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Saturday, July 31, 2021
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PROGRÈS OU KPOGLÈ ?

Pour le Président Laurent Gbagbo, dont toute l’Afrique célèbre le retour en Côte d’Ivoire, le 17 juin 2021

Ainsi l’impérialisme, tel le chasseur de la préhistoire, tue d’abord spirituellement et culturellement l’être, avant de chercher à l’éliminer physiquement. Cheikh Anta Diop ( Civilisation ou barbarie1 )

Est-ce une simple plaisanterie que l’on attribue à certains Européens, selon l’avis desquels le continent africain serait un paradis s’il n’y avait pas de Nègres ? Si ce n’était pas une simple plaisanterie, ce serait donc normal que les Européens de cette catégorie cherchent à éliminer les Nègres de l’Afrique, en commençant par les tuer spirituellement et culturellement, pour jouir tout seuls du paradis. Autrement dit, la barbarie serait justifiée en Afrique, aux yeux de ces Européens. Le grand problème est de savoir quelle attitude adopter à l’égard des Africains qui soutiennent, d’une manière ou d’une autre, ces chasseurs occidentaux, dignes des temps préhistoriques, dans leur entreprise aux facettes diverses, pour conquérir le paradis africain.

Je voulais revisiter moi-même deux de mes textes, l’un dans le genre ironique et humoristique que j’aime bien,

Ici Macron

C’est le Patron… »

publié le 19 décembre 2018,

l’autre dans ma série Les Gnassingbé peuvent-ils échapper à la fêlure, sous-titré De Modibo Keita à Neslon Mandela, du 17 octobre 2020. Les deux textes se trouvent sur le site Icilome.com

Examinons l’actualité brulante en Afrique, tout particulièrement en République Centrafricaine et en République du Mali. En RCA, le gouvernement de Faustin Touadera, remarquable par son indépendance d’esprit à l’égard de ce qu’on appelle la Françafrique, a trouvé dans cette liberté le meilleur moyen, le seul vrai moyen pour exercer la souveraineté véritable sur le territoire de son pays ; en République du Mali, depuis plusieurs années déstabilisée, surtout de l’extérieur, parce que l’ancienne puissance colonisatrice voudrait par tous les moyens y maintenir sa présence et par voie de conséquence continuer à piller les ressources minières, non seulement de ce pays, mais aussi de toute la zone sahélienne, on a vu surgir un révolutionnaire qu’on n’attendait pas, de la trempe de Thomas Sankara, qu’on appelle Assimi Goita. Ilqui manifeste sa volonté de s’adresser à d’autres partenaires qu’aux Français, même aux Russes ; dans toute l’Afrique, on assiste à un éveil général observé dans tous les territoires anciennement sous domination française, mais aussi dans la diaspora africaine en Europe et plus spécialement en France, surtout à la révolte contre l’escroquerie que représente le franc CFA. M. Macron traduirait tout cela, prenant un raccourci, par l’expression « sentiment anti-français ». Mais pour les Africains lucides et dignes, c’est que l’heure de la deuxième indépendance a sonné pour les pays africains d’expression française.

N’insistons pas sur cette réalité de l’heure que des pays dont la langue française a été et est encore la langue officielle, langue dans laquelle a été rédigée la Constitution, langue d’enseignement, langue des relations avec les pays étrangers, s’éloignent de plus en plus de la France. Un État autrefois considéré comme faisant partie du bastion le plus fidèle de la France, comme le Gabon, cherche à se rapprocher du Commonwealth britannique. Bien sûr qu’il ne faut pas tout de suite croire que ce soit une volonté ferme de couper le cordon ombilical de ce pays d’avec ce qui était la «  mère patrie ». Cela peut n’être qu’un effet d’annonce et une manière d’Ali Bongo de faire du chantage aux autorités françaises qui tolèrent que la justice française condamne le régime monarchique hérité de son père, de corruption et de détention de biens mal acquis. Mais que Bongo ait osé, même simplement, faire semblant de vouloir quitter le giron français, signifie que même les régimes africains qui doivent le plus à la France ne sont plus disposés à se laisser traiter par elle comme elle veut, sans réagir. Donc, les dirigeants africains prennent des distances par rapport à la France et à la Francophonie. L’exemple le plus frappant est le Président rwandais Paul Kagamé qui s’adresse à Emmanuel Macron en anglais… Ce ne sont que des épiphénomènes, peut-être ! Mais tout ceci, à mon humble avis, devait être analysé comme un ensemble de signes avant-coureurs d’une France qui est en perte de vitesse dans ses anciennes colonies. Cependant que des Français de différents milieux (politiques, diplomatiques, militaires, médiatiques, universitaires), dans leur arrogance légendaire et dans leur autisme, sont loin de pouvoir se livrer à ce genre d’analyse. Je vous envoie à un auteur français : Arrogant comme un Français en Afriquei.

