Le statu quo ne semble plus tenable. Comment sortir durablement des blocages politiques qui freinent l’élan du pays, bilan et diagnostic des 66 ans d’indépendance du Togo.
Lors d’un échange animé sur AfrowebTV ce 25 Avril, Dr Albert Kate, leader d’opinion, a relancé une proposition aussi audacieuse que controversée : l’adoption d’une loi d’amnistie générale couvrant à la fois les anciens régimes, les autorités actuelles et les opposants politiques, qu’ils vivent au pays ou à l’étranger. Une telle initiative, selon lui, constituerait un point de départ indispensable pour instaurer un climat de confiance et ouvrir la voie à un dialogue politique sincère.
L’histoire politique togolaise, marquée notamment par le long règne de Gnassingbé Eyadéma, s’est construite sur des tensions persistantes, souvent alimentées par des clivages hérités de la période coloniale comme l’emmergean de deux blocs ethniques et politiques farouchement et indéfiniment opposés. Cette bipolarisation, à la fois ethnique et politique, continue d’influencer les dynamiques de pouvoir et de nourrir la méfiance entre les acteurs nationaux.
Face à cette réalité, l’amnistie apparaît comme un outil pragmatique. Elle permettrait de rassurer les détenteurs du pouvoir, souvent réticents à toute transition par crainte de représailles, tout en offrant aux opposants un cadre sécurisé pour participer pleinement à la vie politique. “L’objectif n’est pas d’effacer le passé, mais de créer les conditions d’un avenir partagé” a précisé Dr Kate.
Dr Kate s’appuie sur un précédent régional : celui du Bénin, où, sous la présidence de Mathieu Kérékou, une transition politique inclusive a permis d’éviter des violences majeures et de poser les bases d’une démocratie relativement stable. Ce modèle, fondé sur le compromis et l’intégration des différentes forces politiques, pourrait, selon lui, inspirer une solution togolaise.
“Les acteurs politiques Togolais devraient dépasser leurs intérêts immédiats pour s’engager dans une cogestion du pouvoir, négociée avec les gages politiques en amont et l’amnistie générale,” précisa Dr Kate.
Au-delà des divergences, une évidence s’impose : le statu quo ne semble plus tenable. Entre aspirations démocratiques, défis économiques et attentes sociales croissantes, “le Togo se trouve à un tournant de son histoire. L’idée d’une amnistie, qu’on la soutienne ou qu’on la critique, a le mérite de poser une question essentielle : celle du courage politique nécessaire pour réinventer le vivre-ensemble et aboutir au deal politique historique comme celui du Cap en Afrique du Sud ou celui d’Arusha pour le Rwanda” rappelle Dr Kate.
Plus qu’un simple outil juridique, la loi d’amnistie pourrait devenir, si elle est bien pensée et accompagnée de garanties solides, le symbole d’un nouveau contrat social. Un pari risqué, certes, mais peut-être indispensable pour construire un Togo apaisé, uni et résolument tourné vers l’avenir.

