Un convoi de blindés russes a emprunté pour la première fois la route entre Lomé et Bamako, en passant par le Burkina Faso. Africa Corps trouve ainsi une alternative au refus de la Guinée d’accueillir un cargo sous sanctions.
D’ici quelques heures, une importante livraison de nouveaux équipements militaires russes arrivera à Bamako. Selon les informations de Jeune Afrique, ce 23 juillet en début d’après- midi, des dizaines de véhicules blindés et de camions de transport ont franchi la frontière au niveau du poste de Doulai Diassa, sur la nationale 8 qui relie le Burkina Faso au Mali. Ce convoi vient d’effectuer un trajet périlleux de plus de 1 400 kilomètres, traversant le Togo sous bonne escorte, avant de rallier les axes routiers du sud du Burkina Faso où les attaques de groupes jihadistes sont fréquentes.
C’est la première fois que l’unité paramilitaire russe Africa Corps emprunte cet itinéraire pour transporter du matériel, habituellement acheminé par le corridor guinéen, vers le Sahel. Un choix qui surprend tant il double pratiquement la distance parcourue, passant de 1 000 kilomètres (Conakry-Bamako) à près de 1 838 kilomètres (Lomé-Bamako).
Blindés Tigr et canons antiaériens
L’ouverture de ce nouveau corridor s’explique d’abord par le refus des autorités guinéennes d’accueillir le cargo russe sous sanctions Mikhail- Britnev, en provenance du port de Baltiysk, dans la Baltique. Le navire a dû se dérouter vers le Togo où il a accosté dans le port de Lomé, le 9 juillet. Déchargée à quai, sa cargaison comprend trois blindés de type BMP-2, huit blindés de type BMP-3, quatorze véhicules résistants aux mines de type Tigr, quatre transports de troupes BTR-82, deux canons antiaériens, ainsi qu’une vingtaine de camions et de motos.
Le convoi s’est alors mis en route sur la nationale 1 en direction du nord du Togo, via Kara et Niamtougou, avant de franchir la frontière burkinabè au niveau de Cinkansé. Sur tout le trajet togolais, il a été escorté par un contingent de paramilitaires russes de l’Africa Corps dépêché depuis le Mali et arrivé à Lomé le 10 juillet – soit le lendemain de l’accostage du Mikhail-Britnev. Sur leur portion du parcours, les forces armées burkinabè ont sécurisé la route pour prévenir tout risque d’attaque ; elles ont passé le relais aux Forces armées maliennes (Fama) quand le convoi a franchi la frontière en direction de Sikasso. Une escorte aérienne russe est prévue sur le dernier tronçon, afin d’empêcher toute embuscade jihadiste avant l’arrivée dans la capitale.
Avant son arrivée à la frontière, des observateurs ont pu filmer une partie du convoi confirmant la présence de nombreux blindés. Ce matériel devrait renforcer les emprises de l’Africa Corps au Mali: ce type de véhicule est en effet généralement affecté à la défense de positions stratégiques et à la dissuasion, plutôt qu’à la traque de terroristes dans le désert. Ce renforcement des capacités intervient après les attaques du 25 avril, lorsque les jihadistes du Jnim allié aux rebelles du FLA ont coordonné des offensives simultanées contre sept villes maliennes une opération qui avait débouché sur la reprise de Kidal par les rebelles et sur la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, tué dans l’attentat visant son domicile à Kati.
Au Togo, l’affaire suscite des remous. Le transit de blindés et de paramilitaires russes sur le territoire national a provoqué de vives réactions dans l’opposition, qui réclame l’ouverture d’un débat public sur la présence de ces forces étrangères en sol togolais. Plusieurs formations politiques dénoncent l’absence de communication officielle sur cette coopération logistique avec Moscou, posant la question du contrôle parlementaire et citoyen sur un dossier qui touche directement à la sécurité et à la souveraineté du pays.
IciLome avec Jeune Afrique

