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Togo- Le CACIT sonde l’angle mort des prisons, entre surpopulation et détenus oubliés

Au Togo, les prisons restent l’un des angles morts des politiques publiques. Surpopulation chronique, détentions provisoires prolongées et accès limité aux soins continuent de marquer le quotidien carcéral. C’est dans ce contexte que le Collectif des Associations Contre l’impunité au Togo (CACIT) a lancé, du 5 au 12 février 2026, une mission nationale de monitoring, couvrant pour la première fois l’ensemble des 13 établissements pénitentiaires du pays.

Soutenue par la FIACAT et l’Agence Française de Développement (AFD), l’initiative vise à identifier les détenus les plus vulnérables et à documenter leurs conditions de détention. Après une première phase dans le nord et le centre, les équipes ont visité les prisons civiles de Notsè, Vogan, Aného, Tsévié, Kpalimé et Lomé, ainsi que le Centre d’Accès au Droit et à la Justice pour Enfants.

Sur le terrain, le constat reste préoccupant. Femmes enceintes, mineurs, détenus malades ou souffrant de troubles mentaux figurent parmi les profils les plus fragiles. À cela s’ajoute une proportion élevée de détenus en attente de jugement, parfois depuis plusieurs années. Selon des données croisées du CACIT et de la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH), entre 50 % et 60 % des prisonniers togolais sont en détention provisoire, révélant les lenteurs persistantes du système judiciaire.

Au-delà du diagnostic, le CACIT entend agir. Les équipes ont orienté certains détenus vers une assistance juridique, facilité des prises en charge médicales et engagé un dialogue avec les responsables pénitentiaires. L’objectif : transformer l’observation en levier de réforme. « Identifier les cas les plus critiques permet d’apporter des réponses concrètes et de poser les bases d’un changement durable », explique un membre du collectif.

Car la surpopulation reste le symptôme le plus visible. Dans un précédent rapport publié en 2020, le CACIT relevait des taux d’occupation atteignant jusqu’à 609 % dans certaines prisons, avec une moyenne nationale de 222 %. Une densité qui fragilise les conditions sanitaires, accroît les tensions et complique l’accès aux droits fondamentaux.

En inspectant les 13 prisons civiles du pays, le CACIT espère désormais peser sur les politiques publiques. Au cœur de ses recommandations : accélérer les procédures judiciaires, renforcer l’accès à la défense et améliorer la prise en charge sanitaire des détenus. Plus qu’un simple exercice de monitoring, cette mission met en lumière une réalité persistante : celle d’un système carcéral sous pression, où la dignité des détenus reste un défi quotidien.

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