Ce weekend à Lomé, le ridicule a encore frappé. Sans couteau, certes, mais avec le même effet. Un ministre reconnaît publiquement avoir lu un discours que son homologue togolais lui avait imposé. L’autre, lui, sourit à pleines dents. C’est lui l’auteur.
On aura tout vu dans ce rectangle de 56 600 km².
Ce weekend s’est tenue à Lomé la Réunion de Haut Niveau sur la Nouvelle Stratégie du Togo pour le Sahel (2026-2028), placée sous l’initiative du Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé. La rencontre a réuni une délégation ministérielle africaine de premier rang : Abdoulaye Diop, ministre malien des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, son homologue burkinabè, et Bakary Yaou Sangaré, ministre nigérien des Affaires étrangères.
Une feuille de route sahélienne en bonne et due forme
L’objectif affiché était clair : élaborer une nouvelle stratégie nationale du Togo pour le Sahel, couvrant la période 2026-2028. Une feuille de route articulée autour du dialogue politique, du renforcement des relations bilatérales, de la coopération sécuritaire contre le terrorisme, de l’intégration économique et de la diplomatie multilatérale. Le régime se targue d’un document qui « confirme le positionnement du Togo en faveur de la paix, de la stabilité et du renforcement de la coopération régionale ». Les partenaires internationaux ont confirmé leur soutien. Les pays de l’Alliance des États du Sahel ont réaffirmé la nature stratégique de leurs relations avec Lomé. Beau tableau, belle mise en scène.
Mais derrière le rideau
C’est beau, tout ça. Sauf qu’un rideau, ça se lève. Et cette fois, c’est le ministre nigérien Bakary Yaou Sangaré qui a involontairement tiré la corde.
Dans une vidéo qui circule depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, suscitant l’indignation de plus d’un, on voit le chef de la diplomatie nigérienne peiner visiblement à lire son discours devant l’assistance. Il balbutie, hésite, perd le fil. Puis, dans un aveu aussi rare que désarmant, il lâche depuis le pupitre : « Je voudrais dire merci au frère Robert, parce que juste avant mon allocution, il m’a fait des remarques qui m’ont obligé à perturber la consistance et le contenu de mon allocution. Ce que je viens de lire, c’est un discours qui m’a été imposé par le ministre des Affaires étrangères du Togo. Vous l’avez compris à travers ma lecture que ce ne sont pas mes propos. Je n’ai fait que lire. J’ai découvert le contenu en même temps que vous. C’est lui qui l’a rédigé. »
La salle accuse le choc. Un malaise palpable s’installe. Et dans le champ de la caméra, on aperçoit le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, qui rit, franchement, généreusement. Comme un ghostwriter qui assiste, depuis le premier rang, à la déroute de son client.
La marionnette et le marionnettiste
Cet épisode en dit long. Il révèle, avec une clarté que même les communiqués officiels ne sauraient obscurcir, le rôle de marionnettiste que le régime togolais entend jouer dans sa quête de légitimité internationale via l’AES. Faire venir les ministres des capitales sahéliennes, leur glisser le discours dans la poche et les regarder lire, c’est une forme de diplomatie, sans doute. Mais c’est surtout une forme de condescendance qui, ce weekend à Lomé, a eu le mauvais goût de se voir.
Le ridicule, décidément, n’a pas besoin de couteau. Il se débrouille très bien tout seul au Togo.

