Dans une opinion, Kohan Binafame rejette la responsabilité de l’absence d’alternance au Togo sur le système en place, qu’il accuse de se maintenir par la violence, la fraude électorale et la manipulation constitutionnelle.
“TOGO : L’OPPOSITION EST-ELLE RESPONSABLE DE L’ABSENCE DE L’ALTERNANCE ?”, s’interroge Kohan Binafame des FDR
Depuis 1990, le peuple togolais, à travers des partis politiques et des organisations de la société civile, mène une lutte acharnée pour mettre fin à la dictature du système RPT-UNIR qui règne sur le pays depuis bientôt 60 ans. A travers cette lutte, le peuple, épris de démocratie et de l’État de droit, vise à réaliser l’alternance et le changement.
Mais, plus de trente après le début de la lutte, l’alternance tant souhaitée par une très large majorité des populations se fait encore attendre. C’est donc tout naturellement, qu’ il se pose la question de savoir pourquoi l’alternance n’est pas encore survenue malgré la détermination du peuple et de l’opposition.
A ce propos, depuis un temps, une thèse se répand dans l’opinion et sur les réseaux sociaux. Certaines personnes, se disant pourtant opposés au système en place, tentent d’attribuer la responsabilité de l’absence de l’alternance à l’opposition démocratique. Celle-ci est accusée de manquer de stratégie, voire de vision. Autrement dit, pour ces personnes, si jusqu’ici il n’y a pas eu l’alternance au Togo, c’est parce que l’opposition n’a pas de stratégie ni de vision.
Seulement, si l’on analyse très bien l’histoire de la lutte du peuple togolais pour venir à bout de la dictature presque soixantenaire, on se rend aisément compte que la thèse selon laquelle l’opposition a échoué est non seulement fausse, mais aussi et surtout indécente, parce qu’elle occulte l’essentiel : la nature même du système politique en place incarné par le RPT-UNIR. A l’examen des faits historiques, cette thèse ne résiste pas. Elle n’est en réalité qu’une tentative de déformer, de falsifier l’histoire de la lutte du peuple togolais pour dégager son cou des genoux de la minorité RPT-UNIR.
A l’endroit des contrebandiers de l’histoire de notre lutte et détracteurs de l’opposition démocratique, il apparaît indispensable de rappeler que, depuis 1967, le pouvoir en place ne s’est pas maintenu par l’adhésion populaire librement exprimée. Le RPT-UNIR perpétue son pouvoir par trois choses à savoir : la violence d’État, la confiscation des urnes et manipulation des règles du jeu constitutionnel. Toute personne qui se livre à une analyse de la lutte du peuple togolais en évacuant ces trois choses n’est qu’un contrebandier de l’histoire
Il est important de rappeler que depuis 1990, le peuple togolais, à travers ses partis d’opposition et sa société civile, a opté clairement pour la lutte pacifique à travers des manifestations et marches pacifiques, des élections et toutes les autres formes d’expression démocratique
A cela, le RPT-UNIR a toujours répondu par la violence en utilisant l’armée et des milices contre la population et l’opposition. Conséquences : beaucoup de citoyens ont été tués ou blessés et handicapés à vie
A ce propos, il est important, par respect pour la mémoire de ceux qui sont morts pour la démocratie, rappeler les cas des personnes tuées à Fréau Jardin, les corps jetés dans la lagune de Bè, l’attaque de la Primature en 1991, les massacres de 2005. Des centaines de Togolais ont payé de leur vie leur aspiration légitime à la liberté.
Au regard de tout cela, accuser l’opposition d’inefficacité, ce n’est pas faire preuve de rigueur intellectuelle. Sinon, comment une opposition pacifique peut-elle triompher d’un système qui répond à la parole citoyenne par la violence létale et qui confisque systématiquement le verdict des urnes ?
À maintes reprises, le peuple togolais a exprimé sa volonté de changement dans les urnes. Lors de l’élection présidentielle de 1998, 2003, 2005, 2010, 2015 et 2020, le RPT-UNIR, malgré sa machine à fraudes les différentes formes d’intimidation, a été laminé dans les urnes, mais il s’est maintenu par la force après avoir réprimé dans le sang toute contestation. Au sujet des élections, il est de notoriété publique que le processus électoral à toujours été opaque, que les institutions chargées de les organiser sont instrumentalisées.
