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Édito: sécurité sociale, où es-tu ?

« Venir m’aider à manger mon âne n’est pas un acte de gourmandise, c’est parce que ton âne aussi mourra un jour. » Cette sagesse héritée de nos ancêtres traduit une réalité simple : dans une société, personne n’est à l’abri des épreuves, et la solidarité demeure une nécessité pour affronter les difficultés de l’existence.

Mais cette valeur semble progressivement s’effacer. La course à l’argent, l’obsession du matériel et la recherche du profit ont parfois fini par nous rendre indifférents à la souffrance des autres. Chacun semble de plus en plus préoccupé par sa propre survie, au point d’oublier ceux qui vivent des situations difficiles autour de lui. Une scène observée récemment dans une rue de Dapaong illustre tristement cette réalité.

Il était presque vingt-deux heures trente lorsqu’un jeune homme gara sa motocyclette devant un supermarché avant d’y entrer. Quelques instants plus tard, un enfant s’approcha de l’engin, l’examina, retira son maillot bleuâtre et le transforma en chiffon pour nettoyer la moto. Le propriétaire sortit quelques minutes après. Voyant le gamin à l’œuvre, il lui tendit une pièce de monnaie avant de repartir précipitamment.

L’enfant s’appelle Arouna. Il n’a qu’une dizaine d’années. « Je vis avec ma grand-mère, non loin d’ici, depuis le décès de ma mère », raconte-t-il.
Depuis quelque temps, Arouna répète le même rituel chaque soir. Jusqu’à une heure tardive, il arpente les abords du supermarché attendant des motos à nettoyer. Son objectif: aider sa grand-mère à subvenir aux besoins du quotidien et mettre un peu d’argent de côté pour apprendre un métier.

Comme lui, ils sont nombreux aujourd’hui à fréquenter les rues de Dapaong à la recherche de quelques pièces pour survivre. Des enfants livrés à eux-mêmes, devenus très tôt des adultes par la force des circonstances : certains ont perdu leurs parents, d’autres vivent dans des familles incapables de répondre à leurs besoins essentiels.

Que reste-t-il de cette solidarité qui faisait autrefois la force de nos communautés ? Pourquoi le « chacun pour soi » semble-t-il progressivement s’imposer comme une nouvelle règle de vie ? Pourtant, il est encore possible d’agir. Il est possible d’offrir à ces enfants plus qu’une pièce de monnaie déposée dans la main au détour d’une rue : un repas, une protection, une éducation, un avenir.
Mais face à cette réalité, l’État comme la société semblent parfois manquer à leurs responsabilités. Et si rien n’est fait, les conséquences pourraient être dramatiques.

« Les enfants qui sont dans la rue aujourd’hui, si on n’y prend garde, seront les terroristes de demain. Quand ils sont petits, ils vont mendier aux feux tricolores (…) ; à 25 ans, ils vont tenir une kalachnikov et vous obliger à sortir de vos maisons, femmes et enfants nus », écrivait le journaliste burkinabè Norbert Zongo.

Cette alerte, lancée par un homme qui avait compris les fractures profondes de nos sociétés, semble malheureusement ne pas avoir trouvé d’écho, ni dans les cœurs ni dans les esprits.
Mais, faut-il le rappeler, une société qui abandonne ses enfants prépare silencieusement les crises de demain.
Sécurité sociale, où es-tu ?

Laabali

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