Je vous envoie aussi à Fénelon, via Françoise Giroux :

« Avez-vous cherché les gens les plus désintéressés et les plus propres à vous contredire ? Avez-vous pris soin de faire parler les hommes les moins empressés à vous plaire, les plus désintéressés dans leur conduite, les plus capables de condamner vos passions et vos sentiments injustes… ?»ii

De Gaulle ne pouvait pas accepter que Modibo Keita le contredise. Il le trouvait désobligeant. Les présidents français qui se sont succédé au pouvoir trouvaient désobligeants Sylvanus Olympio, Sékou Touré, Barthélemy Boganda, Mouammar Kadhafi, Thomas Sankara, Laurent Gbagbo…

Les autorités françaises, celles qui géraient les colonies ( bien sûr qu’il aurait mieux valu ne pas du tout avoir colonisé les pays africains ), tout comme celles qui aujourd’hui sont dans les relations de « coopération » avec les anciennes colonies n’ont jamais cherché ces hommes capables de les contredire et de les condamner, s’il le faut. Elles se sont complu à rechercher ceux que les Togolais, à un moment donné de leur histoire, ont baptisés les «  kpoglè ». Une vraie vision des relations entre la France et l’Afrique aurait été autre.

Je tiens une chose pour importante : si certains événements, certains mots, certains noms de personnage nous ont marqués, c’est qu’ils ont une place significative profonde, un caractère prophétique sur notre vie, et que nous devons, de temps en temps, en réfléchissant sur nous-mêmes et sur la société à laquelle nous appartenons, y revenir.

Je remonte donc à la période de mon enfance.

Si mes souvenirs sont bons, c’était le moment crépusculaire, la nuit tombant lentement sur Lomé. J’étais enfant et j’assistais au meeting du parti Ablodé, à la maison de Souza, située à trois minutes à pieds de ma maison natale. Pa Augustino de Souza, cette forte personnalité impressionnante, reconnaissable à ses cheveux laineux tout blancs et à sa légendaire moustache blanche, abondante, était l’un des plus ardents leaders de la lutte pour l’indépendance du Togo, les héros de l’Indépendance, les Ablodékanleto en ewe. Il mettait cette maison au plein cœur du Lomé urbanisé habité par les Africains, à la disposition des militants. Pour lui comme pour d’autres leaders de l’Ablodé , il n’y avait aucune hésitation quand il s’agissait de sacrifier ses biens et même sa vie, pour la cause de la libération du Togo.

Ce qui nous attirait, surtout, nous, les enfants, à ces réunions des militants indépendantistes, c’étaient les saynètes humoristiques, jouées parfois au moyen de marionnettes appelées tchitchavi, dont les sujets consistaient surtout à railler et ridiculiser l’administration coloniale, à raconter les récits se rapportant aux faits et gestes des membres importants du parti adverse et du gouvernement autonome favorable à la France ; ces derniers se définissaient comme des Progressistes. Nous étions assis, parfois à même le sol au pied des participants adultes. Nous étions installés entre le podium et le premier rang. Nous buvions littéralement les paroles des uns et des autres, yeux rivés sur les acteurs sur le podium, bouche ouverte. Les différents orateurs qui allaient se succéder sur le podium nous regardaient d’un œil à la fois satisfait et plein d’espoir, de ce que, nous qui représentions l’avenir du pays, nous étions très tôt sensibilisés à la lutte pour l’indépendance. Certains nous le disaient pour nous encourager à toujours venir souvent aux meetings. Parmi nous, il y avait ceux qui portaient encore les tenues dans lesquelles ils avaient joué au football dans la cour des écoles pendant la journée ; d’autres étaient en uniforme scolaire. Insoucieux, en ce qui concernait les enjeux réels de ces meetings, les enfants goûtaient cependant aux plaisanteries sur les Blancs et les « Progrès ». Les adultes, eux, savaient à quel prix ils pouvaient accéder à la maison de Souza. Car le quartier était bouclé par des cordons de policiers qui distribuaient, dans un vrai désordre, coups de pieds, de gifles et de matraques aux hommes et aux femmes qui, visiblement, les bravaient, les narguaient, les provoquaient, rien qu’avec le mot d’ordre «  Ablodé ! » (Indépendance !) que les « Progrès » ne supportaient pas du tout, surtout quand on le complétait par l’adjectif « Gbadja !» (Totale !). Les adultes savaient aussi que pour cette indépendance totale, certains de ceux qui étaient dans la fonction publique de l’époque, qu’on appelait «  le service des Blancs » avaient perdu leur emploi et que d’autres, chefs traditionnels, avaient été destitués et publiquement humiliés. Tout cela parce qu’ils ne se soumettaient pas aux administrateurs blancs. Parfois, pour aggraver leur situation, les Ablodétowo (indépendantistes) arrivaient au nez et à la barbe des policiers et l’un d’entre eux posait la question, exprès, aux autres :

«  Fikè abloa ɖe ? » et les autres répondaient : «  E le gbagdja dji !).