Dire dans ces conditions soutenir que l’opposition a échoué, c’est faire preuve, soit de naïveté, ou soit de mauvaise foi. En effet, peut-on sérieusement accuser une équipe ou un individu d’avoir été inefficace, parce qu’elle a perdu une compétition dont les règles du jeu sont truquées, l’arbitre est partial et dont le résultat est décidé à l’avance ?
La vérité concernant la lutte du peuple togolais pour la démocratie et l’alternance est unique et simple : l’opposition n’a pas échoué, mais, elle a été empêchée de gagner.
À la,violence d’État et braquages électoraux, s’ajoute un autre fait grave et déterminant pour le maintien du RPT-UNIR au pouvoir. Il s’agit de la manipulation répétée de la Constitution, qui, au lieu d’être la règle suprême garantissant l’équilibre des pouvoirs et la limitation des mandats, est devenue un instrument au service de la perpétuation d’un clan. C’est ça la triste réalité
En dépit de cette réalité implacable, certains continuent de pointer du doigt l’opposition, comme si elle avait les moyens institutionnels nécessaires pour imposer le respect des règles.
Une telle attitude s’apparente à une tentative de transfert de culpabilité.
Rendre l’opposition responsable de l’absence de l’alternance est, de notre point de vue, inacceptable, parce que c’est déplacer la faute du détenteur de la force vers celui qui en est victime.
Si on retient la thèse selon laquelle l’opposition est responsable de l’absence de l’alternance, cela signifie que les manifestants pacifiques sont responsables de la répression qu’ils subissent. Cela signifie également que les partis politiques et organisations qui participent aux élections sont responsables des braquages électoraux et non des victimes. Cela signifie, en outre, que ceux qui réclament la démocratie sont responsables de son absence.
Seuls, des contrebandiers de l’histoire peuvent soutenir une telle logique. En effet, il s’agit d’une logique dangereuse à tous points de vue, parce qu’elle banalise la violence d’État et légitime, implicitement, sa reproduction.
Plus grave, une telle posture ou logique est une profanation de la mémoire de nos martyrs. En rendant l’opposition responsable de l’absence de l’alternance, les gens font l’impasse sur le sacrifice de milliers de Togolais tombés pour la liberté. On transforme leur combat en erreur, leur mort en conséquence d’une supposée « mauvaise stratégie ».
Nous ne disons pas que l’opposition est parfaite. L’opposition togolaise, à l’instar de toutes les forces politiques à travers le monde, n’est pas parfaite. Elle a certainement commis des erreurs de stratégie ; elle a enregistré des divisions en son sein
Toutefois, toute personne sérieuse et honnête doit admettre que les imperfections de l’opposition sont un épiphénomène par rapport à la violence structurelle du régime. Ne pas l’admettre relève tout simplement d’une malhonnêteté intellectuelle.
L’opposition togolaise a résisté, souvent dans des conditions extrêmes et porté la voix du peuple lorsque toute autre expression était muselée. L’opposition a, à plusieurs reprises, gagné l’adhésion populaire.
Le monde entier sait que si jusqu’ici, l’alternance n’est pas réalisée au Togo, ce n’est pas par manque de volonté populaire. Le vrai problème, c’est qu’il y a un système qui refuse de se soumettre à la volonté du peuple souverain.
Il est donc un devoir moral, pour tous ceux qui se disent partisans du changement, de remettre les responsabilités à leur place en cessant de culpabiliser les victimes. Une chose est sûre : ceux qui s’acharnent contre l’opposition, en oubliant la violence du système en place, ne rendent pas service au Togo.
BINAFAME Kohan Kidékiyime
Source : Télégramme228


C’est dommage quelques militants du parti au pouvoir prennent, de leur propre chef, de bourrer des urnes… UNIR doit sensibiliser et punir les militants qui, de ce fait, sabotent le parti. Mais honnêtement, l’opposition togolaise a perdu toutes ses bases… Ils ont encore 2 ans pour proposer un projet mobilisateur…