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Libérés depuis plus de deux mois, mais toujours en prison, 13 détenus politiques menacent d´entamer une grève de la faim

«…En conséquence, ordonne la mise en liberté provisoire des accusés ADAM Latif, ALI Agbo Marzouk, ALLES Atti, BANAVEI Bala alias «Général du 19 août», BOUKARI Djobo, FOFANA Nafiou alias «Agogo», ISSA Issifou, ISSA Saliou, MOHAMMED Souleymane, YAKOUBOU Bilal, YAYA Soulemani alias «Mengoua», YOUSSOUF Ali et MAROU Abdoul Razak alias «VIS-A-VIS», sous contrôle judiciaire avec obligation: …de se présenter au cabinet de monsieur le procureur général près la cour d´appel de Lomé tous les premiers vendredis du mois pour émarger le registre de contrôle du parquet général près ladite cour; …de ne pas quitter le territoire national sans en informer monsieur le procureur général près cette cour

Voilà un extrait de l´Arrêt N°040/2026 du 18 février 2026 de la chambre d´instruction de la Cour d´Appel de Lomé; Arrêt que nous nous sommes procuré auprès du responsable de l´ASVITTO (Association des Victimes de la Torture au Togo). On voit bien que des prisonniers politiques au nombre de 13 avaient bénéficié, il y a un peu plus de deux mois, d´une libération conditionnelle, selon une décision de la justice togolaise ci-dessus. Les 13 prisonniers politiques, de retour du tribunal ce jour-là, ont vite fait leurs petites valises, espérant enfin humer l´air de la liberté et retrouver leurs familles, après tant d´années d´incarcération. Il s´est malheureusement avéré que les détenus et leurs parents se sont trop vite réjouis; car deux mois et demi après cet arrêt de la cour d´appel de Lomé, les 13 malheureux sont toujours en détention.

Où se trouve le blocage? Quelle autorité, à quel niveau, n´a pas fait ou n´a pas voulu faire son travail? Comme toujours, dans un pays comme le Togo, tenu d´une main de fer par un régime de dictature, où tout le monde a peur de tout le monde, où un petit planton, ayant des relations avec le sommet de l´état, peut faire la pluie et le beau temps, en créant des frayeurs à ses supérieurs hiérarchiques, personne n´est en sécurité; et une décision de justice comme celle-ci peut être bloquée quelque part, par zèle et en toute impunité, par quelqu´un sans que rien ne se passe. Mais il s´agit de la vie, de l´honneur et de la dignité de citoyens togolais, ayant de la famille, des épouses et des enfants, comme tout le monde, et dont la justice togolaise, pourtant caporalisée, a eu le courage de reconnaître le caractère vide des dossiers, et décidé de leur libération. C´est pourquoi, malgré les pressions et les intimidations qui ne manquent pas contre leurs personnes, les 13 prisonniers politiques libérables et libérés, mais toujours injustement détenus, ne sont pas restés inactifs.

La grève de la faim qu´ils menacent d´entamer, si rien n´est fait pour leur sortie effective de prison, les 13 infortunés l´avaient à plusieurs reprises programmée parmi les actions qu´ils entendent mener pour que justice leur soit rendue; mais plusieurs fois reportée, car à chaque fois il leur était conseillé qu´ils sortiraient sûrement à la veille de la fête de l´indépendance, surtout avec l´espoir que Faure Gnassingbé annoncerait une grâce présidentielle qui inclurait leur cas; mais rien n´y fit de ce côté-là. Et ce malheureux état de fait n´a pas laissé indifférent Monsieur Kao Atcholi, président de l´ASVITTO, qui a laissé libre cours à son indignation à travers une publication sur le réseau social X, le 29 avril dernier: « Togo: célébration du 66ème anniversaire de l´indépendance. Pas de grâce présidentielle pour les prisonniers, et 13 personnes qui devraient obtenir leur liberté à la suite de l´Arrêt N°040/2026 du 18 février 2026 de la chambre d´instruction de la Courd´Appel de Lomé, sont toujours en détention. » Comme on le voit, les 13 prisonniers, dont les noms figurent en début de texte, libérés mais encore détenus, depuis plus de deux mois, ne savent plus vraiment à quel saint se vouer, et ils estiment qu´il ne leur reste plus que ce moyen de pression qu´est la grève de la faim qui devrait commencer dimanche 10 mai 2026.

La question n´est pas de savoir pourquoi ils en arrivent aujourd´hui à cette action radicale pour se faire entendre. Les conditions de détention des prisonniers politiques au Togo et surtout le cas des 13 compatriotes officiellement libérés, mais que les responsables de la prison de Lomé refusent de laisser partir, sont connus et ont été suffisament exposés ici et ailleurs, à plusieurs reprises. Comme toujours, quand il s´agit de la problématique de la violation des droits de l´homme et de l´existence même des prisonniers politiques au Togo, la balle est dans le camp du régime incarné aujourd´hui par Faure Gnassingbé. Les 13 Togolais, injustement incarcérés depuis plusieurs années pour des raisons politiques, retrouveront-ils enfin leur liberté effective sans passer par une grève de la faim? Tous les autres prisonniers politiques, -Kpatcha Gnassingbé, Jean-Paul Omolou, Marguérite Gnakadé, pour ne citer que ceux-là, et tous les anonymes-, seront-ils enfin libérés pour un début de décrispation de la situation socio-politique plus que tendue dans notre pays? Mais une chose est sûre: la stratégie de l´autruche et de fuite en avant adpotée aujourd´hui par Faure Gnassingbé et son entourage, pour faire croire que tout va bien au Togo, est irresponsable et n´a sûrement pas d´avenir.

Samari Tchadjobo

Allemagne

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