On peut traduire cet échange de répliques par :

Question : « Où se trouve le pain ? »-

Réponse : « Il est sur la place publique, à l’air libre ! »

Dans le fond, en jouant sur les sonorités qui se ressemblaient, pour prononcer insidieusement les mots qui fâchent, Ablodé Gbadja !, dans la tradition polysémique et humoristique qui caractérise nos habitudes langagières, on signifiait à ces policiers que le pain quotidien pour lequel ils étaient contraints d’exercer cette tâche peu noble, qui consistait à brutaliser en désordre leurs sœurs et frères, pour le maintien en place d’un système colonial qui écrasait toute la population, pouvait être gagné dans la dignité que confère à tout homme le fait d’être totalement libre. Voilà le début du vrai progrès!

Quand les policiers s’acharnaient sur les militants et surtout les militantes de l’Ablodé, ces derniers poussaient, bien sûr, des cris et gémissements de douleur, mais ils avaient aussi le courage de chanter :

« Mi to ne polisia be mu gba po tome na mua, Fransewo la va yi axue . Fransewo la va yi axue, mi la dogo le du ya me !»

( Dites aux policiers de ne pas me gifler. Les Français vont rentrer chez eux. Et nous nous retrouverons dans ce pays ! )

Les policiers giflaient donc les Togolais qui réclamaient l’indépendance ! Gifle comparable à celle qu’un citoyen français a administrée au Président Macron le 8 juin 2021 en pleine rue ? Les médias français n’ont pas voulu dire clairement que le coup a atteint le président français sur la joue. Mais, ils ont quand même crié au grand scandale que cela constitue. C’est la démocratie et toute la République qui seraient ainsi giflées. Bon ! Moi, je pense à ce proverbe mina :

« Ne wo ɖu fin do Mawu a, a tui ne legba » ( Une dette contractée envers Dieu se paie au diable ).

C’est un peu notre conception des effets du boomerang qui existe partout sous une forme ou une autre ! Une des nombreuses gifles administrées par la France à la dignité du Togo, en particulier, et de l’Afrique en général, n’est-elle pas en train d’être payée ? Un peu comme dans le cas de cet ancien président français qui a envoyé le président Laurent Gbagbo à la CPI. Gbagbo aujourd’hui acquitté, blanchi de tout ce dont on l’avait accusé est triomphalement rentré en Côte d’Ivoire le 17 juin, c’est-à-dire au moment même où j’écris ces lignes ! Et cet ancien président français dont nous parlons ? Condamné à une peine de la prison ferme par la justice de son propre pays ! « Ne wo ɖu fin do Mawua, a tui ne legba ». Le match qui s’est joué est celui-ci : Un ancien président ivoirien innocenté, lavé de tout crime par la justice internationale contre un ancien président français, devenu repris de justice ! Gbagbo a acquis à sa sortie de la CPI, une stature panafricaine et même internationale, telle que, entre lui et l’  « autre », celui qui entre dans l’Histoire, avec tous les honneurs, ce n’est pas celui qui prétendait, le 26 juillet 2007, alors tout puissant, grandiloquent, détenir la clé de l’Histoire

Dans le cas de Macron, on pourrait lui poser, après qu’il a été traité comme nous le savons déjà, la question, somme toute ironique, que l’on pose d’ordinaire à quelqu’un qui, ayant lui-même infligé une douleur à une tierce personne, subit un sort pareil, en mina :

E venaa ? ( Est-ce que ça fait mal ? ) 

Du reste, la réflexion à faire, n’est pas de savoir si les Togolais, en particulier, ou les Africains, en général, avaient l’intention de dire aux Français de rentrer chez eux. Mais plutôt de savoir si ceux, parmi eux, qui souhaiteraient rester en Afrique pour y vivre et travailler accepteraient un autre statut que celui de colons et de maîtres, face à des colonisés, des vainqueurs en terrain conquis. Roger Garaudy décrit ainsi ce statut, avantageux en tout pour le colon, par rapport au colonisé :

Un mineur nigérian d’Enugu devait travailler six jours pour gagner le salaire qu’un mineur d’Ecosse ou d’Allemagne gagnait en une heure.iii

Si cette situation d’injustice que les militants de l’Ablodé luttaient pour éviter en souhaitant que les Français partent et ne restent ou ne reviennent plus avec les mêmes privilèges par rapport aux nationaux a évolué dans certains pays africains, elle est restée plutôt stationnaire dans la plupart des anciennes colonies françaises. Et, elle est peut-être devenue pire ! Combien de biens de l’État, donc, qui appartiennent à tout le peuple, ne sont pas bradés à une oligarchie multinationale, composée principalement d’hommes d’affaires de l’ancienne puissance coloniale, à qui ceux qui nous gouvernent doivent largement leur accession et leur maintien au pouvoir ? L’un de ces hommes d’affaires à qui on déroule le tapis rouge dans les pays africains et à qui la gestion du port de Lomé, comme de beaucoup d’infrastructures dans nos pays, a été concédée pour les 35 ans à venir, indélicat, n’a-t-il pas été condamné pour corruption par la justice de son pays ?

