Depuis le 18 mai 2026, le Togo a ouvert ses frontières à tous les ressortissants africains sans visa, annonce faite en grande pompe en marge du forum Biashara Africa à Lomé. L’initiative est présentée comme une « étape historique » de l’intégration continentale. Mais au-delà des applaudissements protocolaires, une question simple et légitime taraude les esprits : en quoi cette décision avantage-t-elle concrètement le Togolais ordinaire ?
La mise en scène continentale
Il faut reconnaître au régime de Faure Gnassingbé un talent certain pour les grandes messes diplomatiques. Lomé accueille régulièrement forums, sommets et conférences africaines, qui remplissent une fonction précise : projeter vers l’extérieur l’image d’un Togo ouvert et moderne, et surtout en “paix”, pendant que l’intérieur raconte une tout autre histoire. Le forum Biashara Africa n’est pas qu’un événement économique. C’est une opération de communication politique dans un contexte fragilisé par l’adoption d’une constitution controversée ayant fait basculer le pays dans ce qu’un ancien ministre du régime qualifie de césarisme parlementaire (sic). Quand on ne gouverne plus pour les siens, on gouverne pour la galerie.
Les Togolais en première ligne des effets pervers
L’ancien député Gerry Taama posait la question crûment sur sa page Facebook : « Qui a envie de venir dans un pays où tout le monde cherche à partir ? Électricité, chère et rare. Gaz, cher. Internet, cher. Routes, mauvaises. Il faut que l’attractivité accompagne l’accessibilité. » Le Togo suit le mouvement du Bénin, du Rwanda, de la Gambie et bientôt du Ghana. Mais ces pays ont accompagné leur ouverture d’un effort réel sur les infrastructures. Le Togo, lui, ouvre la porte d’une maison dont la toiture fuit et dont les habitants font leurs valises.
Dans un marché intérieur déjà écrasé par la concurrence des produits importés et le faible pouvoir d’achat des ménages, faciliter l’installation de commerçants étrangers mieux capitalisés sans mesures de protection pour les nationaux revient à jeter des requins dans un bassin déjà surpeuplé.
Ouvrir sans protéger
Un État responsable qui ouvre ses frontières pense simultanément à protéger ses acteurs économiques locaux. Rien dans cette annonce ne laisse entrevoir une telle démarche : pas de fonds d’appui aux entrepreneurs locaux, pas d’allègement fiscal pour les petites unités productives, pas de mécanisme de préférence nationale.
Le Togo s’est ouvert à l’Afrique. C’est bien. Mais tant que cette ouverture ne sera pas doublée d’une politique économique qui place le Togolais au centre, elle restera ce qu’elle est aujourd’hui : une belle décision pour les autres, financée par la patience d’un peuple qui attend encore son tour.
