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De Lomé à la CEDEAO : le pari de régionaliser les acquis du projet RHSP

À Lomé, le premier comité de pilotage régional du projet RHSP a réuni le Bénin, la Guinée et le Togo. Entre bilan chiffré, enjeu de pérennisation et appel à « régionaliser » les acquis, la seconde moitié du projet s’annonce décisive.

Trois secrétaires généraux de ministères de la Santé du Togo, du Bénin et de la Guinée, des directeurs centraux, des experts internationaux et le directeur général de l’Organisation ouest-africaine de la Santé (OOAS), le professeur Vincent Palokinam Pitché, ont siégé ensemble vendredi pour le premier comité de pilotage régional du projet de renforcement des ressources humaines en santé publique (RHSP). Une rencontre organisée au lendemain de la validation des curricula de formation, que le Togo, pays hôte, a clôturée par un message sans détour : un tel projet « ne se pérennise que si les porteurs, et en premier lieu les États, en assument la charge ».

Un projet né de la crise

Financé par l’Agence française de développement (AFD) à hauteur de 4,36 millions d’euros sur 48 mois et mis en œuvre par Expertise France avec l’OOAS, le RHSP est lancé en 2023. Son postulat, rappelé par la responsable du pôle Hôpital-Ressources humaines en santé d’Expertise France : sans professionnels formés et bien gérés, « il n’y a ni système de santé résilient ni réponse efficace aux crises sanitaires ». Ebola et Covid-19 sont passés par là. Le projet avance sur deux jambes : d’un côté, la mise en place de politiques de développement des ressources humaines en santé publique robustes et résilientes, à l’échelle régionale comme nationale ; de l’autre, le renforcement des instituts nationaux de santé publique (INSP), afin qu’ils soient capables de former, gérer et faire évoluer ces ressources. Le tout dans une perspective One Health et d’égalité de genre.

Un taux d’atteinte moyen de 82 %

Sur dix indicateurs, quatre sont atteints à 100 %. Au total, 446 personnes ont été formées ou sensibilisées, dont 35 % de femmes, et chaque pays dispose désormais d’un référentiel de formation et d’un plan d’amélioration de son offre.

Trois pays, trois trajectoires

Au Togo, le défi était ancien. « Depuis 2010, le Togo s’est lancé dans la création d’un institut national de santé publique (INSP). Mais de 2010 jusqu’en 2023, le projet n’a pas pu prospérer », rappelle le directeur du projet, le Dr Dionké Fofana. Les outils de gouvernance de l’institut ont été validés la veille : selon Expertise France, il serait le seul d’Afrique de l’Ouest à disposer de tous ses documents avant même sa naissance, dans l’attente du décret. Par ailleurs, 165 personnes ont été certifiées par l’Institut national d’hygiène.

En Guinée, les documents stratégiques du ministère ont été révisés pour intégrer les ressources humaines en santé publique et l’approche One Health. L’INSP a conçu quatre certificats, forme 40 boursiers sur 80 et a créé une plateforme d’e-learning.

Au Bénin, quatre outils sont en cours de finalisation, dont l’observatoire des ressources humaines en santé et le référentiel des métiers. L’IRSP a lancé un master en santé publique et la formation certifiante e-PILOTES.

Pérenniser : le vrai test

C’est là que s’est cristallisé le message politique. Dans son discours de clôture, le ministre de la Santé, de l’Hygiène publique, de la Couverture sanitaire universelle et des Assurances, Jean-Marie Tessi, a retenu parmi les priorités du relevé de décisions la sécurisation des relais budgétaires nationaux et l’accélération d’un référentiel régional harmonisé des métiers et compétences. Le Togo « s’engage à inscrire progressivement dans ses instruments budgétaires les fonctions que le projet a aidé à structurer ».

Mais le ministre n’a pas éludé le temps long : « Les réformes institutionnelles demandent du temps, souvent plus que la durée d’un projet. » Il plaide donc pour qu’une réflexion sur la continuité de l’appui s’engage dès maintenant, afin que la seconde moitié du projet soit consacrée à la consolidation. À l’OOAS, il a demandé de « faire de nos acquis nationaux des références régionales » pour tout l’espace CEDEAO.

Et après ?

Le Bénin doit obtenir la validation politique de ses outils, le Togo celle des documents de son futur INSP, la Guinée opérationnaliser son e-learning, tandis que l’OOAS pilotera le référentiel régional.

Pour le ministre, la semaine de Lomé est « la preuve vivante que la coopération régionale peut produire du concret ». Reste à prouver que cette confiance tiendra face à l’épreuve du budget.

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