Est-ce pour cela que nous sommes devenus indépendants ?

Le chant « Fransewo la va yi axue », ( Les Français vont rentrer chez eux ), prophétique, est simplement la vision de la fin de la Françafrique à l’accomplissement de laquelle nous sommes en train d’assister ces jours.

Les Noirs, hommes en kaki, pendant la colonisation, avaient choisi le port de la matraque pour gagner leur pain, sans s’inquiéter de savoir combien gagnaient leurs collègues métropolitains ! Remarquez que le mot ewe pour les désigner est en ce sens très significatif : «  Kpovito » ( porteurs du petit bâton ). Sans leur «  kpovi » ( matraque ) l’administration coloniale avait-elle beaucoup de chance de s’imposer à nos populations et de nous maintenir sous son  joug?

Les kpovitowo, à l’époque coloniale, étaient placés sous le commandement d’un commissaire blanc, très détesté pour la méchanceté qu’on lui attribuait, souvent copieusement conspué par les foules, surtout quand il paradait, à pied ou dans sa voiture de commandement dans les quartiers autour des lieux où se déroulaient les meetings des militants indépendantistes. On l’avait surnommé Kpakpavi ( Petit canard ). La figure de Kpakpavi n’a pas cessé de me hanter quand je pense à certains comportements, aussi bien de ceux parmi les néo-colonialistes qui travaillent en Afrique pour leur pays, que ceux parmi les Africains qui, pour différentes raisons, sciemment ou inconsciemment, œuvrent aux côtés des puissances étrangères pour opprimer les leurs. Kpakpavi marchait en dandinant, un pas à gauche, un pas à droite. Vous me direz que je fais encore allusion à cet ancien chef d’État français qui a fait assassiner le président libyen Kadhafi sous les bombes et qui a, également, usant toujours de bombardement ( c’est peut-être le seul langage qu’il connaisse, à part les insultes, dans ses relations avec les Africains ), délogé le président Gbagbo de sa résidence pour le livrer à la CPI et donner le pouvoir à Ouattara. Non ! Ce n’est pas de cet ancien président que je parle. C’est Kpakpavi que je décris ; le nez visiblement en l’air, avec la sonorité nasale, désagréable à nos oreilles quand il donnait des ordres à ses agents, en public. Au vu du désordre que cela provoquait, qui n’était que panique, hommes, femmes et enfants blessés, criant, en sang, renversés, parfois rampant mais continuant de chanter « Ablodé », on peut se demander si Kpakpavi servait à quelque chose, surtout avec ses sorties intempestives. Et le zèle qui enflammait ses agents Kpoglè aussi, lorsqu’il était sur les terrains d’opération!

Kpakpavi habitait, comme tous les fonctionnaires coloniaux, le quartier blanc ( Yovokomé ), coupé de la ville africaine. Et comme les maisons de presque tous les Blancs, privilégiés, la cour de Kpakpavi ( petit paradis) était plantée de manguiers, grenadiers que nous appelons yovoboda ( maïs bouilli des Blancs ) et noisetiers géants que nous appelons yovozin ( noisettes de Blancs)…Arbres de Blancs mais plantés sur la terre des Noirs, certainement par des mains de Noirs, et farouchement défendus par des Noirs contre des enfants noirs. La rumeur circulait, surtout parmi les petits maraudeurs que nous étions, que Kpakpavi avait injecté un poison dans ses fruitiers aux fins de décourager les polissons de venir marauder chez lui. Les gardiens, de farouches garde-cercle appelés Chéchias-Rouges ne suffisaient pas, qui nous donnaient la chasse à coups de lance-pierre et de bâtons.

Les indépendantistes que Kpakpavi avait pour mission de combattre et les petits garnements qui s’introduisaient dans sa maison pour marauder devaient lui donner de sacrés cauchemars.

Il y a, à part le slogan des indépendantistes, une autre plaisanterie qui amuse bien les enfants et que ni Kpakpavi, ni ses policiers, ni ces Chechias-Rouges n’aimaient pas beaucoup : c’est celle qui consistait à tourner en dérision les couleurs du drapeau français :

On chantait : « Bleu-blanc-rouge, abobo-gali-zomi » ! comme pour dire : au lieu de nous distribuer les petits drapeaux français (les maîtres d’école le faisaient surtout à l’occasion des fêtes officielles françaises pour le plaisir des fonctionnaires coloniaux), donnez-nous plutôt de la purée de haricot (le bleu) de la farine de manioc ( le blanc ) et de l’huile de palme ( le rouge ).

