En présentant son tableau 2026 des ingénieurs agréés, l’Ordre National des Ingénieurs du Togo franchit une étape dans la régulation d’une profession longtemps exercée dans le flou juridique.
C’est un signal fort envoyé au monde des affaires et aux pouvoirs publics. Vendredi dernier à Lomé, l’Ordre National des Ingénieurs du Togo (ONIT) a tenu une conférence de presse pour présenter son tableau 2026 des ingénieurs autorisés à exercer sur le territoire national. Une publication dont la liste définitive est attendue pour le 20 mai, et qui, pour la première fois, prend toute sa dimension légale et institutionnelle.
La loi, enfin appliquée
Depuis l’entrée en vigueur en 2020 de la loi réglementant l’exercice de la profession d’ingénieur au Togo, le cadre juridique existe. Mais sa mise en œuvre effective a tardé. L’ONIT, qui regroupe plus de 400 ingénieurs régulièrement inscrits, entend désormais changer la donne.
« L’exercice a consisté à demander aux ingénieurs qui disposent déjà d’un agrément de s’inscrire sur ce tableau, conformément aux conditions fixées par l’Ordre, notamment les cotisations annuelles », a expliqué Marius Bagny, vice-président de l’ONIT.
Le message est sans ambiguïté : sans inscription au tableau, point d’exercice légal. « Lorsqu’on n’est pas sur le tableau, on ne peut pas exercer la profession d’ingénieur au Togo. Et donc si on se permet de l’exercer, on va se retrouver en exercice illégal d’une profession qui est réglementée par une loi togolaise », a martelé Marius Bagny.




La loi ne s’arrête pas à l’ingénieur lui-même. Elle frappe aussi les employeurs : toute entreprise ou institution qui recourt aux services d’un ingénieur non inscrit s’expose à des sanctions prévues aux articles 46, 47 et 48 du texte, ce dernier renvoyant directement au code pénal togolais.
Un tableau encore ouvert
La liste définitive n’était pas totalement arrêtée au moment de la conférence. Plusieurs ingénieurs, dont des Togolais de la diaspora et des professionnels étrangers, continuaient de soumettre leurs dossiers. « Nous voulons nous assurer que nous avons pris en compte le maximum d’ingénieurs togolais et aussi d’ingénieurs étrangers qui désirent exercer dans les conditions définies par la loi », a précisé Marius Bagny.
Le tableau couvre vingt spécialités, du génie civil au génie informatique, en passant par l’hydraulique, l’électronique ou l’aéronautique, et exige un niveau master (Bac+5), plus de trois ans d’expérience et un agrément délivré par l’ONIT.
Le cri du cœur : préférence nationale
Au-delà de la régulation, c’est un plaidoyer plus profond que porte l’ONIT. « Les ingénieurs togolais sont trop dans le back-office et on ne les affiche que très rarement. Mais en réalité, ce sont eux qui font le travail. Et dramatiquement, ils interviennent comme des sapeurs-pompiers. C’est quand tout se gâte qu’on dit : est-ce qu’il y a des ingénieurs dans le pays ? » a lancé Marius Bagny, avec une franchise qui a visiblement marqué l’assistance.
L’appel s’adresse autant aux pouvoirs publics qu’aux entreprises privées et aux particuliers : associer les ingénieurs togolais dès la phase de conception des projets, et non en dernier recours. « Nous voulons faire jouer la préférence nationale », a-t-il insisté.
Une institution qui se structure
L’ONIT dispose désormais d’un code de déontologie pris par décret, d’un conseil de discipline et d’un arsenal juridique pour sanctionner les manquements professionnels. L’institution, présidée par Dammipi Noupokou, offre également à ses membres des avantages concrets : visibilité professionnelle, protection institutionnelle et accès à la formation continue.
Dans un pays où les grands chantiers d’infrastructure se multiplient, la question de qui conçoit, construit et supervise n’est pas anodine. En s’imposant dans le débat public, l’ONIT envoie un message que le secteur attendait depuis longtemps : l’ingénierie togolaise existe, elle est compétente, et elle entend désormais être pleinement reconnue comme telle.
