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Togo : La satisfaction du Conseil national de crédit sonne faux

L'opposant OURO-AKPO_Tchagnaou

Les données macroéconomiques présentées à la réunion du Conseil National de Crédit du 19 juin 2026 posent plus de questions que n’apportent de réponses. 

 Depuis quelque temps, le Conseil National de crédit du Togo à chaque session a pris l’habitude de se prononcer sur l’état de l’économie nationale. Lors de la dernière session, elle a analysé la situation économique et évalué certaines données macroéconomiques de l’économie du pays. Il s’avère que les perspectives de cette année selon les membres de ce Conseil sont encore encourageantes. Selon le rapport, la croissance économique cette année est désormais estimée à 6,3% après 6,1 % en 2025. Cependant il faut noter que ce taux est très loin de l’estimation de la croissance à deux chiffres à l’horizon 2015 comme l’avait prédit depuis 2008 le DSRP (Document Stratégique pour la Réduction de la Pauvreté). 

Le taux de l’inflation reste limité à 0,7 % fin avril 2026. Ce qui ne prend pas en compte les nouvelles augmentations du prix des produits pétroliers survenues il y a quelques semaines  pour une économie totalement extravertie. Dans le même temps, il ressort que le niveau de la dette se situe à 61% du PIB. Le paradoxe ici est qu’ en juin 2025, le niveau de la dette publique était évalué à 72 % du PIB. Ce qui a suscité et nécessité l’arrivée du FMI pour une évaluation de l’économie en ce qui concerne la soutenabilité de la dette. À la suite de cette mission, le FMI a pu accorder un nouveau programme de facilitation de crédit au Togo qui a permis de rassurer à nouveau les bailleurs. 

Que doit-on retenir de cette situation de l’économie du Togo ?
 Comme le dit un adage, mal nommer les choses, c’est augmenter la souffrance du monde.
 En effet, en matière de la dette publique, on peut distinguer la dette de l’administration centrale et la dette des sociétés d’État comme ça a été le cas au Sénégal. Sinon comment peut-on expliquer le fait que de juin 2025 à juin 2026, la dette publique du Togo puisse passer de 72 % du PIB à 61 % de PIB? Est-ce que l’on peut estimer que le gouvernement togolais a fait cette option ? Sommes-nous en face du même scénario de l’équation de la dette cachée comme au Sénégal?

La baisse subite très substantielle de la dette publique de plus de dix points en an nous paraît très suspecte. De deux choses l’une: ou l’on a préféré séparer la dette des sociétés d’État et la dette des services publics, ou le gouvernement togolais a dû procéder à la restructuration par un reprofilage de la dette en accord avec le FMI. Ce qui doit obliger l’État togolais à se soumettre  à une pédagogie qu’à une simple affirmation  des principes.

Par ailleurs, les deux informations contenues dans le rapport du Conseil National de Crédit qui résultent de cette session à savoir le niveau de la dette publique à 61 % du PIB et le taux de l’inflation à 0,7 % interrogent. En tout état de cause, cela oblige le gouvernement à un collectif budgétaire pour confirmer ou infirmer cette situation. Un autre paradoxe réside dans le fait que la base contributrice de cette performance de l’économie vient en particulier de la Plateforme Industrielle d’Adetikope et du Port Autonome de Lomé devenus très importants dans le commerce régional en matière de la création de nouvelles chaînes de valeur. 

Que peut-on espérer de cette nouvelle donne ? 
 La question de fond est de savoir quel est l’impact c’est-à-dire les retombées de cette baisse significative de la dette publique s’il en existait une de cette dette sur la situation macroéconomique du pays. On se souvient qu’en 2010, à la suite de l’initiative PPTE (Pays Pauvre Très Endetté), le ratio d’être publique sur PIB  avait baissé jusqu’à 48 % en 2012, pour se retrouver à 72 % en 2025. Ceci est dû au fait que l’on a principalement privilégié les mesures conjoncturelles pour résoudre un problème structurel. Ce qui ne pouvait pas marcher à long terme et c’est là où nous en sommes aujourd’hui. 
    D’une manière générale, en matière de l’analyse macroéconomique et l’évaluation des données conjoncturelles, il faut éviter des satisfactions trompe-l’œil. 

En effet, le problème de l’économie du Togo est d’ordre structurel. Il faut alors pour le résoudre faire des réformes importantes pour changer la base structurelle de l’économie avec une promotion des PME; une relance de la productivité au niveau des collectivités locales et régionales sur la base de la spécialisation dans la production des biens, conformément à leur potentialité sur fond des avantages comparatifs. Ce qui va permettre de stimuler la production intérieure et favoriser la transformation agroalimentaire et agro-industrielle afin de permettre d’élargir la base de l’assiette fiscale. Cela a l’avantage de favoriser également la révolution de la stratégie de la mobilisation des recettes avec une accélération des réformes numériques. 

Tout ceci ne peut aboutir à un résultat probable à long terme que si le système de l’éducation de notre pays connaît de vraies réformes en profondeur. Il s’agit de ne plus former des diplômés de luxe, mais s’adapter à l’évolution du monde et selon les besoins du monde de travail, de l’entreprise et de l’environnement économique. 

Les disparités à corriger
Il faut noter également que le Conseil National de crédit a mis en lumière certaines disparités dans l’accès au financement dans certains secteurs tels que l’agriculture et l’habitat et a invité le secteur bancaire à accroître leur soutien au très petites entreprises et petit et moyenne entreprise (T-PME) ainsi que les filières de l’agriculture et de l’industrie en s’appuyant davantage sur les mécanismes de garantie disponible. A ce sujet, il ne faut pas se leurrer. Le seul mécanisme de garantie capable de faire changer les choses serait la mise en œuvre d’une vraie politique de développement des territoires telle que préconisé par le processus de décentralisation et garantie par les structures de l’État. 

En effet, depuis 2019, le gouvernement togolais a initié une politique de développement national basée sur la décentralisation et la planification harmonisée du territoire national. En foi de quoi le ministère de l’Administration territoriale a vu ses charges élargies avec de nouvelles compétences , celle du développement des territoires afin de permettre que la planification du développement soit étendue au niveau régional et communal pour assurer le transfert des compétences à tous les niveaux. 

Avec le début du processus de la décentralisation , malgré l’existence du cadre légal et la mise en place de l’initiation des différents plans de développement régionaux  et même communautaires pour harmoniser les différents plans et les alignés sur les priorités nationales, en tenant compte des potentialités locales, force est de constater que c’est du surplace. Le développement équilibré et durable n’est pas à ce jour au rendez-vous et les potentialités des différentes régions ne sont pas exploitées.

En rapport avec ce qui précède, nous pouvons faire le constat que depuis plusieurs années, le gouvernement togolais, en lieu et place d’un véritable Débat d’Orientation Budgétaire (DOB) fait dos rond. Il préfère flouer les Togolais à travers les rapports de réunion du Conseil National de Crédit qui en réalité n’a aucune influence dans les orientations de la gouvernance du pays. 

OURO-AKPO Tchagnaou

Source : Lecorrecteur.tg

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