Ce que nous n’aimions pas, mais que nous étions contraints de supporter, nous préférions en rire.

Aujourd’hui, toutes proportions gardées, je n’imagine pas la personnalité et le rôle de Kpakpavi au Togo, à cette époque-là, sans penser à Macron ( avant lui, Hollande, Sarkozy, Chirac, Mitterrand, Giscard, Pompidou, de Gaulle…) et à ses interventions en Afrique, c’est-à-dire en territoires coloniaux. Il ne donne pas seulement des ordres à ses porteurs de bâtons pour mater les populations insoumises qui nourrissent des « ressentiments anti-français » et cherchent à se libérer de la tutelle de l’Hexagone, mais aussi, autant qu’il le peut, il empoisonne l’existence des Africains par toutes sortes de moyens ( intoxications médiatiques bien sûr, mais aussi, persécutions des dirigeants qui se veulent intègres et vrais empoisonnements par des substances létales ).

Macron donne des ordres ou tient des discours les plus contradictoires les uns que les autres. En Côte d’Ivoire avant l’annonce de la candidature de Ouattara à un troisième mandat, il le félicitait d’avoir respecté scrupuleusement, en démocrate modèle, la Constitution ivoirienne qui limitait le nombre de mandats à deux. Mais, après que Ouattara a changé la Constitution pour son troisième mandat, le même Macron l’approuvait et le soutenait. C’est encore Macron, le « grand donneur de leçons » de démocratie, qui est allé, en personne, adouber au Tchad, après la mort d’Idriss Déby, le fils de ce dernier, en inaugurant ainsi un nouveau règne dynastique, semblable à celui des Gnassingbé au Togo, des Bongo au Gabon.

Au Togo, après avoir longtemps déclaré qu’il ne recevrait pas Faure Gnassingbé dont le régime ne respecte pas les droits de l’Homme et la démocratie, après une élection présidentielle donc le « résultat » le déclare faussement vainqueur et après que Gnassingbé a commis un faux et usage de faux pour faire croire que la France le félicitait pour sa brillante élection, Macron finit par le recevoir en grande pompe. Selon des rumeurs, l’effet des valises d’argent ne sont pas à négliger dans cette affaire. Macron, qui doit se présenter aux présidentielles françaises en 2022, en aurait bien besoin. Macron n’a jamais rien dit sur les horribles crimes des Ouattara, ni sur ceux des Gnassingbé, ni sur ceux des Sassou N’Guesso…Tout comme ses prédécesseurs ont toujours toléré les crimes de leurs kpoglè africains.

Mais au Mali, le comportement de Macron est tout autre. Après ce qu’il appelle le coup d’État dans le coup d’État du colonel Assimi Goita, il redevient l’intransigeant défenseur du régime démocratique et civil en Afrique. On prêche «  démocratie et droits de l’Homme  et respect des institutions démocratiques et des textes républicains » par-ci et on légitime coups d’État militaire, succession dynastique au pouvoir, violation des textes et institutions de la République, par-là !

Macron, presque pareil à Kpakpavi, dont il est difficile de suivre la logique, après le «  second coup d’État » d’Assimi Goita, menace de retirer les militaires français du Mali, puis se ravise, ayant su qu’une telle décision, loin d’être perçue comme une menace, réjouit plutôt les populations maliennes et africaines, et proclame unilatéralement que la France suspend toute opération militaire conjointe avec l’armée malienne, sur le territoire malien. Pendant ce temps, les Maliens manifestent par centaines de milliers pour réclamer le départ de l’armée française de leur pays. Ce genre de manifestation relèverait du « ressentiment anti-français » qui donne des cauchemars à Macron ! Or, si ressentiment anti-français il y a, ce n’est pas de l’irrationnel pur.

L’intervention française, souhaitée par le président Dioncounda Traoré pour aider l’armée malienne à combattre les « djihadistes », au début, du temps de Hollande, lancée en janvier 2013, sous le nom de Serval avant de devenir par la suite Barkhane, pour englober la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, a été bien accueillie. Le prédécesseur de Macron à l’Elysée en témoigne dans son livre de fin de mandat, Les leçons du pouvoir :

Ils ont vu partir des combattants vêtus de noir, ils découvrent maintenant le président de cette République française si lointaine et si hautaine. Une femme se jette sur moi et m’étreint longuement. On chante, on rit, on danse, on crie «  Merci la France »…La France était jadis regardée comme hautaine ou paternaliste. Elle est libératrice. Le Mali retrouve avec nous son intégrité, sa dignité. Le président Traoré, qui me tutoie pour l’occasion est lui-même surpris par cette ferveur.

-Tu es plus populaire que moi, lance-t-il en riant.

