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Dans les Savanes togolaises, la bataille pour la nutrition des tout-petits

À Nassiete, petit village de la région des Savanes au nord du Togo, Kolgou Labename se souvient encore de l’angoisse qui l’habitait lorsque son fils, autrefois vif et joueur, s’est soudainement affaibli. L’enfant qui courait et riait est devenu léthargique, incapable de jouer ou de s’éveiller à la vie. « Il restait sans énergie et je ne comprenais pas ce qui lui arrivait », confie-t-elle. Dans cette région, ces situations ne sont pas rares : la malnutrition frappe souvent les enfants les plus jeunes et compromet leur développement dès la petite enfance.

Le déclic est venu grâce aux agents de santé communautaire (ASC) et au soutien de l’UNICEF. Kolgou a appris à utiliser le MUAC, un ruban coloré qui permet de mesurer la circonférence du bras d’un enfant entre l’épaule et le coude afin de détecter précocement les signes de malnutrition. Ce geste simple a permis un diagnostic rapide et une prise en charge précoce de son enfant.

Dans la région des Savanes, la malnutrition infantile ne s’explique pas uniquement par un manque de nourriture. Elle trouve aussi ses racines dans la pauvreté, l’accès limité aux soins de santé et la méconnaissance des bonnes pratiques nutritionnelles.

« La région dispose pourtant de ressources alimentaires comme le riz et le soja, mais beaucoup de familles préfèrent les vendre pour obtenir de l’argent plutôt que de les consommer », explique Ayayivi Mensah Ayivigan, expert en nutrition. Ces choix économiques, souvent dictés par la nécessité, peuvent entraîner des carences qui fragilisent particulièrement les enfants en bas âge.

Pour répondre à cette situation, le gouvernement togolais, avec l’appui de l’UNICEF, a renforcé les programmes de prévention et d’éducation nutritionnelle. Dans plusieurs villages, les mères apprennent désormais à reconnaître les signes de malnutrition et à surveiller l’état nutritionnel de leurs enfants.

« Les femmes, même celles qui n’ont pas reçu beaucoup d’instruction, savent maintenant utiliser le MUAC pour mesurer le périmètre brachial de leurs enfants et reconnaître les signes de malnutrition », souligne Koami Afangbedji, directeur préfectoral de la santé.

En complément des efforts éducatifs, la distribution de suppléments nutritionnels tels que le SQNLS (suppléments nutritionnels à base de lipides en petite quantité) constitue un pilier de l’intervention communautaire. Administré aux enfants de 6 à 18 mois, le SQNLS permet de combler les carences nutritionnelles et de soutenir leur développement.

Sur le terrain, les agents de santé communautaire jouent un rôle central. Thèrèse Konlani, l’une d’entre elles, parcourt régulièrement les villages pour sensibiliser les familles et accompagner les jeunes mères. Elle participe aussi à l’organisation d’ateliers de cuisine où les femmes apprennent à préparer des repas riches en nutriments à partir de produits locaux.

« Avant, beaucoup pensaient que la farine enrichie venait d’ailleurs, mais maintenant nous savons que nous pouvons utiliser nos propres céréales pour la préparer », explique-t-elle lors d’une rencontre avec un groupe de soutien de femmes engagées dans l’amélioration de la nutrition des enfants.

La lutte contre la malnutrition passe également par la prévention de la carence en iode, qui peut provoquer des retards de croissance et des troubles cognitifs chez les enfants.

« Beaucoup de nos enfants souffrent parce que les familles ne savent pas reconnaître le sel iodé du sel ordinaire », observe Bantinia Costapinto Blimpo, maire de Korbongou. Pour y remédier, des campagnes de sensibilisation sont organisées dans les marchés, accompagnées de kits permettant de tester la présence d’iode dans le sel.

« Je vérifie toujours le sel que j’achète. Avant, je ne savais pas que cela pouvait faire une telle différence pour mes enfants », témoigne Damotote Laré Bomboma, mère de trois enfants.

Dans les centres de santé, les équipes médicales constatent déjà les effets de ces actions. Au CMS de Bombouaka, le médecin-chef Dovi Senou souligne l’importance des équipements et des compléments nutritionnels fournis par l’UNICEF. « Les toises, les balances et les compléments alimentaires comme le Plumpy-Nut ont été déterminants pour assurer une prise en charge efficace des enfants malnutris », explique-t-il.

Pour certaines familles, ces interventions ont changé un destin. Labondine, la mère de la petite Esther, se souvient de ses nuits d’inquiétude face aux pleurs incessants de sa fille. « C’était une épreuve, mais grâce à l’ASC qui m’a orientée et au Plumpy-Nut administré, elle a retrouvé sa santé », raconte-t-elle.

Malgré les progrès, les défis persistent. Mais dans les villages des Savanes, la mobilisation des communautés et l’engagement des acteurs de santé contribuent peu à peu à protéger les premières années de vie des enfants, une période décisive pour leur avenir.

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