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Le Togolais Sogoyou Kéguéwé à l’IPN : Une nomination qui insulte la mémoire des pères fondateurs

Togo and Burkina Faso flags. Vector illustration.

L’hebdomadaire togolais «La Dépêche», dans sa parution du mercredi 25 mars 2026 nous rappelle que Monsieur Sogoyou Kéguéwé fut ambassadeur du Togo en Allemagne. Qu’il est diplômé de l’Institut Supérieur de Presse de l’Entente (ISPE), et qu´il serait de la même promotion que notre aîné, directeur de publication dudit hebdomadaire. La rédaction du journal n’a pas oublié d’ajouter que Sogoyou Kéguéwé aurait une culture encyclopédique. Des qualités que nous ne dénions pas à notre compatriote et dont la nomination par le président du Burkina-Faso, Ibrahim Traoré, comme membre du Conseil d’Orientation de l’Institut des Peuples-noirs Farafina (IPN Farafina), avec d’autres activistes du panafricanisme au profil relativement controversé, aurait été une bonne chose et nous aurait honorés, si Monsieur Sogoyou n’avait pas un passé et un présent qui interrogent et qui lui collent à la peau, quant à la désastreuse situation politique de notre pays.

En effet, si aujourd´hui les Togolais connaissent le statu quo qui est synonyme d’échec de la lutte pour la démocratie et l’alternance, malgré trois décennies de lutte; si l´immobilisme politique et le maintien d’un seul régime, de père en fils, depuis plus d’un demi-siècle, avec toutes les souffrances du peuple et toutes les violations qui en découlent, sont le quotidien des citoyens et des citoyennes togolais, et qu’il existe une minorité de Togolais qui s’en réjouissent et en profitent, Sogoyou Kéguéwé fait bien partie de cette minorité-là.


Monsieur Sogoyou Kéguéwé appartient bel et bien à cette race de Togolais qui aujourd’hui jubilent en disant: «nous avons réussi, notre combat a porté ses fruits. Éyadéma est mort au pouvoir et son fils Faure Gnassingbé lui a succédé et se maintient toujours…» Et pour cause, le combat de Monsieur Sogoyou et de ses semblables, depuis le début de la lutte pour la démocratisation au Togo, à l´orée des années 1990, avait consisté, en hésitant pas à surfer sur la fibre tribaliste, à s´opposer de toutes de leurs forces, pour que le processus de démocratisation échoue et que le régime Gnassingbé reste au pouvoir vaille que vaille. C´est pourquoi notre choix du mot «activiste» dans le titre de l´article n´est pas fortuit. En effet, si aujourd´hui Monsieur le «beau parleur» s´égosille sur la chaîne de propangande New World TV de Faure Gnassingbé, en alignant monologues sur monologues, insultant des chefs d´état de la sous-région, de la France et s´en prenant violemment aux occidentaux, le présentateur se contentant de sourire, sans aucune contradiction; il est clair qu´un tel comportement n´a plus rien à voir avec du journalisme, et surtout pas avec un quelconque panafricanisme. On voit donc très bien qu´il y a longtemps que Monsieur Sogoyou Kéguéwé a cessé d´être journaliste pour devenir un vulgaire activiste au profit du régime togolais, vomi par le peuple, incarné aujourd´hui par Faure Gnassingbé.