-Au Mali, dis-je.iv

Maintenant, c’est une autre question de savoir qui sont les «  djihadistes » et qui les arme en réalité, et dans quel but. Une autre question est de savoir pourquoi Macron, loin de mettre simplement fin à l’opération Barkhane, parle de sa transformation en une force englobant des armées occidentales sous l’égide de l’OTAN, dénommée opération Takouba. Et si Takouba n’était qu’un instrument, comme beaucoup d’Africains le soupçonnent, de recolonisation de l’Afrique en vue de son exploitation ? Une réédition de l’esclavage dans la deuxième moitié du XVe siècle et de la colonisation dans la première moitié du XIX siècle.

La France va-t-en-guerre, l’Occident tout puissant qui se croit la vocation de dominer le monde, sont certainement sous l’influence d’un phénomène que Roger Garaudy décrit très bien :

Un exemple typique de l’exaltation de l « Occident » par l’histoire officielle, qui fausse la perspective de l’histoire universelle et inculque aux enfants les schémas qui vont sous-tendre et conditionner leurs options politiques actuelles (à l’égard, par exemple du capitalisme et du socialisme, ou des guerres coloniales ) c’est le mythe de Marathon,…le mythe de la bataille de Poitiers entre Charles Martel et un commando arabe). Dans les deux cas, on a voulu faire de ces batailles ( aux deux extrémités de l’Europe) le symbole de la victoire occidentale contre les «  barbares »v.

La réaction, face à ce mythe occidental, de la victoire sur les prétendus « barbares », est que nous aussi, depuis l’enfance, pas à l’école française, bien sûr, mais dans les milieux familiaux et en fréquentant les meetings des indépendantistes, nous avons appris la notion de la lutte indispensable contre toute forme de domination étrangère.

Ceux qui veulent croire à ce qu’a écrit Senghor, selon qui l’émotion serait nègre et la raison hellène, se trompent largement. Les Maliens, comme la majorité des Africains sont éclairés et guidés dans leurs comportements, leurs sentiments et leurs dires par une grande lucidité insoupçonnée. Et cette lucidité est surtout mise en application, de manière subtile, à travers l’humour et l’ironie :

« Ne e ve o tchan, a sↄ ko »( même quand ça te fait mal, tu peux en rire ), dit-on en mina. La colonisation et la néo-colonisation font mal, mais ce n’est pas à force d’en pleurer que nous allons les combattre !

Pour revenir au propos de Hollande sur les deux « France », celle regardée comme hautaine et celle libératrice, loin de moi l’idée de comparer les deux, d’émettre un jugement de valeur définitif sur chacune d’elles et de dire quel président incarne l’une ou l’autre. Mais, ce qui est sûr, c’est que, avec Macron, est revenue la France hautaine, paternaliste, pilleuse, impérialiste.

Mais, revenons à l’orateur de ce jour où, petit garçon, j’étais au meeting de l’Ablodé. Il m’avait impressionné. Je ne connaissais pas son nom. Je le connaitrai beaucoup plus tard, car il deviendra ministre de Sylvanus Olympio après les élections législatives du 27 avril 1958 et la formation du premier gouvernement togolais à l’accession à l’indépendance le 27 avril 1960. S’avançant d’un pas sûr, encouragé par les acclamations de la foule, il monta sur le podium et déclara, ironique : «  Ils parlent de progrès ! Ils sont donc progressistes ! On devait les appeler «  Partisans de Kpoglè ! » Ekpo wo so glè ! » ( C’est avec des bâtons qu’on soutient ce système colonial ! »

Nous sommes en plein langage métaphorique et polysémique. «  Kpo », ce n’étaient pas seulement les matraques dont usaient les agents de Kpakpavi pour brutaliser les militants indépendantistes et les dissuader d’aller aux meetings, c’étaient toutes les formes de violences et de pressions exercées à leur encontre. Mais, c’étaient aussi toutes les béquilles utilisées par un système qui savait qu’il ne faisait pas le bonheur des populations (le ressentiment anti-français datait de cette époque), qui se savait détesté pour cette raison.

Les béquilles, en Centrafrique par exemple, ce sont, après la violence et la brutalité dont a été victime le premier Président du pays, Barthélémy Boganda, assassiné, les hommes qui allaient se succéder au pouvoir. Ils ont pour seul mérite le fait d’avoir été cooptés par la France et donc perpétuellement obligés d’exécuter les quatre volontés de l’Élysée…Et quand ils ne voulaient plus ou n’avaient plus la poigne nécessaire pour cela, ils étaient gentiment déposés ou brutalement éjectés de leur fauteuil présidentiel. Parfois récalcitrants, une bonne petite rébellion les conduit tôt ou tard à accepter que seule la France peut les maintenir au pouvoir. Touadera a remporté des succès militaires avec l’aide de l’armée russe et montré que la France est l’ennemie de la stabilité du Centrafrique. Mais il a aussi indiqué la voie de l’indépendance dans le choix des partenaires aux autres pays africains. Cela implique le courage et un vrai patriotisme.

