Afrique de l’ouest/Ayité Maoussi: “Il y a trois raisons principales qui expliquent le succès du E-Hailing”

La violence de l’actualité du transport en Afrique du Sud nous éclaire cette semaine sur l’importance des taxis commandés sur internet. Qu’elles s’appellent Uber, Bolt ou Yango, ces plateformes répondent à de nouveaux déplacements dans de plus en plus de grandes villes du continent ! Malheureusement, ces dernières semaines à Johannesburg, la capitale sud-africaine, les citoyens ont vu des routes barrées en raison de bagarres entre chauffeurs concurrents. Des confrontations récurrentes depuis dix ans, date de l’arrivée des premières voitures prépayées. À Paris, (le jeune togolais) Ayité Maoussi, chercheur à l’école des Ponts, est devenu l’un des meilleurs spécialistes au monde du E-Hailing, autrement dit le taxi commandé.

 E-Hailing, vous traduisez par… ? 

On peut résumer par voitures VTC. Des véhicules avec chauffeurs à la demande. C’est un terme beaucoup plus connu et pratiqué dans les pays anglophones d’Afrique (Kenya, Nigéria, Ghana, Afrique du sud, Mozambique…) 

Que dire sur ce conflit entre chauffeurs en Afrique du Sud ?

L’arrivée des voitures avec chauffeurs a mis en concurrence deux types acteurs différents. D’une part, les chauffeurs traditionnels, les locaux qui étaient là depuis des années, et les nouveaux arrivants. Ces dernières années, un certain nombre de chauffeurs sont venus de l’étranger, des pays voisins de l’Afrique du Sud. Ces querelles violentes ont entraîné des morts. On y voit un mélange d’un certain racisme (qui existe toujours dans le pays) et de concurrence de marché économique.     

Vous avez choisi de comparer trois pays où se développe le E-Hailing, le Sénégal, le Togo et la Côte d’Ivoire.    

Ce qui m’intéresse, c’est de voir ce qui se passe une fois que ce nouveau mode de transport de voitures précommandées s’est installé. Les conséquences sur la population et le transport.

La concurrence n’est pas aussi caricaturale, dites-vous ! 

En effet ! Il y a bien sûr des chauffeurs traditionnels qui voient leur clientèle se réduire. Mais, nous voyons de plus en plus une bonne partie de ces chauffeurs locaux traditionnels trouver un emploi au sein des nouvelles plateformes de taxis prépayés !

Comment expliquer le succès de ces plateformes de taxis précommandés ?

Il y a trois raisons principales : d’abord la jeunesse ! Cette jeunesse qui possède des téléphones portables et qui se connecte bien aux modes informatisées. 

Ensuite le manque ou les problèmes des autres transports notamment du secteur public (bus, trains…) Même s’il y a un développement en ce moment au Sénégal et en Côte d’Ivoire dans les trains ou métros, il y a encore peu d’infrastructures, de routes, d’autoroutes ou de rails de bonne qualité. De ce fait, à Dakar au Sénégal, il est impossible de savoir combien de temps, vous allez mettre en transport en commun pour un trajet donné. En voiture VTC vous le savez.  

Vous parlez beaucoup de l’une des plateformes, connue dans la région, Yango. Une compagnie qui est très peu chère !   

Oui ! C’est l’équivalent du Google Maps américain en version russe qui existe dans ces deux pays, le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Sa stratégie, comme les autres compagnies d’ailleurs, c’est d’arriver avec des tarifs de courses très bas. Une façon d’attirer les clients et les chauffeurs aussi en leur proposant des bonus. 

Des bonus qui disparaissent ! Cette compagnie connaît en ce moment des protestations en interne… Venues de ces propres chauffeurs.

Parfaitement ! J’ai d’ailleurs été témoin ce printemps, dans ces pays de grèves et de protestations sur les routes en raison des bonus pour ces chauffeurs que Yango réduit petit à petit.   

Quand vous parlez de besoin de réguler ces plateformes, ça veut dire quoi ?

Par exemple une exigence de justice économique… Qu’à son arrivée, une plateforme verse au pays des droits comme toute autre entreprise étrangère qui s’installerait sur le territoire. Il faut des règles. Notamment dans l’encadrement des chauffeurs et leurs droits. 

Droit à la Sécurité sociale ?

Cette Sécurité sociale en Afrique n’est pas la même que celle instaurée en France ou ailleurs en Europe. Une forme d’encadrement qui existe et qui fonctionne est la cotisation partagée. De l’argent mis en commun au sein d’une entreprise de transport de chauffeurs qui sert en cas de problèmes de santé pour les employés qui cotisent.

Vous étudiez également les différences de nature du personnel conducteur des voitures. 

Oui ! En Europe, beaucoup de jeunes immigrés (parfois sans papiers) travaillent en tant que chauffeurs de voitures précommandés. C’est leur seul métier et source de revenus. En Afrique, c’est autre chose. Des étudiants boursiers, qui gagnent donc leur vie, sont en même temps conducteurs de véhicules. Ils abandonnent la pratique lorsqu’ils ont un poste fixe dans leur carrière. Les pratiques et les besoins sont différents selon les cultures et les continents. Ce sont ces différences de contextes que j’étudie.  

Avec rfi.fr

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