À Sanguéra, banlieue tranquille du nord-ouest de Lomé, dans la commune Agoè-Nyivé 5, l’entretien se tient loin de l’agitation du centre-ville, dans un cadre presque conspirateur pour parler… d’élections. C’est là, à bâtons rompus, que Régis Marzin a accepté de revenir sur son parcours et sur son prochain livre. T-shirt jaune, chevelure blanche, l’ex-ingénieur en systèmes d’information détonne autant par son allure décontractée que par la rigueur du travail qu’il porte depuis plus de dix ans. Aujourd’hui, journaliste et chercheur indépendant, le Breton s’est donné une mission peu commune : reconstituer, pays par pays et siècle par siècle, l’histoire électorale de tout un continent, de la colonisation jusqu’à nos jours.
Son nouveau livre, à paraître en septembre aux Editions de la Principauté des Baobabs, s’intitule « Afrique de 1792 à 1945 : 150 ans de tâtonnements électoraux sous influence coloniale ». Un projet ambitieux qu’il présente comme le premier ouvrage chronologique de la maison d’édition, couvrant les élections dans 24 pays du continent. De Libéria à l’Egypte, en passant par l’Algérie, Tunisie, Sénégal, Bénin, Togo, l’Afrique du Sud… « L’idée principale au départ, c’est d’étudier à la fois la colonisation et la décolonisation et ce processus de démocratisation », explique-t-il. Son nouveau chef d’œuvre met en lumière des différences marquées entre les méthodes britanniques et françaises pour exclure les populations africaines du droit de vote.
Lire aussi: Interview- Aux Editions de la Principauté des Baobabs, Régis Marzin revisite l’histoire électorale de la Côte d’Ivoire
Le Togo n’est pas en reste dans cette fresque historique. Marzin s’attarde sur un épisode qu’il juge « très intéressant » : en 1922, un nouveau gouverneur, plus progressiste que ses prédécesseurs, entreprend de mettre en place des conseils de notables dans huit villes, de Lomé à Kara. En 1925, une partie de ces conseillers est élue pour la première fois. Des scrutins sans grand impact, reconnaît-il, mais qui marquent malgré tout « un petit début » pour l’histoire électorale du pays.
Ce nouvel ouvrage s’inscrit dans la continuité d’un précédent titre, publié fin 2025 : « Côte d’Ivoire de 1945 à 2025, la démocratie à l’épreuve des urnes », premier volume d’une collection consacrée pays par pays à l’histoire électorale africaine. Marzin y détaille par exemple le rôle méconnu de Félix Houphouët-Boigny, davantage connu pour son rôle dans la Françafrique que pour son influence décisive dans le basculement du multipartisme vers le monopartisme ivoirien dès 1958.
Lire aussi: Togo- Un livre, une mémoire : Lomé se rassemble autour de Mgr Barrigah-Bénissan
Interrogé sur les crises électorales à répétition qui traversent le continent, le chercheur refuse de sortir de son rôle d’observateur. « Ce n’est pas l’historien qui va offrir des solutions sur le futur », tranche-t-il, avant de livrer tout de même un constat marquant : depuis la fin du Printemps arabe, vers 2015-2016, les outils pensés pour accompagner la démocratisation africaine, missions d’observation électorale, fichiers biométriques, se seraient progressivement « neutralisés », perdant en efficacité malgré leur sophistication croissante.
Lire aussi: Au cœur de la première micro-nation du Togo : immersion à la Principauté des Baobabs (Reportage)
Les deux ouvrages de Régis Marzin paraissent aux Editions de la Principauté des Baobabs, maison basée au Mans et adossée à une association française et à la micro-nation du même nom implantée au sud du Togo. Une structure atypique, tournée vers l’Afrique et sa diaspora, qui a également publié en décembre 2025 un livre consacré à Mgr Nicodème Barrigah-Benissan, coédité avec les Editions Saint-Augustin Afrique à Lomé.

