Un an après la promulgation de la nouvelle Constitution, qui transforme le Togo en régime parlementaire, l’opposition continue dénoncer un “coup d’État constitutionnel”. Le 23 mars 2025, un meeting a été organisé pour protester contre ce changement. Nathaniel Olympio, porte-parole du front “Touche pas à ma Constitution”, était l’invité d’Africa Radio ce vendredi 4 avril. Il répond aux questions de Keisha Mougani.
Journaliste : Bonjour Nathaniel Olympio. Vous êtes le porte-parole du collectif « Touche pas à ma Constitution ». La vie politique suit son cours au Togo. Mardi, les députés de l’Assemblée nationale ont fait leur rentrée. Mercredi, le président du Sénat a été élu. Il s’agit de Barry Moussa Barqué, un conseiller spécial de Faure Gnassingbé et ancien ministre du Général Gnassingbé Eyadéma, le père. Un mot sur cette élection ?
Nathaniel Olympio : Tout cela confirme que nous avons aujourd’hui un régime en place depuis 20 ans, qui est la continuité de ce que le Général Eyadéma avait mis en place pendant 38 ans. Et il n’y a donc pas d’évolution dans la gestion de la chose publique. Tout cela vient confirmer également la volonté de maintenir les mêmes politiques publiques, avec les mêmes personnes, et donc au final, rien ne change dans le pays. Tout est figé, y compris les personnes.
Journaliste : Alors, bientôt un an depuis l’adoption de la nouvelle Constitution, qui a acté le passage d’un régime semi-présidentiel à un régime parlementaire. L’opposition continue de contester cette Constitution, et pourtant, son application ne fait que se concrétiser. Où voulez-vous en venir avec cette contestation ? Quels sont les objectifs à long terme ?
Nathaniel Olympio : L’objectif est de continuer à faire comprendre à ce régime qu’on ne peut pas remplacer une Constitution nuitamment, sans informer le peuple togolais. C’est ce qui s’est passé. On s’est levé un jour et on a découvert sur les médias que notre Constitution avait été remplacée, purement et simplement. Cette contestation, c’est pour marquer la volonté du peuple togolais. Les Togolais vont continuer de contester vigoureusement cette Constitution jusqu’à ce que nous revenions à un ordre constitutionnel consensuel. Vous savez, la Constitution a été remplacée dans un contexte où Monsieur Faure Gnassingbé avait terminé son quatrième mandat. Et il était supposé faire face à une élection pour briguer un cinquième mandat, ce qui n’était plus acceptable pour les Togolais. D’ailleurs, ce n’était même plus envisageable dans la sous-région, où les Sénégalais avaient déjà mis un terme à la velléité du président Macky Sall de faire un troisième mandat. Et donc, pour que Monsieur Faure Gnassingbé vienne postuler à un cinquième mandat, c’est simplement quelque chose qui ne peut pas se réaliser. Ce n’est pas acceptable. Et ils ont trouvé la supercherie de remplacer purement et simplement la Constitution pour maintenir Monsieur Faure Gnassingbé dans un pouvoir à vie. Et ça, les Togolais ne vont pas l’accepter.
Journaliste : Vous souhaitez justement mobiliser les Togolais. Mais comment souhaitez-vous qu’ils se mobilisent, puisque les manifestations de rue sont interdites depuis 2022, surtout que la police et l’armée sont plutôt du côté du pouvoir ?
Nathaniel Olympio : Écoutez, les Togolais ont le droit constitutionnel de manifester. C’est vrai, et ce droit est aujourd’hui complètement mis entre parenthèses par le régime, qui ne veut pas que les Togolais puissent s’exprimer. On met en prison des jeunes qui font des messages TikTok. On met en prison des jeunes qui font des poèmes pour exprimer leur mécontentement du régime. Donc, la répression, elle est très élevée. Mais cela n’empêche pas que nous continuons de parler avec les Togolais, et nous continuons de sensibiliser les Togolais. Je ne saurais pas vous dire exactement quand, mais il viendra un moment où les Togolais, ne voulant plus de ce régime, un événement se produira, et les Togolais, comme un raz-de-marée, vont exprimer leur rejet de ce régime. Cela se produira d’une façon ou d’une autre.
