À l’issue de la saison 2025-2026 de la D1 Lonato, le colonel Guy Akpovy, président de la Fédération Togolaise de Football (FTF), s’est fendu d’un hommage appuyé à Faure Gnassingbé, saluant son rôle « déterminant » dans la professionnalisation du football togolais. Une déclaration qui aurait pu passer inaperçue dans un pays habitué aux éloges institutionnels. Sauf que cette fois, le timing était particulièrement mal choisi.
Car pendant que le colonel Akpovy distribuait les lauriers, le football togolais venait de traverser l’une des semaines les plus sombres de son histoire récente. Des enregistrements audio compromettants, révélés par Sport News Africa, mettaient en cause plusieurs dirigeants, dont un membre influent de la FTF elle-même, dans des tentatives présumées de trucage de matchs. Un scandale d’une gravité rare, qui aurait dû provoquer une tempête institutionnelle. La réponse des autorités sportives ? S’offusquer du vocabulaire de l’entraîneur congolais Théophile Bola, qui avait eu l’audace de qualifier le football togolais de « nul », plutôt que d’ouvrir une enquête sérieuse sur les faits dénoncés.
Dix ans, un bilan, des questions
Le colonel Akpovy est à la tête de la FTF depuis 2016. Dix ans. Une décennie au cours de laquelle le Togo n’a participé qu’à une seule CAN, en 2017 au Gabon. Depuis, des éditions de la Coupe d’Afrique des Nations se sont disputées sans les Éperviers. Les sélectionneurs ont défilé, les promesses de renouveau aussi, mais la qualification, elle, ne vient pas.
Le président de la FTF le reconnaît lui-même, sans sourciller : « Aujourd’hui, nous avons besoin des académies. » Un aveu d’échec structurel formulé avec la sérénité de celui qui ne se sent pas concerné par l’urgence. Dix ans pour diagnostiquer le mal, et l’on célèbre encore.
Le vernis craque
Ce qui est troublant dans la déclaration du colonel Akpovy, ce n’est pas tant l’hommage rendu à Faure Gnassingbé. Dans le Togo d’aujourd’hui, cela relève presque du protocole obligatoire. Ce qui est écœurant, c’est la déconnexion totale qu’elle révèle entre le discours officiel et la réalité vécue par les acteurs du football togolais.
Les tribunes sont vides. Les clubs manquent de moyens. L’équipe nationale est absente des grandes compétitions. Et un entraîneur étranger, n’ayant plus rien à perdre après la relégation de son club, dit tout haut en quatre mots ce que tout le monde murmure depuis des années dans les vestiaires de Lomé à Kara : « un football de merde ».
La professionnalisation d’un football ne se mesure pas aux annonces de ligues professionnelles ni aux enveloppes budgétaires brandies en conférence de presse. Elle se mesure à l’intégrité des compétitions, à la formation des jeunes talents, au rayonnement d’une sélection nationale et à la confiance que les supporters accordent à leur championnat.
Sur ces trois tableaux, le football togolais a encore tout à prouver. Et aucun hommage au « président du conseil » ne changera cette réalité.
