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Togo- « Charniérisme », trahisons, mangeoire : ce que révèle vraiment l’opposition togolaise

Dans cette tribune, intitulée: « L’opposition démocratique entre conflit et compromission », l’intellectuel togolais Ayayi Togoata Apédo-Amah revient sur une question qui lui est souvent posée dans la rue : l’opposition démocratique togolaise a-t-elle disparu, noyée sous les compromissions ? Il en profite pour distinguer, avec rigueur, la véritable résistance de la trahison déguisée en neutralité.

L’opposition démocratique entre conflit et compromission 

Il m’est arrivé à plusieurs reprises d’être interpellé par des groupes de jeunes gens et, parfois, leurs parents. À l’occasion, je suis pratiquement sommé de m’expliquer sur la crise politique togolaise en partageant mes analyses sur la situation de l’opposition démocratique qui aurait disparu ou n’existerait plus, ne laissant plus que des vendus et des traîtres sur l’échiquier politique, selon mes interlocuteurs.

Les défaites successives des fronts de l’opposition démocratique et le confusionnisme ont vite fait de semer le doute et l’amalgame. Tous ne sont pas pourris. Heureusement.

L’amalgame est conforté par l’imprécision du vocabulaire à travers une pratique sociale suscitée par les réseaux sociaux, les politiciens au pouvoir et leurs complices “opposants”. Faire dire à un mot deux ou plusieurs sens contraires dans un contexte précis, est une manipulation méprisable, une escroquerie politique.

L’enjeu consiste à restituer aux mots leur vrai sens pour une communication honnête et intelligible. Il ne s’agit pas d’un détail, car les Togolais ont assisté dans ce pays à des comédies pitoyables d’individus sans honneur et de partis opportunistes ayant rejoint la mangeoire du gouvernement dictatorial RPT, et parfois avec un premier ministre, et qui continuaient à se revendiquer malhonnêtement de l’opposition démocratique. Toute opposition politique se détermine par rapport aux partis au pouvoir. Comment peut-on être et ne pas être tout à la fois ? Un adage guin dit :”wo mu tona gba benon o.” (On ne répond pas présent tout en se cachant.) Certains ont même inintelligemment eu recours au néologisme aberrant de “partis charnières” au sein d’une dictature militaire liberticide. Être neutre dans une tyrannie, est une complicité avec la tyrannie, une compromission. La science politique dans ses concepts, comprend-elle le mot “charniérisme” dans une dictature ? C’est complètement débile.

Qu’est-ce qu’une compromission ? C’est le renoncement à ses valeurs pour obtenir des gains de toute nature auprès de ceux que l’on combat. C’est une trahison, de l’opportunisme, un manque de conviction. Les valeurs dont il est question ici, sont celles de la démocratie, des droits de l’homme, de la liberté, du progrès et de la défense du peuple opprimé et exploité.

L’opposition démocratique se compose des partis et des individus qui ont choisi l’affrontement avec le régime tyrannique. Face à la compromission et la trahison, leur attitude est la résistance. Ils constituent un front du refus dont le leitmotiv est le mot NON. Non à tout ce qui peut permettre au régime de gagner du temps et de se consolider avant sa fin inéluctable. On ne dîne pas avec le Diable, dit-on.

Quand certains de mes interlocuteurs commencent à voir clair, ils me citent des noms de partis et d’individus politiques et de la société civile qu’ils qualifient de traîtres, de pourritures. Après m’avoir débité une longue liste de traîtres, je suis sommé de confirmer. Je refuse cette sommation, notamment la confirmation de milliards de francs reçus par tel ou tel. Je n’ai pas été témoin de ces transactions corruptrices pour confirmer.

Quelle est la leçon à tirer de ces rencontres informelles ? Il est question que mes interlocuteurs comprennent le vrai sens des mots et sachent que la lutte de libération du peuple togolais s’organise autour de valeurs et non d’individus. Choses qui ne sont pas toujours comprises, lorsque, par exemple, on me déclare la renonciation à la lutte à cause de tel ou tel leader félon de l’opposition démocratique. Je leur dit qu’ils sont dans l’erreur, car la lutte n’est pas au service d’un individu ou d’un parti, mais du peuple et de soi. Le rôle des partis consiste à organiser le peuple pour réaliser le changement qu’il souhaite. Je les invite à revoir, chez eux, à tête reposée, leur litanie de supposés traîtres à partir des outils d’analyse que j’ai mis à leur disposition. Combien sont les partis du changement qui procèdent à l’éducation politique de leurs militants pour les prémunir contre le confusionnisme et les mensonges au profit du despotisme ?

Les multiples trahisons de vils énergumènes doivent nous conforter davantage dans nos convictions pour la libération du peuple togolais. Et pour voir clair, il faut apprendre à faire des analyses afin d’échapper aux manipulations et aux tares de l’ignorance, car se cultiver et apprendre sont essentiels à la consolidation de la lutte émancipatrice.

Ayayi Togoata APÉDO-AMAH

One thought on “Togo- « Charniérisme », trahisons, mangeoire : ce que révèle vraiment l’opposition togolaise

  1. Après avoir fait toutes ces analyses, comprenons que refuser d’aller voter c’est voter (c’est supporter) pour ceux que nous combattons et qui nous gouvernent.

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