Journaliste : Vous dénoncez aussi le silence de la CEDEAO. Mais le gouvernement togolais a plutôt de bons rapports avec les autres membres.
Nathaniel Olympio : La CEDEAO a toujours fait preuve de beaucoup de bienveillance à l’égard du régime togolais, et cela a commencé depuis 2005, au moment où Faure Gnassingbé a pris le pouvoir par la force, dans des conditions dramatiques pour les Togolais. Depuis ce temps, la CEDEAO a toujours été silencieuse sur les différentes lignes rouges que le régime togolais a franchies. On se souvient que le Togo a été le premier pays dans la sous-région ouest-africaine à faire sauter la limitation du nombre de mandats pour effectuer un troisième mandat. C’est le Togo qui a également initié la succession dynastique, ce que l’ex-président Abdoulaye Wade avait voulu aussi installer au Sénégal.
Aujourd’hui, où la Constitution a été purement et simplement remplacée, à ce jour, la CEDEAO n’a pas dit un mot sur le sujet. Cette institution a complètement perdu sa crédibilité aux yeux des Togolais.
Journaliste : Gilbert Bawara, ministre de la Fonction publique, du Travail et du Dialogue social, avait déclaré il y a un mois que la nouvelle Constitution favorisera l’assainissement et la rationalisation du paysage politique, en contribuant à l’extinction des micro-partis politiques, et de ce fait, à la réduction de la fragmentation du paysage politique togolais. Qu’auriez-vous à répondre à cela ?
Nathaniel Olympio : C’est du dilatoire. Parce que ce n’est pas la Constitution qui est la Charte des partis politiques. Et s’il y avait une réforme à faire dans l’organisation des partis politiques, cela ne devrait rien avoir à voir avec le remplacement de la Constitution. Monsieur Bawara, depuis qu’il est ministre, il y a de cela 18 ans, son gouvernement et le régime auquel il appartient n’ont pas apporté aux Togolais le bien-être qu’il faut. Et ce n’est pas la Constitution qui les a empêchés de créer un environnement de bien-être pour les Togolais. C’est la pratique des politiques publiques qu’ils ont mises en place qui ont appauvri les Togolais et qui privent les Togolais de leurs droits les plus fondamentaux. Le remplacement de la Constitution a un seul objectif : permettre à Monsieur Faure Gnassingbé de rester au pouvoir pour la vie.
Journaliste : Il est reproché justement aussi aux partis d’opposition d’être trop éclatés, d’être divisés. Par exemple, certains ont décidé de se présenter aux législatives. Mais vous, vous défendez le fait qu’il ne faut pas se présenter à quelque élection que ce soit. Mais pourquoi vous ne vous mettez pas d’accord pour créer un parti commun ?
Nathaniel Olympio : Parce que l’opposition togolaise participe à des élections, et cela n’a strictement rien changé, parce que les élections sont devenues, au Togo, un instrument de confiscation du pouvoir. On ne peut pas faire évoluer les choses au Togo par la voie électorale. Il faut que le peuple reprenne son pouvoir, sa souveraineté, puisque la voie électorale qui était censée réguler la vie politique a été confisquée, et elle est fermée. Il faut donc que le peuple togolais puisse reprendre sa souveraineté, et c’est ce à quoi nous travaillons.
Journaliste : Merci Nathaniel Olympio. Donc je rappelle que vous êtes le porte-parole du collectif « Touche pas à ma Constitution ». Merci beaucoup.
Mon Professeur, apparemment votre lutte s’est essoufflée… Si vous avez vraiment des populations qui sont avec vous, vous n’avez pas besoin de manifestations, dites leur seulement d’aller voter massivement pour vous pour les élections locales à venir… Nous avons déjà expérimenté les marches et les manifestations… Que neni!