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Faure Gnassingbé face au poids d’un héritage

Au Togo, il y a comme un paradoxe permanant: en même temps qu’il faut reconnaître que des réalisations ont été faites durant les vingt années de pouvoir de Faure Gnassingbé,  en même temps, il faut se rendre à l’évidence qu’une large partie de l’opinion affirme que « Faure n’a rien fait ».

En effet, objectivement, tout n’est quand même pas resté immobile. Des routes ont été construites, élargies ou modernisées à Agoè, Kpalimé, Atakpamé et dans plusieurs autres localités du pays. La décentralisation, longtemps annoncée, a fini par devenir effective, même si elle demeure incomplète et confrontée à de nombreuses insuffisances.

Cette formule, répétée avec force dans les discussions, mérite qu’on s’y attarde, pour comprendre le sens profond de ce rejet.

L’Office Togolais des Recettes (OTR) a été créé afin de moderniser la collecte fiscale et améliorer la mobilisation des ressources publiques, même si son fonctionnement suscite encore critiques et frustrations.
Sur le plan diplomatique également, Faure Gnassingbé a souvent réussi à donner au Togo une visibilité régionale certaine.

Pourtant, malgré ces réalisations, le pouvoir peine à obtenir reconnaissance et adhésion populaires. Pourquoi ?
La réponse semble dépasser la simple question du bilan matériel. Ce que beaucoup de Togolais rejettent aujourd’hui, ce n’est pas uniquement l’action de Faure Gnassingbé, c’est ce que son pouvoir représente dans l’imaginaire collectif, c’est-à-dire la continuité du système RPT et du long règne du général Eyadema.

Depuis des décennies, les Togolais vivent dans un environnement politique marqué par la concentration du pouvoir, le culte du chef, les arrestations ou meurtres d’opposants, les discours excessivement élogieux envers le dirigeant, et la mise en scène monarchique du pouvoir. Cette culture politique a fini par produire une fatigue profonde au sein de la population, notamment chez les jeunes générations qui regardent sur Internet ce qui se passe ailleurs et aspirent plutôt à une gouvernance moderne, des institutions fortes, de véritables contre-pouvoirs, l’alternance démocratique et des dirigeants démythifiés, soumis au contrôle citoyen.

Or, malgré quelques réformes, UNIR reste l’héritier direct des méthodes du RPT. Dans son fonctionnement, dans son rapport à l’État et dans sa manière d’exercer l’autorité, le parti donne l’impression de perpétuer un système qui veut la loyauté au chef et non l’esprit républicain. Dès lors, chaque réalisation du pouvoir est systématiquement relativisée, minimisée ou rejetée en bloc.

C’est ainsi qu’est née la nostalgie autour de Sylvanus Olympio, premier président du Togo assassiné en 1963. Beaucoup de Togolais idéalisent aujourd’hui ce dirigeant qu’ils n’ont pourtant jamais connu. Cette nostalgie n’est pas seulement historique, elle est surtout le désir d’obtenir un autre destin politique pour le pays, obtenir une rupture avec les pratiques anciennes et un État plus démocratique.

Dès lors, une question fondamentale se pose : Faure Gnassingbé peut-il encore opérer une rupture claire et crédible avec le RPT dont il est issu ? Peut-il réellement incarner un nouveau départ après vingt années passées à la tête du pouvoir ? En d’autres termes, peut-on naître politiquement à vingt ans ?

C’est là le véritable défi de son pouvoir. Il ne s’agit pas de construire des routes ou multiplier les projets, mais convaincre qu’un autre rapport au pouvoir est possible. Les infrastructures comptent, mais les peuples jugent aussi et surtout la manière dont ils sont gouvernés, écoutés et respectés.

Et sur ce terrain-là, le chantier togolais de Faure reste immense et peut-être même intact.

Par N’djo

Source : Journalsika’a

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