoyens, notamment parmi la jeunesse engagée sur les réseaux sociaux ?

