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Togo-Mayotte : un accord de coopération qui vire à un incident diplomatique

Prof Robert Dussey, chef de la diplomatie togolaise | Photo @DR

Il y avait sans doute de bonnes intentions derrière l’affaire. Le 16 juillet, le Département de Mayotte et la région de la Kara, au Togo, signent une convention de coopération décentralisée : économie, éducation, santé, gouvernance locale, sport, environnement… La panoplie classique de ce genre d’accords entre collectivités qui veulent « échanger des bonnes pratiques ». Sauf qu’à Moroni, la lecture du texte n’a visiblement pas suscité le même enthousiasme.

Dans un communiqué, le ministère comorien des Affaires étrangères a tout simplement rejeté l’accord, jugé contraire au droit international et aux résolutions de l’Union africaine. Verdict sans détour : le Togo est prié de « reconsidérer cette signature malencontreuse en renouant avec les principes du droit international et les valeurs fondamentales de la solidarité panafricaine ». Une phrase qui, sous ses airs de communiqué diplomatique bien élevé, sonne surtout comme une remontrance en règle.

Le problème, en creux, tient en un mot : Mayotte. Département français depuis 2011, l’île reste revendiquée par l’Union des Comores depuis 1975, qui n’a jamais renoncé à sa souveraineté sur ce territoire. Et chaque fois que Mayotte tisse un lien officiel avec un autre pays ou une autre région, Moroni y voit une manière détournée de faire reconnaître, un peu plus, un statut qu’elle conteste depuis un demi-siècle.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que ce genre de partenariat finit sur le bureau des diplomates comoriens. En 2020, c’est un bureau de coopération entre Mayotte et Madagascar, ouvert au sein de l’ambassade de France à Antananarivo, qui avait fait grincer des dents à Moroni. En 2025, un accord entre Mayotte et le Kenya avait suscité la même réprobation. Avec le Togo, c’est donc la troisième mise en garde du genre, copier-coller diplomatique inclus.

Côté togolais, on assume une doctrine bien établie : celle de la « coopération décentralisée », présentée comme un levier pour rapprocher les collectivités et soutenir des projets locaux. Un responsable de la région de la Kara insiste d’ailleurs sur le caractère strictement technique de la démarche : la convention reposerait « avant tout sur une logique de coopération entre collectivités », loin de toute arrière-pensée géopolitique.

Reste que la précision n’aura pas suffi à désamorcer la polémique. Ce qui devait être un accord de coopération discret entre deux collectivités locales s’est retrouvé, en l’espace de quelques jours, au cœur d’un différend diplomatique vieux de cinquante ans. Une preuve, s’il en fallait une, qu’à Mayotte, même une convention sur le sport et l’environnement ne signe jamais tout à fait seule.

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