Parc informatique vieillissant, systèmes d’exploitation obsolètes, antivirus absents sur de nombreuses machines, mots de passe simples et réutilisés d’un compte à un autre : le Togo cumule les vulnérabilités structurelles face à une menace qui ne cesse de croître. Selon Gbota Gwaliba, directeur général de l’Agence nationale de la cybersécurité (ANCy), le pays a traité plus de 333 000 incidents de cybersécurité entre 2021 et 2024.
Si la majorité de ces incidents restent de faible intensité, leur progression rapide inquiète les autorités. La numérisation accélérée de l’économie togolaise, portée par l’explosion du mobile banking et du commerce en ligne, ouvre de nouvelles surfaces d’attaque que les cybercriminels exploitent avec une sophistication croissante. Au-delà des dégâts techniques, c’est souvent la réputation des victimes qui en pâtit durablement. « Une fois que vous avez subi une cyberattaque, même si on arrive à restaurer le système d’information, la réputation reste entachée et il est très difficile de s’en relever », souligne Gbota Gwaliba.
C’est ce constat alarmant qui a poussé l’ANCy à intensifier ses actions de sensibilisation, notamment en direction des professionnels des médias, particulièrement exposés et stratégiques dans la diffusion des bons réflexes. Du 16 au 18 juin, l’agence, en partenariat avec Cyber Defense Africa (CDA) et l’Observatoire togolais des médias (OTM), a réuni à Kpalimé une trentaine de journalistes pour une session de renforcement des capacités en cybersécurité et hygiène numérique. L’objectif : leur permettre d’échapper eux-mêmes aux pièges des cybercriminels, mais aussi de devenir des relais auprès du grand public.
À l’ouverture des travaux, Sylvestre Didemana, directeur de la Réglementation et du Contrôle à l’ANCy, a résumé l’enjeu : un journaliste formé à la cybersécurité peut contribuer puissamment à la résilience numérique de toute une société. Pendant trois jours, les participants ont été initiés au paysage des menaces visant les médias, à la sécurisation de leur messagerie et de leurs réseaux sociaux, ainsi qu’à la détection des fake news et des deepfakes. Des exercices pratiques, animés notamment par Komlan Tchalla et Ramsès Dagban, leur ont montré concrètement comment les cybercriminels volent des mots de passe ou piègent leurs victimes via le mobile money.
Pour l’ANCy, le message dépasse largement le cercle des médias : mettre à jour ses logiciels, utiliser des mots de passe complexes et différents pour chaque service, activer la double authentification, se méfier des liens suspects et sauvegarder régulièrement ses données restent des gestes simples, mais qui permettraient d’écarter la grande majorité des menaces courantes pesant sur les citoyens togolais.
