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Aéroport de Lomé : Assez de ce mépris pour le Togo !

Faire de l’avenir commercial d’un aéroport togolais le prétexte d’une leçon de supériorité françaiseest une provocation. La dignité d’un pays ne saurait être tournée en dérision par un commentaire qui confond nationalité et compétence.

Dans une vidéo circulant sur les réseaux sociaux et portant le filigrane @analymonde3, un intervenant commente la possible arrivée de Lagardère dans les activités commerciales de l’aéroport de Lomé. Avec une assurance désarmante, il lance : « Et quoi de plus sérieux qu’un groupe français ? » Le texte affiché à l’écran enfonce le clou : « On finit toujours par appeler les Français ».

Cette condescendance est insupportable. En quelques mots, le sérieux devient une qualité française et le recours à une entreprise étrangère, l’aveu supposé d’une incapacité togolaise. Un projet commercial sert ainsi de prétexte pour prendre tout un pays de haut, avec cette satisfaction déplacée de celui qui croit pouvoir rappeler aux autres leur dépendance.

Le procédé est aussi facile qu’offensant. Il suffit de prononcer le nom d’un groupe français pour tenir sa supériorité pour acquise. Les compétences, les engagements et les résultats passent au second plan : l’origine de l’entreprise suffirait à clore le débat. Une telle prétention mérite une réponse ferme. La compétence n’est le monopole d’aucune nationalité, et le Togo n’a pas à subir cette présomption d’incapacité.

Ce mépris est d’autant plus révoltant qu’il concerne une infrastructure aussi important que l’aéroport international Gnassingbé Eyadéma. Porte d’entrée du pays, cette plateforme engage son image, ses échanges et une part de son activité économique. Les décisions qui touchent à son fonctionnement et à ses activités commerciales méritent davantage que les commentaires triomphants d’un intervenant pressé d’y voir une victoire française.

Pour une infrastructure de cette importance, la mobilisation des compétences nationales devrait constituer une priorité. Il serait aberrant de considérer d’avance que les capacités nécessaires seraient introuvables parmi les Togolais. Les rechercher, les développer et leur permettre d’assumer des responsabilités relève d’une ambition élémentaire pour le pays.

À quel titre les Togolais devraient-ils être considérés comme incapables de prendre toute leur place dans la gestion des activités d’une infrastructure située chez eux ? Cette question mérite mieux que les sous-entendus d’une vidéo. Elle touche à la confiance accordée aux cadres nationaux, à la formation des professionnels et à la volonté de construire une économie dans laquelle les entreprises togolaises peuvent grandir.

La modernisation d’un aéroport doit se traduire par des services de qualité, des emplois, des revenus et des perspectives pour le pays. Elle doit aussi permettre aux compétences nationales de progresser et aux productions locales de trouver des débouchés. C’est à ces résultats que se mesure l’intérêt d’un projet. Le prestige d’une enseigne ne dispense personne d’en rendre compte.

La formule « On finit toujours par appeler les Français » révèle précisément ce qu’il faut contester : cette manière de présenter la dépendance comme une fatalité dont les Togolais devraient se satisfaire. Aucun pays ne construit son avenir en acceptant que ses capacités soient ainsi rabaissées. Et aucune ambition nationale ne peut s’accommoder de l’idée que les responsabilités importantes seraient naturellement destinées à d’autres.

Cette sortie ramène également à une question concrète : où en est réellement le dossier commercial de l’aéroport de Lomé ?

Le 21 octobre 2026, Africa Intelligence présentait Lagardère comme favori pour reprendre la gestion commerciale de la plateforme. Cette perspective appelle des explications précises sur les décisions prises et les intérêts qu’elles doivent servir.

Une concession portant sur les boutiques hors taxes de l’aéroport de Lomé a-t-elle déjà été attribuée à Lagardère Travel Retail ? Si oui, à quelles conditions, au terme de quelle procédure et quelle place a été prévue pour les compétences et les entreprises togolaises ?

Sur un site aussi stratégique, ces questions appellent des réponses publiques. La dignité du Togo mérite le respect. Les choix qui engagent ses intérêts méritent des explications.

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