Comment le Mali en est-t-il arrivé là ? Aujourd’hui pratiquement coupé en deux par la volonté insidieuse de la France, occupé par trente mille hommes en armes, formant soi-disant le contingent de l’ONU pour la lutte contre les « djihadistes » ? (En fait le gros de cette force est au service du maintien de la présence française).

Une écrivaine malienne, Aminata Traoré explique qu’au départ, par médias français interposés, on a fait circuler le bruit qu’une colonne de « djihadistes » descendait vers Bamako. Le président malien d’alors, D. Traoré, demanda à la France de faire intervenir les forces aériennes françaises juste pour stopper cette avancée. Mais l’armée de terre française, sous François Hollande, s’est imposée dans le jeu. Il n’était donc pas question d’une occupation terrestre par l’armée française selon l’ancien président malien Traore. Le colonel Assimi Goita, homme intelligent, a vite compris qu’après le mouvement qu’il dirige à la demande du peuple malien pour faire partir IBK, s’il continuait à accepter à ses côtés un Président de la Transition et un Premier ministre que la France, par l’intermédiaire des béquilles de la CEDAO et de la prétendue Union Africaine lui a imposés, il attendrait encore des années, des décennies pour retrouver le Mali de Modibo Keita, le vrai Mali, indépendant et digne. Ce Président et ce Premier ministre de la Transition que Goita vient de déposer, ne rendaient-il pas régulièrement compte à l’Élysée sur la situation au Mali, comme Bozizé sur ce qui se passait en Centrafrique ?

Comme Touadera, Assimi Goita s’est adressé à la Russie. Et peut-être, le Mali dont avait rêvé Modibo Keita, c’est-à-dire la Fédération du Mali qui devait s’étendre du Sénégal au Dahomey, est-il en train de naitre avec Assimi Goita. La France n’avait-elle pas tout fait, par des Kpoglè comme Senghor et Houphouët-Boigny interposés, pour empêcher cette Fédération de connaître le jour ? Senghor et Houphouët-Boigny sont morts. Mais des hommes come Ouattara et Gnassingbé sont vivants et au pouvoir. Vigilance donc !

Le grand problème de l’Afrique, se sont ces Africains qui, pour des raisons personnelles de pouvoir, d’enrichissement, de reconnaissance, de carrière ( hommes politiques, militaires, économistes, intellectuels…), acceptent de devenir des porteurs de bâtons et des béquilles pour la France. Sous prétexte de « Progrès » !

Une bonne dame, qui est montée sur le podium de la maison de l’Ablodé avait dit:

«  S’ils viennent vers vous et vous disent qu’ils représentent le «  progrès », dites-leur simplement : Ohoo ! Kpoglè !  et ils comprendront ! ». Le ton, bien sûr, est sarcastique.

On a connu, sous prétexte de progrès, les kpoglè, porteurs de matraques, les kpoglè porteurs de mitraillettes, les kpoglé porteurs de valises d’argent pour soutenir des candidats qui, une fois élus, soutiendront à leur tour des pouvoirs conquis par la fraude et la violence, les kpoglè au pouvoir donc, les kpoglè porteurs de diplômes et de titres pour éblouir et abrutir nos populations. Tous, des kpoglè au service, non de nos peuples, mais des Kpakpavi d’hier et d’aujourd’hui, c’est-à-dire au service du colonialisme et du néo-colonialisme. Des kpoglè, souteneurs avoués ou sournois du franc CFA.

Ce qui cause le grand désespoir de beaucoup d’Africains, c’est quand nos institutions officielles à vocation panafricaine, comme la CEDEAO, la CEMAC, l’UA, financées largement par l’Union Européenne, les États-Unis…, par ce qu’on appelle pompeusement la « Communauté Internationale », se font kpoglè des anciennes puissances coloniales dans leurs interventions en Afrique, au détriment de nos peuples.

Qui peut faire comprendre aux Africains que le colonialisme d’aujourd’hui n’est pas différent de celui d’hier dans ses objectifs et que les Kpoglè du temps du «  oui » à l’Union française n’ont changé que de visage, demeurant fondamentalement les mêmes, autant le système qu’ils servaient est resté le même quant aux fins qu’il poursuit en Afrique ?

Or Modibo Keita, comme Sylvanus Olympio, comme Sékou Touré, comme Barthélémy Boganda, comme Mouammar Kadhafi, comme Thomas Sankara, comme Laurent Gbagbo, comme François Tombalbaye voulaient s’affranchir et surtout affranchir l’Afrique de la tutelle monétaire française que représente le franc CFA. Et ils l’ont payé très cher, tombant sous les coups tordus de la France par kpoglè interposés !