Journaliste, nous l´avons personnellement connu à Radio-Kara dans la deuxième moitié des années ´80, avant qu´il ne devînt plus tard un activiste du régime RPT pour s´opposer à la démocratisation au début des années ´90. Pendant et après la conférence nationale, tenue en juillet et août 1991, les activistes pro-Éyadéma et pro-RPT dont Sogoyou Kéguéwé était l’un des plus actifs, avaient fait de la ville de Kara et de la préfecture de la Kozah un état dans un état, interdit aux activités des partis politiques de l’opposition. Voici un extrait de ce que nous publiions sur le même sujet le 23 août 2023 dans le journal «Liberté»: «…Qui a oublié cette époque où Monsieur Akrima Kogoé, ancien directeur-adjoint à l’enseignement du troisième dégré, plus tard directeur général à la SALT, que nous avons également bien connu, s’était autoproclamé préfet de la Kozah, après que la préfet, Madame Gazaro Wêrê, nommée par le premier gouvernement de transition du premier ministre Joseph Kokou Koffigoh, fût renvoyée sur son instigation et sur celle d’un certain Sogoyou Kéguéwé?… En 1991, après la conférence nationale et en notre qualité de reporter à la TVT, nous eûmes le privilège d’accompagner, avec notre équipe, la délégation du Haut Conseil de la République (HCR), parlement de transition, pour une tournée de sensibilisation dans le nord du pays. Si la délégation n’eut aucun problème pour tenir ses meetings à Sokodé, Bafilo, Mango, Dapaong et Cinkassé…, il ne fut pas possible pour les Hauts Conseillers de la République de délivrer leur message du renouveau démocratique aux populations de Kara. L’ancien journaliste à Radio-Kara, le chef-activiste pro-RPT et pro-Éyadéma, Monsieur Sogoyou Kéguéwé et ses miliciens y veillaient au grain. »
Voilà la petite histoire qui rappelle les faits d´armes pas très élogieux de Monsieur Sogoyou Kéguéwé qui se prend aujourd´hui pour le plus grand panafricaniste de notre siècle, alors qu´il est le premier à savoir en son for intérieur qu´il ne fait que bluffer. Non, Sogoyou Kéguéwé, vu son activisme passé et présent au profit du régime de dictature des Gnassingbé, est très loin d´être un démocrate, et moins encore un panafricaniste. C´est pourquoi nous n´hésitons pas à le classer parmi les responsables des cellulles dormantes des miliciens du RPT-UNIR, prêtes à en découdre avec leurs concitoyens au cas où. Ce jeu malsain de Monsieur Sogoyou est malheureusement favorisé par l´ignorance et la naïveté de certains Togolais, surtout de la nouvelle génération, qui se laissent emporter par une émotion démesurée, en tombant facilement sous le charme d´un populisme véhiculé par des personnes sans scrupules comme Sogoyou Kéguéwé. Il est vrai que beaucoup d´eau a coulé sous les ponts depuis le début de la démocratisation jusqu´à nos jours et que certains de ces activistes pro Éyadéma et aujourd´hui pro-Faure Gnassingbé, qui ont du sang de leurs compatriotes sur les mains, comptent sur l´oubli, et surtout sur l´engouement souvent peu réfléchi de beaucoup, pour le supposé panafricanisme, pour croire tromper l´opinion et se faire une nouvelle peau de démocrates et de panafricanistes qu´ils ne méritent pas.
Il est aussi vrai que les conseillers du président burkinabè, Ibrahim Traoré, ou le président lui-même, en décidant de nommer le Togolais Sogoyou Kéguéwé au Conseil d’Orientation de l’Institut des Peuples-noirs Farafina (IPN Farafina), n´a pas vraiment pris son temps pour enquêter sur le passé de l´homme dans son pays d´origine. Ceux qui accusent et critiquent les dirigeants des trois pays de l´AES et surtout Ibrahim Traoré particulièrement, pour leur attitude populiste, très loin des vraies intentions des pères fondateurs du panafricanisme, ne risquent-ils pas d´avoir raison? Beaucoup soupçonnent déjà Faure Gnassingbé, après avoir livré le «colis Damiba» à Ibrahim Traoré, d´avoir exigé le retour de l´ascensceur en faisant nommer son «vuvuzéla panafricaniste» qui malheureusement traîne de vieilles casseroles comme Faure Gnassingbé lui-même. Un lourd passif qui risque de précipiter, si on n´y prend garde, le rythme de la folklorisation du panafricanisme qui n´aurait plus rien à voir avec les souverains peuples d´Afrique. Patrice Lumumba, Kwame N´Krumah, Sylvanius Olympio, Thomas Sankara… et tous les autres pourraient se retourner dans leurs tombes.


Samari Tchadjobo

Allemagne

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