Le Togo risque un décrochage progressif si les réformes tardent et que les mêmes pratiques persistent. Le renouvellement des élites, l’amélioration de la gouvernance et une gestion publique efficace sont nécessaires pour l’avenir.
Le Togo face au danger de l’immobilisme
Par N’djo
Les nations ne tombent pas toujours de manière spectaculaire dans le déclin. Souvent, elles s’enfoncent progressivement dans des pratiques qui finissent par étouffer leurs potentiels, leurs capacités. Et c’est là que vient le déclin, brusquement.
C’est pourquoi les comparaisons avec les pays voisins doivent être observées avec attention, non pas dans un esprit de rivalité, mais comme un exercice de lucidité.
Au cours des dernières années, plusieurs pays de la sous-région ont entrepris des réformes visant à améliorer la gestion des finances publiques et à renforcer l’efficacité de l’action gouvernementale. Le débat sur la qualité de la gouvernance, la maîtrise des dépenses publiques et la responsabilité des dirigeants y occupe une place de plus en plus importante.
Mais au Togo, la question demeure : avons-nous réellement engagé les transformations nécessaires pour préparer l’avenir ? Le constat est préoccupant. Depuis des décennies, les mêmes personnes occupent les postes stratégiques de l’État. Les responsables passent d’un ministère à un autre, d’une présidence d’institution à une préfecture, d’une société publique à une ambassade, puis reviennent à d’autres fonctions de premier plan. Cette circulation permanente des mêmes acteurs crée un système fermé sur lui-même.
Le problème n’est pas seulement une question de personnes, il s’agit avant tout d’un problème de gouvernance. Lorsqu’un nombre limité d’individus conserve durablement le contrôle des principaux leviers administratifs, les mécanismes de contrôle, d’évaluation et de remise en question s’affaiblissent forcément. L’innovation recule, les nouvelles compétences sont étouffées, la culture de la responsabilité et de l’excellence finit par cesser d’exister.
Certains me diront que le Togo continue de fonctionner et que les écarts avec les voisins ne sont pas alarmants. C’est vrai. Mais l’histoire montre que c’est SOUDAINEMENT que les retards accumulés pendant de longues années deviennent visibles et hautement préjudiciables. Les mauvaises gouvernances produisent rarement leurs effets du jour au lendemain ; elles agissent lentement avant de se traduire par des écarts importants en matière de prospérité et de niveau de vie.
Le véritable risque pour le Togo n’est donc pas seulement la stagnation, c’est la chute, le décrochage. Un décrochage qui pourrait survenir brusquement si d’autres pays de la sous-région poursuivent leurs réformes tandis que nous restons prisonniers des mêmes méthodes et des mêmes réflexes primitifs. Dans un tel scénario, le coût serait supporté non par les dirigeants, mais par les citoyens. Il va y avoir davantage de pauvreté, moins d’opportunités pour les jeunes et une dépendance accrue vis-à-vis des étrangers.
Aimer son pays, ce n’est pas applaudir systématiquement tout ce qui est fait en son nom. Aimer son pays, c’est aussi avoir le courage d’identifier les erreurs, de dénoncer les blocages et d’exiger des changements lorsque l’intérêt général l’impose. La loyauté envers une nation ne consiste pas à défendre le statu quo, mais à préparer un avenir meilleur.
C’est pourquoi la perspective d’une chute du Togo devrait nous préoccuper collectivement. Elle devrait nous pousser à réfléchir à la qualité de nos institutions, à la gestion de nos ressources publiques et à la nécessité d’un renouvellement des élites administratives et politiques. Les pays qui progressent sont ceux qui savent se remettre en question avant que les difficultés ne deviennent insurmontables.
Il est encore temps de corriger la trajectoire. Mais le temps est une ressource qu’aucune nation ne peut se permettre de gaspiller.
Source : Sikaajournal