Si le texte

« Ici Macron,

C’est le Patron »

devait être joué par un comédien, je lui demanderais d’être grandiloquent, comme le sont souvent les dirigeants français lorsqu’ils font des discours sur l’Afrique en Afrique, passent les troupes en revue en Afrique. Pour moi, cela dit tout : depuis de Gaulle et surtout son fameux référendum sur le « Oui », les dirigeants français se sont trompés sur la nature des Africains avec qui ils souhaitent avoir des relations. Ou ils ont joué à l’hypocrisie et au mensonge sur tous les plans : soutien aux politiques de développement, démocratie, droits de l’homme, défense de notre intégrité territoriale. Je l’ai dit, comme un leitmotiv, dans une de mes pièces théâtrales, La Tortue qui chantevi :

Qui tend le piège du mensonge y tombera lui-même.

Je suis heureux de lire et d’entendre aujourd’hui, en guise de titres d’ouvrages ou d’articles de journaux ou encore d’émissions dans les médias et sur les réseaux sociaux : Macron est tombé dans le piège africain.

Le piège tendu depuis des décennies, voire des siècles, se referme aujourd’hui sur la France et sur tout l’Occident.

Antoine Glaser n’a-t-il pas écrit un livre sur le sujet, Le piège africain d’Emmanuel Macronvii ?

Cela ne date donc pas d’aujourd’hui. Le mensonge et la perfidie de la France et des autres puissances occidentales sont dénoncés depuis des décennies, voire des siècles. Mais ces puissances se sont endurcies dans leur entreprise, cherchant, par tous les moyens, à tous les moments de l’histoire, par quelle formule, quelle stratégie, dominer et exploiter les Africains.

Elles sont sourdes, elles n’entendent pas le chant de leur tortue ( symbole de la conscience ).

Comme je l’écrivais,

Podogan est sourd. Il veut la formule pour faire chanter la tortue…viii

Podogan est la figure de l’homme de toutes les avidités qui ne recule devant aucun stratagème, aucune ruse, aucune technique de manipulation pour parvenir à ses fins de puissance, de pouvoir, d’argent…

Comme si elle existait, cette formule qui consiste à se donner bonne conscience, tout en usant de mauvaise foi pour atteindre ses propres objectifs !

Les puissances occidentales en général, et la France en particulier, cherchent toujours la formule, de la traite des Noirs à la colonisation, de la colonisation à l‘Union mensongère obtenue par un « oui » superficiel, du oui superficiel aux fausses indépendances avec l’installation des bases militaires, puis le prétexte de la lutte contre la déstabilisation des États, opération du genre Serval, Barkhane et aujourd’hui Takouba.

Quant aux Africains, qu’ils soient au pouvoir ou dans les oppositions, ils ont à choisir entre devenir ou demeurer des Kpoglè qui soutiennent des colonialistes et néo-colonialistes, ou des Africains dignes et lucides œuvrant pour le véritable progrès de leur continent.

Dois-je, pour terminer, dire que Kpoglè, c’est le soutien ou toute aide directe ou indirecte apportée à la recolonisation du continent africain, et s’oppose au vrai progrès fondé sur la prise en main de notre destin par nous-mêmes, totalement,  qui doit être l’objectif poursuivi par les peuples africains? Kpoglè égale soumission pour quelque intérêt sordide. Progrès égale indépendance réelle et totale.

Ceci me permet de répondre à ma propre interrogation : les Gnassingbé, peuvent-ils échapper à la fêlure, c’est-à-dire à la propension au crime et au sang ? Les Gnassingbé, comme les Ouattara, les Bongo, les Sassou Ngesso, les Hissein Habré, les Bozizé…parvenus au pouvoir par le meurtre et le crime, voulant à tout prix s’y maintenir et encouragés par les puissances dont ils soutiennent les intérêts en Afrique, ne peuvent échapper à la fêlure. Á moins de changer. Ce qui étonnerait grandement le monde.

Sénouvo Agbota ZINSOU

1 Cheikh Anta Diop, Civilisation ou barbarie, éd. Présence Africaine, 1981, p. 10

i
1.Cheikh Anta Diop Civilisation ou barbarie

2.Antoine Glaser et Stephen Smith, Arrogant comme un Français en Afrique, éd. Fayard, 2005

ii3.Françoise Giroux, Ce que je crois, éd. Grasset 1978, p.77

iii4.Roger Garaudy, Pour un dialogue des civilisations, éd. Denoël, 1977, p.51

iv5. François Hollande, Les leçons du pouvoir, éd. Stock 2018, p.54.

v6. Roger Garaudy, op.cit. p.22

vi7.SAZ, La Tortue qui chante, éd. Hatier, 1987 et 2003

vii8.Antoine Glaser, Pascal Ayrault, Le piège africain d’Emmanuel Macron. Ed. Fayard 2021

viii9..Id. Acte X, p.34

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